Accueil Europe L’Europe veut désormais encadrer les « designs addictifs » des plateformes

L’Europe veut désormais encadrer les « designs addictifs » des plateformes

"CC-BY-4.0: © European Union 2022 – Source: EP". (creativecommons.org/licenses/by/4.0/)

Après le DSA, le DMA et l’AI Act, Bruxelles prépare un nouveau texte visant certaines mécaniques de captation de l’attention utilisées par les plateformes numériques. Le futur « Digital Fairness Act » pourrait notamment cibler le scroll infini, l’autoplay ou certaines notifications jugées manipulatrices.

L’Union européenne ouvre un nouveau front dans sa régulation du numérique. Après les contenus illicites, la concurrence ou l’intelligence artificielle, Bruxelles veut désormais s’attaquer directement à la conception même des plateformes et applications. Le futur « Digital Fairness Act » (DFA), attendu d’ici fin 2026, vise certaines pratiques de design considérées comme trompeuses ou addictives. 

Dans un discours prononcé cette semaine à Copenhague, Ursula von der Leyen a explicitement évoqué les « designs addictifs » utilisés par certaines grandes plateformes sociales. La Commission européenne travaille notamment sur des restrictions autour du scroll infini, de la lecture automatique des vidéos ou encore des notifications répétées, particulièrement lorsqu’elles visent les mineurs. 

Une nouvelle étape dans la régulation européenne

Avec ce futur règlement, Bruxelles ne cherche plus seulement à encadrer les contenus ou les marchés numériques, mais la manière dont les plateformes influencent les comportements de leurs utilisateurs. Le texte devrait notamment renforcer la lutte contre les « dark patterns », ces interfaces conçues pour pousser l’utilisateur à cliquer, rester connecté ou consommer davantage. 

Le sujet prend une ampleur particulière avec les algorithmes de recommandation et l’IA générative, capables d’optimiser toujours plus finement l’engagement des utilisateurs. Pour la Commission, certaines fonctionnalités ne relèvent plus uniquement de l’UX ou du marketing produit lorsqu’elles exploitent des mécanismes psychologiques de dépendance.

Un modèle économique directement visé

Le chantier s’annonce sensible pour l’industrie numérique. Les fonctionnalités dans le viseur de Bruxelles constituent aujourd’hui le cœur du modèle économique de nombreuses plateformes. L’autoplay, les recommandations personnalisées ou les notifications participent directement à la rétention des utilisateurs et aux revenus publicitaires.

Plusieurs groupes audiovisuels européens ont déjà demandé à la Commission de ne pas placer sur le même plan les grands réseaux sociaux et les éditeurs de contenus plus traditionnels. 

Le principal défi reste toutefois juridique. La notion même de « design addictif » demeure encore floue et difficile à définir précisément. Bruxelles semble néanmoins vouloir imposer un changement de logique dans la conception des services numériques, en remettant en question des mécanismes devenus centraux dans l’économie de l’attention.