L’Estonie va tester K Pro, la plateforme d’IA d’Owkin, sur ses données de santé dans le cadre d’un partenariat avec l’organisme public Metrosert. Les chercheurs veulent interroger les données sensibles là où elles sont stockées, sans avoir à transférer les dossiers des patients vers une plateforme externe.
Faire venir l’IA aux données, plutôt que l’inverse
L’Estonie dispose depuis longtemps d’un système de santé largement numérisé, avec un volume de données qui intéresse forcément la recherche biomédicale. Mais leur sensibilité limite fortement la manière dont elles peuvent être déplacées et utilisées. C’est précisément sur ce point qu’Owkin et Metrosert veulent travailler avec K Pro.
La plateforme doit être déployée dans l’environnement où se trouvent déjà les données estoniennes. Les chercheurs pourront alors les interroger et lancer des analyses sans avoir à les exporter vers les infrastructures d’Owkin. Cette logique d’analyse au plus près de la donnée n’est pas nouvelle dans la santé, mais elle prend une autre dimension à mesure que les outils d’IA deviennent capables de croiser des informations cliniques, génomiques ou d’imagerie beaucoup plus complexes.
K Pro a justement été conçu pour travailler sur ce type de données multimodales. Owkin le présente comme un environnement capable d’aider les chercheurs à formuler puis tester des hypothèses, identifier des sous-groupes de patients ou encore rapprocher certaines caractéristiques biologiques de résultats cliniques. La plateforme peut être installée directement sur l’infrastructure du client, ce qui permet de conserver les données dans son propre environnement.
Un terrain d’essai à l’échelle d’un pays
Le partenariat est aussi intéressant par le rôle de Metrosert. Cet organisme public estonien dispose d’une unité dédiée aux données de santé et travaille déjà à leur utilisation pour tester et valider des technologies médicales. Plus tôt cette année, il avait par exemple lancé une coopération avec la Corée du Sud afin de permettre à des entreprises de confronter leurs solutions à des jeux de données estoniens avant une arrivée sur le marché européen.
Avec Owkin, l’enjeu va davantage porter sur la capacité à ouvrir ces données à des analyses poussées sans multiplier les copies ni les transferts. C’est une question particulièrement sensible dans la recherche médicale, où les projets ont besoin de volumes de données toujours plus importants mais doivent composer avec des contraintes fortes de confidentialité, de sécurité et de réglementation.
Pour Owkin, l’Estonie constitue aussi un terrain assez particulier pour tester cette approche. K Pro est déjà utilisé ou expérimenté par plusieurs laboratoires pharmaceutiques et centres de recherche, notamment Servier, Boehringer Ingelheim ou Gustave Roussy. Ici, le changement d’échelle tient au fait que le projet ne porte plus seulement sur les données d’un laboratoire ou d’un établissement, mais sur la manière dont une infrastructure nationale de santé peut être rendue exploitable par l’IA sans faire sortir les données de leur environnement.








