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L’apocalypse numérique n’aura pas lieu, de Guy Mamou-Mani. Un livre passionnant et salutaire.

Guy Mamou-Mani vient de publier son coup de gueule et ses espoirs avec ce livre à la fois précis, visionnaire et engagé, qui fait le tour de la question de la société confrontée à la vague de fond du numérique. Un ouvrage à lire … et à faire lire. C’est ce à quoi je vais tenter de m’employer au travers de cette présentation.

L’auteur est loin d’être un inconnu. Personnalité du monde de l’IT, il a présidé de 2010 à 2016 le Syntec Numérique et codirige le groupe Open, une ESN de plus de 3700 employés. Il est bien placé pour analyser la déferlante. Je recommande ce livre à tous les décideurs 

 

Dans ce livre, il expose sa colère et ses espoirs.

« Le numérique change notre vie : il est temps de nous en emparer pour construire le monde dans lequel on veut vivre ! (…) La révolution numérique est peut-être la seule de l’histoire qui apporte une solution à chaque aspect de l’activité humaine : Éducation, santé, emploi, secteur public, les nouvelles technologies sont partout » indique la présentation de l’ouvrage.

Guy Mamou-Mani va effectuer l’inventaire de l’impact dans tous ces secteurs.

La grande peur du numérique

Mais il va au préalable souligner combien cette invasion du numérique dans tous les aspects de notre quotidien et de l’économie créée une grande angoisse au niveau du public, comparable à la peur antique de l’invasion des barbares.

Notre époque en effet ne connait plus de guerre à nos portes, de grande épidémie. Elle s’est inventée une nouvelle grande peur : le numérique. Au point, selon l’auteur que « la France, sous lecoup d’angoisses irrationnelles, court un risque majeur : déserter le terrain numérique. »

Guy Mamou-Mani  s’est donc donné la mission au travers de l’ouvrage de de faire de la pédagogie et de désamorcer ces peurs.

L’auteur s’insurge contre les « prophètes de malheur » pour lesquels « la fin du monde va être précipitée par le ‘numérique’, un mot derrière lequel ils rangent pêle-mêle l’informatique, le web, les robots, l’intelligence artificielle, le progrès technologique. (…) L’intelligence humaine et l’intelligence artificielle sont vouées à se faire la guerre, guerre que remporterait forcément l’intelligence artificielle…Nous sommes voués à être remplacés par des robots. Or, le mieux que l’on puisse faire, c’est initier le plus tôt possible l’intelligence humaine  à maîtriser l’intelligence artificielle, en apprenant aux enfants par exemple à coder. Cela n’en fera pas des geeks ou des esclaves de l’informatique, ce n’est pas parce qu’ils apprennent à lire et écrire qu’ils deviennent écrivains, de même, ils ne deviendront pas tous développeurs professionnels ! »

 

La peur des Gafa

Un autre repoussoir brandi en amalgame horrifiant est l’acronyme GAFA : « c’est le tétragramme de la secte des nouveaux savants. Ce véritable concentré de fake news simplifie, mélange tout et crée un objet médiatique auquel on accroche toutes sortes de fantasmes, de préjugés, de contre-vérités. En réalité, Google, Amazon, Facebook et Apple n’ont rien à faire ensemble -ou alors il faudrait leur adjoindre des milliers d’autres entreprises qui

Partagent des caractéristiques communes, d’ailleurs fort vagues. En effet Apple est avant tout un fabricant de matériel, Google un moteur de recherche, Facebook un réseau social. Certes ces firmes de dimension planétaire représentent des défis importants pour nos sociétés (…). Loin de constituer un ‘cartel’ qui en vertu d’une sorte de Yalta numérique se partagerait la domination d’internet et donc du monde, ces quatre entreprises sont entre elles des concurrents impitoyables. Si on diabolise les GAFA, c’est souvent pour mieux diaboliser la révolution numérique elle-même.

 Ce tableau anxiogène risque d’accentuer le retard de notre pays et la priver d’écrire une nouvelle page de notre histoire.  « 

La carte de la révolution numérique

L’auteur dresse la cartographie du nouveau monde, le catalogue des domaines transformés par le numérique. Chacun de ces secteurs est aussi celui de grandes peurs et de préjugés, qu’il s’attache à déconstruire.  Cela donne lieu à 7 chapitres qui décrivent le numérique « au service » de chacune de ces activités : l’éducation, L’économie, le travail, les entreprises, l’intégration, l’efficacité publique, la « santé et le cadre de vie ».

  • L’école du futur : « lire , écrire, compter, coder »

Est-ce parce que son premier métier fut celui de Professeur de mathématiques ? Le premier chapitre est consacré à l’Education.

La calculatrice, le tout-écran font partie des fantasmes de l’abêtissement qu’entrainerait l’usage des nouveaux outils, fantasme que démonte l’auteur. Il faut que le numérique prenne sa place dans la pédagogie. Il faut sortir de de l’ «analphabétise numérique »qui règne  et « ériger le numérique en discipline scolaire de base, (…) un socle de la scolarité du XXIe siècle. (…) « , intégrant l’apprentissage de ces domaines :  « Les langages  informatiques, le fonctionnement des nouveaux processeurs, l’exploitation des data, l’activité des serveurs, l’algorithmie et le codage (…)

Mais surtout, il faut réinventer l’école : peut-on, « à l’époque des smartphones et des tablettes, conserver des salles de classe avec un professeur et 30 élèves qui l’écoutent passivement ? »

  • Les entreprises et l’emploi.

Le numérique destructeur d’emploi ? Oui en partie reconnait l’auteur , mais destructeur des emplois répétitifs ou pénibles, les emplois dont on veut plus, ce qui rend leur destruction salutaire !

La désindutrialisation doit donner lieu à une « nouvelle industrialisation ». Et les métiers du numérique représentent  une « mine d’emploi à fournir ».

L’auteur nous le démontre en quelques chiffres : 50 000 postes sont actuellement non pourvus ; 200 000 postes devraient être créés d’ici 2022 ; le référentiel de Pôle Emploi recense 105 nouveaux métiers dans le domaine seul du numérique ; le secteur connaîtra une croissance de l’emploi de 12% d’ici 2024.

  • La révolution du travail. Le sujet donne lieu au chapitre le plus fourni de l’ouvrage. L’emploi et le travail sont depuis longtemps des thèmes qui passionnent Guy Mamou-Mani, et sur lesquels il était en première ligne lors de sa présidence du Syntec.

Automatisation, dématérialisation et désintermédiation sont les piliers de la révolution. Et le travail se transforme, avec la génaralisation du télétravail et l’expansion du statut de free-lance.

  • Entreprises: comment les transformer en smart companies, grâce à la collaboration des « métiers » et des informaticiens, et de l’apport du big data.
  • Au service de l’intégration. Sur un ton personnel, l’auteur qui a grandi à Sarcelles, confie son engagement en faveur de la diversité qui l’a conduit à soutenir l’initiative « Banlieues Numériques », à promouvoir la mixité et l’entrée des femmes dans le numérique.
  • Au service de l’efficacité publique : l’Etat doit se moderniser et entrer dans l’ère de l’e-administration.
  • Le chapitre qui clôt l’ouvrage est consacré à la santé et au cadre de vie. Ce dernier aborde les smarts cities et aussi la cybersécurité, ce dernier sujet étant malheureusement un peu court.

« La révolution numérique est peut-être la seule de l’histoire qui apporte une solution à chaque aspect de l’activité humaine. Encore faut-il mettre en place les politiques nécessaires à l’optimisation de ses bienfaits. Il n’est pas trop tard, mais il y a urgence. » 

Non, le numérique conclut Guy  Mamou-Mani, loin d’incarner l’apocalyspse représente l’ espoir.

« Les usagers sont prêts à accueillir et mieux encore entreprendre la révolution numérique, ici et maintenant (…) La révolution numérique nous affranchit des contraintes de l’espace et du temps (…) Elle va changer la condition humaine. Elle n’est pas écrite par avance, elle sera ce que chacun de nous en fera. »

 

L’apocalypse numérique n’aura pas lieu. Guy Mamou-Mani. Editions de l’Observatoire, 223 pages, 16€