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La DINUM veut faire de l’IA et du cloud souverain les piliers du numérique public

Dans son rapport annuel 2025, la Direction interministérielle du numérique met en avant une année de consolidation pour le numérique public. L’IA générative, le cloud de confiance, LaSuite et le pilotage des grands programmes structurent désormais une même trajectoire : renforcer l’autonomie technologique de l’État tout en améliorant les services rendus aux citoyens et aux agents.

L’IA générative entre dans les outils de l’État

La DINUM présente 2025 comme une année de bascule pour l’intelligence artificielle dans l’administration. Le rapport met en avant le lancement d’Albert API et de l’Assistant IA interministériel, pensés comme des briques mutualisées pour éviter la dispersion des initiatives et proposer aux agents publics des outils opérés dans un cadre de confiance.

L’Assistant IA doit accompagner les agents dans des tâches comme la rédaction, la synthèse, l’OCR ou le traitement documentaire. Une expérimentation a été lancée auprès de 10 000 agents de huit ministères sur une durée de huit mois, avec une généralisation envisagée à partir de 2026. La DINUM cherche aussi à faire converger plusieurs initiatives ministérielles, comme GenIAl aux Armées, Mirai à l’Intérieur ou PIAG à l’Écologie, afin de limiter la multiplication d’outils parallèles.

Cette montée en puissance s’accompagne d’un effort de formation. Le Campus du numérique public a formé ou sensibilisé 127 602 agents en 2025, dont plus de 54 000 aux enjeux de l’IA. Le message est clair : l’IA n’est plus présentée comme un sujet prospectif, mais comme un outil à intégrer dans les méthodes de travail de l’administration.

La souveraineté se construit par les usages

Le rapport accorde aussi une place centrale aux grands services mutualisés. FranceConnect compte désormais 44,5 millions d’utilisateurs et 500 millions de connexions annuelles. ProConnect, de son côté, s’impose comme l’identifiant unique des agents publics, avec 930 000 connexions mensuelles. Ces infrastructures ne relèvent pas seulement de la simplification des accès : elles participent aussi à la maîtrise publique de la chaîne d’identification.

LaSuite numérique incarne cette même logique côté environnement de travail. Elle regroupe notamment Tchap, Visio, FranceTransfert, Docs, Grist et l’Assistant IA. Tchap rassemble 368 000 utilisateurs mensuels actifs, tandis que Resana dépasse 450 000 comptes. La DINUM présente cet ensemble comme une alternative aux suites propriétaires, fondée sur des communs numériques et des briques open source.

L’infrastructure reste l’autre pilier de cette souveraineté opérationnelle. Le Réseau interministériel de l’État raccorde 14 000 sites et garantit l’interfonctionnement du système d’information de l’administration pour un million d’utilisateurs. En 2025, sa modernisation s’est poursuivie avec le très haut débit, le déploiement du RIE 2.0 et un cœur de réseau reliant 13 datacentres stratégiques.

La doctrine « Cloud au centre » s’inscrit dans cette trajectoire. Le rapport rappelle le recours aux clouds internes de l’État, Pi et Nubo, ainsi qu’aux offres qualifiées SecNumCloud pour les données sensibles. Le marché UGAP représente 203 millions d’euros cumulés, dont 88 % de la dépense bénéficie à des acteurs français. Pour la DINUM, la commande publique devient ainsi un levier de structuration du marché cloud souverain.

Des grands projets numériques mieux encadrés

Au-delà des outils, le rapport confirme le positionnement de la DINUM comme autorité technique de l’État. En 2025, elle a exercé son rôle de tiers expert sur 59 projets numériques, représentant 4,53 milliards d’euros, en hausse de 30 % sur un an. Dans le cadre du contrôle a priori, 20 avis ont été rendus sur de nouveaux projets, dont 55 % favorables.

Cette mission de contrôle s’accompagne d’une transformation des méthodes. La DINUM met en avant la progression de la culture du résultat, avec 74 % des projets dotés d’indicateurs d’impact, contre 61 % l’année précédente. La modernisation technique avance également : 58 % des programmes suivis sont hébergés sur le cloud et 64 % intègrent des compétences en design.

Le rapport insiste aussi sur la réinternalisation de compétences stratégiques. L’ouverture de 345 postes dans les ministères aurait généré une économie nette de 18,3 millions d’euros. Cette donnée illustre un point sensible pour l’État : la souveraineté numérique ne dépend pas seulement des technologies choisies, mais aussi de la capacité à conserver les compétences clés dans l’administration.

Dix ans après la création de beta.gouv, la DINUM revendique par ailleurs 280 services numériques, dont 36 à impact national. Le modèle produit, l’intrapreneuriat et les incubateurs publics sont désormais présentés comme des leviers de transformation durable, au même titre que les infrastructures ou les outils mutualisés.

Le bilan 2025 dessine ainsi une administration numérique plus structurée, plus outillée et plus offensive sur la souveraineté. L’enjeu se déplace désormais vers l’exécution : faire adopter ces outils par les ministères, maintenir les compétences internes et mesurer l’impact réel des projets sur les agents comme sur les usagers.