Quand les systèmes techniques se renforcent, les attaquants déplacent leur stratégie vers un terrain plus instable, plus contextuel, mais aussi plus exploitable : les comportements humains. L’erreur humaine n’est plus un facteur périphérique du risque, elle en est devenue le moteur principal.
Un basculement silencieux mais structurant
« La cible principale n’est plus la machine, c’est l’humain ». La formule, placée dès l’ouverture du Baromètre Cyber 2026 de Mailinblack, résume un changement profond dans la nature des cyberattaques. L’année 2025 marque moins un tournant par le volume des attaques que par leur sophistication et leur ancrage psychologique. Emails crédibles générés par l’IA, scénarios personnalisés, exploitation de micro-moments de fatigue ou d’urgence : l’attaque ne cherche plus la faille technique, mais la décision humaine.
Le document souligne ainsi que « protéger les systèmes ne suffit plus. Il faut protéger l’humain ». Une affirmation qui traduit l’essoufflement d’une approche exclusivement technologique de la cybersécurité, incapable à elle seule de prévenir les comportements à risque.
Des chiffres qui confirment la centralité du facteur humain
L’étude s’appuie sur l’analyse de 1,918 milliard d’emails traités sur l’année. Parmi eux, 54,9 millions sont identifiés comme malveillants, soit 3 % des emails reçus. Chaque utilisateur est exposé en moyenne à 23 attaques par email par an.
Mais au-delà des volumes, le baromètre met en évidence la responsabilité directe des comportements. La solution Cyber Coach, dédiée aux simulations d’attaques, rappelle que « les erreurs humaines sont responsables de 90 % des cyberattaques ». Clics impulsifs, remplissage de formulaires frauduleux, validation trop rapide : autant d’actions qui contournent les protections les plus avancées.
L’ingénierie sociale à l’ère des micro-décisions
Les attaques observées exploitent des biais cognitifs bien identifiés : urgence, autorité, curiosité, appât du gain. Le baromètre décrit comment « un message qui annonce une action immédiate crée un stress et un effet tunnel : l’attention se focalise sur la menace, au détriment des contrôles habituels ».
Ce glissement est accentué par les contextes de travail contemporains. Mobilité, multitâche, surcharge informationnelle et fatigue cognitive créent des fenêtres d’attaque privilégiées. L’étude montre ainsi que la nocivité relative des attaques augmente la nuit et le week-end, lorsque les emails légitimes diminuent et que la vigilance baisse.
Comprendre les usages plutôt que blâmer les utilisateurs
Le Baromètre Cyber 2026 insiste sur un point clé : il n’existe pas « un utilisateur moyen », mais des profils aux usages, rythmes et expositions radicalement différents. L’étude distingue ainsi plusieurs personas, chacun contribuant au risque cyber de manière spécifique.
Cette approche permet de dépasser une vision culpabilisante de l’erreur humaine. Comme le résume le rapport : « pour réduire le cyber-risque humain, il faut d’abord comprendre l’humain ». La cybersécurité devient alors une discipline d’observation fine des comportements réels, et non une simple injonction à la vigilance.
De la formation à la résilience opérationnelle
Les données montrent qu’une sensibilisation contextualisée produit des effets mesurables. Chez les profils les plus exposés, les simulations et formations permettent de réduire significativement le taux de remplissage de formulaires malveillants, jusqu’à une division par dix chez les dirigeants formés.
La logique n’est plus seulement préventive, mais résiliente. L’objectif n’est pas d’éliminer toute erreur, mais d’en réduire l’impact, en combinant réduction de l’exposition, amélioration des réflexes et sécurisation des accès. Une approche qui reconnaît implicitement que l’erreur humaine n’est pas une anomalie, mais une constante.
Une cybersécurité désormais culturelle
Le baromètre rappelle que « le risque est humain avant d’être technique ». La cybersécurité s’impose ainsi comme un sujet de gouvernance, de culture et d’arbitrage quotidien. À mesure que les attaques deviennent plus psychologiques que technologiques, la capacité d’une organisation à comprendre ses propres fragilités humaines devient un indicateur clé de maturité.








