La gestion du risque cyber fournisseur change de dimension. Portée par la directive NIS2 et par la multiplication des attaques via la supply chain, elle ne peut plus se limiter à des clauses contractuelles ou à des questionnaires ponctuels. Pilotage continu, hiérarchisation des tiers et mutualisation des évaluations s’imposent désormais comme des leviers structurants. C’est l’un des messages forts d’un webinaire organisé le 19 février par Board of Cyber, réunissant le CESIN, la Région Île-de-France et Aprovall.
Board of Cyber consacrait un webinaire à la prise en compte du risque cyber dans l’évaluation des fournisseurs. Le sujet n’a plus rien de périphérique. Il touche désormais au cœur de la continuité d’activité.
Depuis plusieurs années, les organisations ont renforcé leurs dispositifs de sécurité internes. Pourtant, les incidents récents rappellent que l’exposition se situe aussi à l’extérieur. La transformation numérique a multiplié les interconnexions, les échanges de données et les dépendances applicatives. Chaque fournisseur connecté devient un maillon de la chaîne opérationnelle.
Le risque cyber fournisseur n’est plus un simple enjeu contractuel. Une compromission chez un prestataire peut interrompre des flux, bloquer des services essentiels, affecter la production ou fragiliser la réputation. L’impact dépasse le cadre technique pour devenir stratégique. Continuité d’activité, confiance et crédibilité sont directement en jeu.
Du contrôle ponctuel au pilotage dans la durée
Pendant longtemps, la gestion du risque tiers s’est appuyée sur des clauses contractuelles et des questionnaires déclaratifs. Cette approche reste nécessaire, mais elle montre ses limites face à la nature évolutive du risque cyber.
Les vulnérabilités se découvrent en continu, les configurations évoluent, les environnements technologiques se transforment rapidement. Une posture de sécurité satisfaisante à un instant donné peut se dégrader en quelques semaines. L’audit annuel ou l’évaluation ponctuelle ne permettent plus de capturer cette dynamique.
La directive NIS2 formalise cette évolution. Elle impose non seulement d’identifier les risques liés aux tiers, mais de démontrer l’existence d’un dispositif structuré de gestion et de suivi. Il ne s’agit plus de vérifier à l’entrée, mais d’organiser un pilotage continu, capable de mesurer, d’objectiver et de suivre la posture de sécurité dans le temps.
Cette exigence implique une gouvernance élargie. La gestion du risque cyber fournisseur ne relève plus uniquement de la fonction sécurité. Elle mobilise également les achats, le juridique, la conformité et la direction générale. Le sujet s’inscrit désormais dans une logique d’entreprise.
Hiérarchiser pour rendre le dispositif soutenable
Reste un défi majeur : la volumétrie. Les organisations comptent parfois des centaines, voire des milliers de fournisseurs. Tous ne présentent ni le même niveau d’exposition, ni la même criticité métier.
Industrialiser le risque cyber fournisseur suppose donc une segmentation rigoureuse. L’impact business, le niveau d’interconnexion technique, les accès privilégiés ou la nature des données traitées doivent permettre de hiérarchiser les tiers. Les fournisseurs critiques appellent une analyse approfondie et un suivi renforcé ; les tiers moins exposés peuvent relever d’un dispositif plus léger.
Sans cette hiérarchisation, le dispositif devient ingérable. Avec elle, l’effort peut être concentré là où le risque est le plus significatif. La logique n’est pas d’évaluer tout le monde avec la même intensité, mais d’adapter le niveau d’exigence à la réalité des risques.
Mutualiser pour éviter l’inflation des démarches
La montée en puissance des obligations réglementaires pose toutefois une autre question : comment éviter la multiplication des demandes auprès des fournisseurs ? À mesure que les organisations renforcent leurs exigences, le risque est celui d’une inflation de questionnaires et d’une fragmentation des référentiels.
La mutualisation apparaît alors comme une réponse structurante. Elle permet d’harmoniser les attentes, de partager des indicateurs communs et de réduire la charge administrative côté fournisseurs. Elle renforce également le poids collectif face à des prestataires parfois systémiques, utilisés par de multiples acteurs d’un même territoire ou d’un même secteur.
Au-delà des outils, une tendance se dessine. Industrialiser le risque cyber fournisseur ne signifie pas multiplier les contrôles, mais structurer un pilotage proportionné, continu et partagé. Dans un environnement numérique profondément interconnecté, la résilience d’une organisation dépend désormais autant de sa propre maturité que de celle de son écosystème.








