Accueil Collectivités IA générative et collectivités : Noisy-le-Grand passe de l’exploration à l’expérimentation

IA générative et collectivités : Noisy-le-Grand passe de l’exploration à l’expérimentation

Face à la complexité croissante des règles d’urbanisme et à l’entrée en vigueur du PLUi, la Noisy-le-Grand expérimente un assistant d’IA générative pour accompagner l’instruction des permis de construire. Une démarche pragmatique, pensée pour sécuriser les décisions, faire gagner du temps aux agents et préserver le contact humain avec les habitants.

À Noisy-le-Grand, l’IA générative n’est pas abordée comme une promesse technologique abstraite, mais comme une réponse à un problème métier très concret. Depuis début 2025, la commune doit composer avec un nouveau PLUi, venu harmoniser les règles d’urbanisme à l’échelle de l’établissement public territorial Grand Paris Grand Est. Une évolution structurante, mais aussi un facteur de complexité supplémentaire pour les agents chargés d’instruire les autorisations d’urbanisme.

Permis de construire, déclarations préalables, extensions de maisons individuelles… Chaque dossier implique de naviguer entre le PLUi, ses annexes, les plans graphiques, le Code de l’urbanisme, le Code de l’environnement ou encore les plans de prévention des risques. Une matière dense, imbriquée, où l’oubli d’une règle ou d’une exception peut ouvrir la voie à des recours coûteux pour la collectivité.

Quand la complexité devient un risque

C’est précisément ce constat qui a poussé la ville à s’interroger sur l’apport potentiel de l’IA générative. Non pas pour automatiser la décision, mais pour aider les instructeurs à poser le cadre réglementaire de chaque dossier, en fonction de son contexte précis.

« Notre ambition est de réduire le temps d’analyse des documents et de permettre aux agents de dégager du temps à consacrer aux habitants », explique Philippe Sajhau, directeur de la Donnée, de la Ville intelligente et de l’Innovation à Noisy-le-Grand. « Le contact humain est primordial dans un processus souvent très important pour une famille. »

Une expérimentation ciblée et progressive

Pour limiter les risques, la collectivité a fait le choix de commencer par un périmètre maîtrisé, celui des permis de construire de maisons individuelles, qui représentent le plus gros volume de demandes, tout en restant moins complexes que les projets tertiaires ou collectifs. Trois objectifs structurent cette première phase :

  1. Technologique, pour évaluer la fiabilité réelle des réponses de l’IA et en identifier les limites
  2. Opérationnel, pour mesurer les gains de temps et l’impact sur la sécurisation des décisions
  3. Souveraineté, avec un choix assumé de technologies françaises, en s’appuyant sur le LLM de Mistral AI et un hébergement sur le cloud de Scaleway

Comprendre le métier avant d’écrire la moindre ligne de code

Plutôt que de plaquer une solution générique, la ville a travaillé avec onepoint, cabinet de conseil et d’ingénierie numérique, afin d’analyser en détail le processus d’instruction des permis et d’identifier les points où l’IA pouvait apporter une valeur concrète. Chaque étape, du dépôt du dossier à la décision finale, a été décortiquée avec les agents du service urbanisme. De cette approche découle un outil structuré autour de trois phases clés : la vérification de la complétude du dossier, la constitution d’une base réglementaire contextualisée et l’analyse de conformité.

Un formulaire guide l’instructeur pas à pas, reproduisant la logique de la fiche d’instruction traditionnelle. À partir des informations saisies, l’IA interroge la base réglementaire, cite les références applicables et peut signaler des points nécessitant des précisions supplémentaires. L’agent conserve la main, et peut dialoguer avec l’outil pour approfondir certains aspects.

L’IA comme appui, pas comme arbitre

Le projet illustre une approche mesurée de l’IA générative dans la sphère publique. L’outil ne décide pas à la place de l’agent, mais réduit la charge cognitive liée à la lecture et au croisement des textes, afin de recentrer l’expertise humaine là où elle est la plus utile.

À terme, même si chaque PLU reste spécifique à un territoire, la structure des documents et des processus d’instruction demeure comparable. L’expérience menée à Noisy-le-Grand pourrait ainsi servir de base à d’autres collectivités confrontées aux mêmes enjeux. Dans un contexte où les discours sur l’IA oscillent souvent entre fascination et inquiétude, ce projet rappelle que la valeur de l’IA se joue d’abord dans sa capacité à s’inscrire finement dans un métier existant, sans en dénaturer le sens.