Alors que le Web concentre l’essentiel des usages de publication sur Internet, F2R2 prépare l’arrivée de Frogans, un médium distinct qui repose sur un trio : des sites au format propre, un logiciel de consultation baptisé Frogans Player et des adresses spécifiques. Alexis Tamas, président de F2R2 et co-créateur de Frogans, défend une approche pensée pour réduire certaines frictions du Web, notamment en matière d’ergonomie, de sécurité et de protection de la vie privée, sans chercher à se substituer aux sites Web.
Un médium “en plus”, pas un remplacement du Web
Alexis Tamas insiste d’emblée sur la nuance. Dans sa bouche, “alternative” ne signifie pas “remplacement”. Frogans est présenté comme une couche de publication supplémentaire au-dessus d’Internet, au même titre que l’e-mail ou la messagerie instantanée coexistent sans s’annuler. “On travaille plus dans une logique du médium”, explique-t-il, en parlant d’un système complet qui permette aux éditeurs de publier contenus et services “en parallèle du Web”.
“Dans le web, on n’a qu’une seule possibilité. On est coincé dans une possibilité”
Le point de départ revendiqué est simple : pourquoi l’Internet de publication n’aurait-il qu’une seule grande voie, le Web, quand d’autres usages sur Internet reposent sur une pluralité de systèmes ? “Dans le web, on n’a qu’une seule possibilité. On est coincé dans une possibilité”, observe-t-il, en renvoyant à des raisons historiques et à un héritage technique qui pèse encore sur les usages.
Des sites “objets” qui restent à l’écran
La démonstration éclaire ce que Frogans change à l’usage. Dans Frogans, les contenus ne s’ouvrent pas dans un onglet de navigateur, mais s’affichent sous forme de “sites” qui flottent à l’écran, déplaçables et redimensionnables. Alexis Tamas parle d’“objets sur l’écran”, débarrassés de l’encadrement du navigateur. Chaque vue est appelée un “slide” : ce sont des pages, mais non rectangulaires, qui peuvent intégrer de l’interactivité et des boutons de navigation.

L’un des scénarios mis en avant vise une relation plus continue entre éditeur et utilisateur. Là où une page Web disparaît dès que l’on change d’onglet ou d’application, un site Frogans peut rester présent, dans un coin du bureau, pendant que l’utilisateur travaille ailleurs. L’idée, pour l’éditeur, est de conserver un canal visible sans forcer la main : l’utilisateur peut fermer le site à tout moment via un menu contextuel.
Alexis Tamas compare volontiers cet usage à un flux RSS, mais “paramétrable” et doté d’une navigation propre : “C’est vraiment un petit site”, dit-il, plutôt qu’un flux monolithique géré par un lecteur unique.
Un langage de description dédié, proche de logiques “par couches”
Côté production, Frogans ne repose pas sur HTML/CSS/JavaScript. Les pages sont décrites via FSDL (Frogans Slide Description Language), un langage basé sur XML. Le concept se veut accessible à des profils habitués aux outils graphiques : “C’est vraiment très naturel” pour ceux qui raisonnent par couches, explique Alexis Tamas, qui fait un parallèle avec des logiciels de création où l’on empile fond, éléments et boutons.
Le redimensionnement s’appuie sur des représentations prévues par l’éditeur. En réduisant un site et en le glissant vers le bord de l’écran, son apparence peut changer pour rester lisible. Alexis Tamas parle d’un effet “un peu responsive”, avec une “représentation principale” et une “représentation vignette”.
Recherche, vidéo, e-commerce : des choix assumés
Le Player ne propose pas de moteur de recherche intégré. Pour trouver des sites Frogans, il faudra passer par des moteurs de recherche ou des annuaires qui référenceront les adresses. Pour F2R2, c’est un parti pris : l’infrastructure est fournie, et l’écosystème doit se construire autour.
Sur les contenus, la vidéo n’est pas présentée comme une priorité. “La vidéo, elle n’est pas très rentable dans notre espace”, indique Alexis Tamas. À ce stade, l’approche consiste plutôt à pointer vers des services existants (YouTube, Vimeo…) via des liens, en s’appuyant sur l’ouverture du navigateur Web ou des applications mobiles.
En revanche, les démonstrations montrent des cas d’e-commerce, avec des boutons d’ajout au panier et la possibilité de reprendre plus tard. L’intérêt, selon Alexis Tamas, tient à ce caractère “compagnon” du site à l’écran, qui peut rester présent entre deux tâches, sans exiger une session linéaire dans un navigateur.
Un modèle économique calé sur les adresses
Le schéma de financement s’organise autour des adresses Frogans, équivalent fonctionnel des noms de domaine. Leur format se distingue par l’usage d’un caractère étoile au milieu de l’adresse, plutôt que des points. F2R2 opère le registre des adresses, par délégation de l’OP3FT, l’organisation de standardisation qui porte le développement de la technologie.
Alexis Tamas décrit un modèle où la technologie reste gratuite, tandis que l’infrastructure se finance via l’enregistrement des adresses. F2R2 ne vend pas directement aux utilisateurs finaux : des distributeurs joueront ce rôle. Le tarif annoncé côté registre est de 6 euros par an et par adresse, avec un reversement de 15 % du chiffre d’affaires des adresses à l’OP3FT.
Sécurité : le choix du “déterminisme” plutôt que de la négociation
Sur la sécurité, Frogans revendique un fonctionnement différent du Web, en plaçant des métadonnées de configuration au niveau de l’adresse. Lorsqu’un utilisateur ouvre un site, une phase de résolution récupère d’abord cette configuration avant toute connexion au serveur de contenu. Cette configuration peut inclure le niveau de sécurité exigé par l’éditeur.
“Il ne négocie pas. On a tué la négociation entre le client et le serveur”
Alexis Tamas met en parallèle la logique de négociation que le Web a historiquement portée. Dans Frogans, le Player est censé agir de façon “déterministe” : si le niveau de sécurité attendu n’est pas atteint, la connexion est refusée. “Il ne négocie pas. On a tué la négociation entre le client et le serveur”, résume-t-il. Le mécanisme intègre aussi des informations de version, notamment pour FSDL, afin de limiter les ambiguïtés techniques lors de l’interprétation des contenus.
Vie privée : reconnaissance explicite, pas implicite
Autre point mis en avant : le comportement par défaut du Player lors de la fermeture d’un site. Alexis Tamas explique que si l’utilisateur n’ajoute pas un site à ses favoris, l’historique et le contexte de navigation associés sont supprimés à la fermeture. À l’inverse, l’ajout en favori déclenche un avertissement : l’utilisateur accepte alors d’être reconnu lors des prochaines visites. “Par défaut, je suis protégé”, résume-t-il, en assumant une logique de consentement explicite plutôt que de traçage implicite.
Tester dès maintenant : une bêta accessible sur demande
Même si la diffusion auprès des communautés de développeurs est annoncée pour 2026, une bêta permet déjà d’essayer Frogans Player sur Windows, macOS ou Linux. Alexis Tamas évoque une plateforme de téléchargement et une procédure d’enrôlement via l’OP3FT, pour accéder au logiciel et aux sites de démonstration.
Frogans arrive avec une promesse sobre : offrir aux éditeurs et aux utilisateurs une voie supplémentaire de publication sur Internet, avec une ergonomie pensée différemment et un cadre technique plus cadré sur la sécurité et la vie privée. Reste, pour 2026, la question la plus concrète : celle de l’adoption, et donc de la capacité de l’écosystème à produire des sites utiles au-delà des démonstrations.








