À moins d’un an de l’entrée en vigueur de l’obligation de facturation électronique, le marché français ressemble toujours à un millefeuille d’offres, de promesses et de statuts “sous réserve”. Avec la publication de la deuxième édition de son Grand Benchmark des Plateformes Agréées, The Invoicing Hub tente d’imposer un socle factuel là où dominent encore l’asymétrie d’information et l’urgence réglementaire.
2026, l’échéance qui change la nature du choix
Le calendrier est verrouillé. À compter du 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA devront recevoir leurs factures via une plateforme agréée par l’État, et transmettre les données requises pour le e-reporting. L’émission suivra, avec un déploiement progressif jusqu’en 2027 pour les plus petites structures. Sur le papier, la réforme est connue. Sur le terrain, elle peut rester abstraite.
Car derrière le principe se cache une réalité plus rugueuse : plus d’une centaine de plateformes aujourd’hui immatriculées, des statuts encore provisoires pour la plupart, des positionnements très hétérogènes, et une complexité technique que peu d’organisations ont les moyens d’analyser en profondeur. Le choix d’une plateforme n’est plus un sujet comptable. C’est un sujet d’architecture, d’interopérabilité et de trajectoire numérique.
Un marché pléthorique, une information fragmentée
La première édition du benchmark, publiée en 2025, avait mis en lumière un angle mort : l’absence totale d’outil neutre permettant de comparer les plateformes agréées sur des critères homogènes. Depuis, le marché n’a fait que gagner en densité. Éditeurs spécialisés, acteurs bancaires, solutions de gestion, plateformes sectorielles… tous se positionnent sur un même cadre réglementaire, avec des niveaux de maturité et de couverture fonctionnelle très variables.
Dans ce contexte, la deuxième édition du Grand Benchmark revendique une approche plus large et plus structurée. Elle couvre 86 plateformes sur les 106 immatriculées au moment de l’étude, et s’appuie sur plus de cinquante critères. Fonctionnalités d’émission et de réception, gestion du cycle de vie des factures, capacités de e-reporting, interopérabilité avec les ERP et logiciels comptables, modèles de tarification, services complémentaires, maturité technologique : le spectre est volontairement étendu.
Un parti pris assumé : le factuel avant le discours
Le document repose sur des informations déclaratives, fournies par les plateformes elles-mêmes, selon un questionnaire standardisé. Un choix méthodologique qui peut sembler minimaliste, mais qui répond à un objectif clair : permettre une comparaison à périmètre constant, sans hiérarchisation éditoriale ni mise en avant déguisée.
« Les entreprises doivent faire un choix essentiel, mais elles manquent souvent d’information fiable. Notre mission est de rendre la réforme plus lisible, plus accessible et plus pragmatique », explique Thibault Samson, cofondateur de The Invoicing Hub. Le benchmark ne tranche pas à la place des organisations, il leur donne une base commune pour comprendre ce que recouvrent réellement les offres.
Un point mérite d’être souligné : les plateformes sponsorisant le document sont identifiées comme telles, sans bénéficier d’un traitement différencié. Une transparence bienvenue sur un sujet où la frontière entre information et promotion est souvent ténue.
Derrière la conformité, des choix structurants
La force de ce comparatif tient moins à l’exhaustivité des plateformes listées qu’à la mise en regard des cas d’usage. La facturation électronique ne se résume pas à l’envoi d’un flux structuré. Elle engage la gestion des exceptions, des tiers, des notes de frais, de l’auto-facturation, des volumes, de l’international. Elle interagit avec des systèmes existants, parfois anciens, parfois très spécialisés.
En creux, le benchmark rappelle une évidence trop souvent négligée : il n’existe pas de “meilleure” plateforme universelle, mais des plateformes plus ou moins adaptées à une configuration donnée. Le risque, à l’approche de 2026, n’est pas tant de ne pas être conforme que de s’enfermer dans une solution mal alignée avec ses flux réels.
La facturation électronique bascule du registre réglementaire à celui de la transformation opérationnelle, ce type d’initiative souligne un enjeu plus large : la capacité des organisations à reprendre la main sur leurs choix numériques, en s’appuyant sur des données comparables plutôt que sur des discours commerciaux. Dans un marché sous tension, c’est déjà beaucoup.








