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Exein lève 270 millions de dollars et devient la première licorne italienne de la cybersécurité

Capture d'écran du site exein.

La start-up romaine, spécialisée dans la sécurité embarquée des objets connectés, franchit un cap symbolique. Portée par un tour de table de 270 millions de dollars mené par le fonds américain Headline, Exein atteint une valorisation de 1,7 milliard de dollars et affiche désormais l’ambition de protéger les machines dotées d’intelligence artificielle, des robots aux véhicules autonomes.

Huit ans après sa création à Rome par Gianni Cuozzo, Exein change de dimension. Le 15 septembre 2026, l’entreprise a annoncé sur son blog avoir bouclé une levée de fonds de 270 millions de dollars, un tour mené par Headline et rejoint par Sofina, Goldman Sachs, le groupe BEI via l’European Tech Champions Initiative, KfW Capital et T.Capital, le bras d’investissement de Deutsche Telekom. Les investisseurs historiques, Balderton, HV, Intrepid Growth Partners, 33N Ventures, Lakestar, Supernova Invest, Blue Cloud Ventures et Geodesic Capital, ont eux aussi remis au pot. Selon l’entreprise, l’opération a été largement sursouscrite. En parallèle, sa ligne de crédit renouvelable, pilotée par J.P. Morgan, a été renforcée avec l’arrivée de KfW comme prêteur supplémentaire.

Ce tour propulse la valorisation d’Exein à 1,7 milliard de dollars, contre environ 800 millions en décembre 2025. Après une Series B de 15 millions d’euros en juillet 2024, l’entreprise avait bouclé une Series C de 70 millions d’euros en juillet 2025, puis récolté 100 millions d’euros supplémentaires en décembre de la même année. En deux ans, sa valorisation a été multipliée par trente.

Une architecture pensée pour la vitesse des machines

Née pour sécuriser les objets connectés en intégrant la protection directement dans le firmware des appareils plutôt qu’au niveau du réseau, Exein revendique aujourd’hui un parc de plus de deux milliards de dispositifs protégés, dans l’industrie, l’automobile, la santé, les semi-conducteurs ou encore les infrastructures critiques. Sa technologie phare, Photon, lancée cette année, agit au niveau du noyau pour bloquer l’exécution de code malveillant avant qu’elle ne se produise.

Dans son communiqué publié sur son site, l’entreprise justifie l’urgence de ce tour par l’évolution de la menace elle-même : son réseau détecterait désormais environ 5 000 nouvelles attaques non répétitives chaque semaine, un volume multiplié par cinq en un an, porté par des assaillants qui utilisent l’intelligence artificielle pour industrialiser leurs offensives contre des dispositifs capables d’agir dans le monde réel. « Une machine compromise ne fuite pas des données, elle exécute une action dans le monde réel », résume Gianni Cuozzo, fondateur et dirigeant d’Exein. Pour lui, cette bascule de l’IA hors du cloud vers le monde physique constitue précisément le terrain sur lequel l’entreprise s’est construite : « Les modèles de pointe réduisent à zéro la fenêtre de correction. Les attaques se produisent désormais à la vitesse des machines, la défense doit donc suivre le même rythme. »

Un modèle de fondation entraîné sur deux ans de télémétrie

Une partie des fonds sera consacrée à l’entraînement d’un modèle de fondation propriétaire dédié à la sécurité des systèmes physiques pilotés par IA. Ce modèle s’appuiera sur deux années de données de télémétrie machine collectées sur l’ensemble du parc d’appareils protégés par Exein, des données opérationnelles réelles que l’entreprise juge difficilement reproductibles par la concurrence, à la différence de corpus de texte génériques. L’architecture de sécurité dite « agentique », censée permettre à des agents autonomes de défendre les systèmes sans intervention humaine, doit être livrée d’ici la fin de l’année 2026, les premiers modèles de fondation étant attendus au premier trimestre 2027.

Chez Headline, Clarey Zhu, partner du fonds, mise sur l’expertise accumulée par l’équipe romaine : « Exein possède une expertise approfondie des systèmes embarqués et des données machine uniques qui lui confèrent un avantage puissant pour se développer mondialement, et cet avantage remonte directement à l’équipe. » Maxence Tombeur, directeur général de Sofina, salue de son côté l’anticipation du fondateur, qui « a eu la clairvoyance de se préparer à cette transition des années avant que le marché ne s’y intéresse ».

Cap sur les États-Unis et l’Asie-Pacifique

Le nouveau capital doit également financer l’expansion internationale de l’entreprise. Exein a déjà installé son siège Asie-Pacifique à Taïwan et noué de nouveaux partenariats dans les semi-conducteurs, l’informatique industrielle et les infrastructures connectées. Une entité légale a été ouverte au Japon, avec un déploiement prévu au quatrième trimestre 2026, et un bureau en Corée du Sud doit voir le jour d’ici 2027. Aux États-Unis, la levée doit permettre d’étoffer les équipes et d’ouvrir un nouveau bureau dans la Bay Area, alors que l’entreprise ambitionne de construire, depuis l’Europe, un standard mondial de sécurité pour l’IA physique.