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En investissant dans Doctolib et les pépites françaises, Nvidia veut s’ancrer partout où l’IA se déploie

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

Nvidia ne se contente plus de vendre les puces sur lesquelles tourne l’intelligence artificielle. En entrant au capital de Doctolib, Entalpic, Genesis AI et Pigment, le groupe américain se rapproche directement des entreprises qui transforment cette puissance de calcul en usages concrets, de la santé à la robotique en passant par les matériaux et le pilotage financier.

Quatre prises de participation, quatre terrains très différents

L’annonce a été faite à Paris, quelques jours avant la GTC Europe organisée à Berlin, et Nvidia prévoit d’investir dans Doctolib, Entalpic, Genesis AI et Pigment, sans communiquer les montants engagés dans chacune de ces entreprises. Le groupe présente ces opérations comme une nouvelle étape de son implantation en Europe, où il dit avoir déjà investi près de 10 milliards de dollars, mais ce sont surtout les profils choisis qui donnent une bonne idée de la manière dont Nvidia entend élargir encore son territoire.

Doctolib a confirmé l’arrivée de Nvidia à son capital au moment où l’entreprise accélère le développement de ses assistants pour les professionnels de santé. Entalpic applique l’IA à la découverte de nouveaux matériaux, notamment pour les semi-conducteurs et l’électronique avancée. Genesis AI travaille sur des modèles et des infrastructures pour la robotique généraliste, tandis que Pigment introduit progressivement davantage d’IA agentique dans sa plateforme de planification destinée aux directions financières, commerciales ou RH.

Ces quatre investissements ont peu de choses en commun au premier regard, et c’est justement ce qui les rend intéressants. Nvidia ne semble pas chercher un seul marché prometteur à verrouiller, mais plutôt à suivre l’IA partout où elle commence à quitter les démonstrateurs pour entrer dans les métiers, dans les logiciels et dans les processus quotidiens. Plus ces usages deviennent nombreux, plus ils réclament de l’inférence, de la simulation, de l’entraînement, donc du calcul, ce qui ramène toujours, tôt ou tard, à l’infrastructure que Nvidia maîtrise déjà mieux que presque tout le monde.

Nvidia descend de plus en plus bas dans la chaîne

Le groupe n’est évidemment plus seulement un fabricant de GPU depuis longtemps. Il fournit les puces, les bibliothèques, les environnements logiciels, les modèles, les outils de développement et une partie croissante de tout ce qui permet à l’IA de fonctionner à grande échelle. Les prises de participation ajoutent simplement une profondeur supplémentaire à cette stratégie, parce qu’elles permettent à Nvidia de ne pas attendre que les usages se stabilisent pour les servir, mais d’être déjà là quand ils se construisent.

Nvidia investit régulièrement dans des entreprises qui utilisent directement ses technologies et avait déjà pris des positions dans plusieurs acteurs français, parmi lesquels Alice & Bob, Gradium ou Scintil Photonics, tout en multipliant les partenariats avec les fournisseurs d’infrastructures, les industriels et les centres de recherche. Ce qui change avec Doctolib ou Pigment, c’est qu’on s’éloigne encore davantage du datacenter pour aller vers des entreprises dont les utilisateurs finaux sont des médecins, des directions financières ou des équipes opérationnelles qui n’ont aucune raison de penser aux GPU derrière les outils qu’ils utilisent.

La valeur de l’IA ne se joue plus seulement dans les grands centres de calcul ou dans la course aux modèles les plus puissants, elle se joue aussi dans des milliers de tâches ordinaires qui, prises séparément, paraissent presque banales, mais finissent par créer des volumes gigantesques lorsqu’elles sont automatisées à grande échelle. Chaque assistant métier, chaque outil de prévision, chaque moteur de simulation ou chaque robot capable d’agir ajoute un peu plus de demande en calcul sans que cette dépendance soit toujours visible au niveau de l’utilisateur.

La France est un terrain particulièrement favorable

Nvidia arrive aussi dans un pays qui a beaucoup misé sur l’IA ces dernières années, entre investissements dans les datacenters, soutien aux start-up, ambitions de souveraineté et volonté d’attirer des capacités de calcul sur le territoire. Dans sa communication consacrée à la France, le groupe prend soin de mettre sur le même plan les partenariats avec les grands acteurs de l’infrastructure, les laboratoires, les start-up et les entreprises utilisatrices, comme s’il voulait montrer qu’il ne se contente plus d’occuper un étage de la chaîne mais cherche à être présent partout où se décide la manière dont l’IA va être utilisée.

La situation reste pourtant assez paradoxale pour l’Europe, qui parle de plus en plus de souveraineté numérique, de capacités locales et de dépendance aux technologies américaines tout en reposant encore très largement sur les accélérateurs Nvidia et sur son écosystème logiciel pour faire tourner ses modèles. Nvidia a pour cela tout intérêt à ne pas apparaître uniquement comme une dépendance de plus, mais comme un partenaire installé au cœur de l’écosystème, capable d’investir, de soutenir et d’accompagner les entreprises locales qui construisent leurs propres offres.

Les prises de participation françaises permettent à Nvidia d’être présent non seulement là où l’infrastructure se construit, mais aussi là où les usages se décident, puisque ce sont ces entreprises qui détermineront demain quels secteurs adoptent massivement l’IA et à quelle vitesse la demande en calcul continue de grimper. 

Doctolib résume assez bien ce déplacement avec Nvidia entrant au capital d’une entreprise dont les usages d’IA pourraient demain accompagner des millions de consultations, de tâches administratives ou de décisions médicales. Chez Pigment, ce sont les fonctions finance et pilotage qui s’ouvrent davantage aux agents, quand Genesis AI vise la robotique et Entalpic la recherche de matériaux. En se rapprochant de ces entreprises, Nvidia s’installe là où l’IA devient un usage quotidien, dans les logiciels et les métiers qui feront croître demain la demande en calcul.