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Région Île-de-France : industrialiser une alternative souveraine à grande échelle

Déployer une suite collaborative souveraine pour plus de 50 000 utilisateurs sans dégrader les usages ni la qualité de service, c’est le défi relevé par la Région Île-de-France grâce à la refonte de son environnement numérique éducatif autour de solutions françaises et européennes intégrées à monlycée.net. Le projet mêle souveraineté, rationalisation des  infrastructures et industrialisation des usages numériques à l’échelle des 470 lycées  franciliens.

Bernard Giry, Région Île-de-France
© DR

Pour Bernard Giry, directeur général adjoint transformation numérique de la Région Île-de-France, le sujet dépasse largement la simple mise en place d’un outil collaboratif. « Nous devons fournir une messagerie, une plateforme numérique et des outils de collaboration aux élèves et aux enseignants. Nous avions la volonté de construire un système qui s’appuie davantage sur des solutions souveraines. »

Ce projet prend place dans le cadre des ENT, les environnements numériques de travail déployés dans les établissements scolaires. À l’échelle francilienne, cela représente environ 450 000 élèves et 45 000 enseignants, soit près de 30 % des lycéens français. Pour la Région, il ne s’agissait pas simplement de remplacer certains services existants mais de reconstruire un ensemble de services unifiés autour de plusieurs outils complémentaires.

Pronote a ainsi été réintégré dans une plateforme davantage unifiée portée par la Région. Une solution française dédiée aux contenus et aux manuels scolaires a également été généralisée depuis la rentrée 2025. La messagerie reste opérée avec Worldline, tandis que la partie stockage et collaboration s’appuie sur Leviia.

Une plateforme pensée pour simplifier les usages

L’un des enjeux majeurs du projet consistait à éviter l’empilement d’outils et la multiplication des accès. « L’idée, c’est vraiment de renforcer la simplicité d’usage, explique Bernard Giry. L’objectif était d’avoir le même identifiant et le même mot de passe pour accéder à tous les services. »

Cette intégration directe à monlycée.net visait à rendre l’environnement numérique le plus fluide possible pour les élèves comme pour les enseignants. « Nous voulions une logique d’unité des usages et rendre l’outil presque invisible. »

Mais rendre l’outil « invisible » suppose en réalité un chantier technique conséquent. La Région a dû gérer des problématiques de volumétrie, d’intégration et de conduite du changement sur un périmètre particulièrement vaste. « On reste dans la complexité propre au monde éducatif, avec les groupes de classes, les partages et les différents usages pédagogiques. Cette connaissance métier est essentielle. »

Le projet accompagne aussi une refonte plus profonde des infrastructures numériques régionales. La collectivité a engagé un mouvement visant à sortir les serveurs historiquement répartis dans les lycées de manière progressive afin de construire un datacenter régional capable de porter ces nouveaux services.

La souveraineté sans compromis sur la qualité de service

Pour Bernard Giry, le sujet de la souveraineté ne peut pas être dissocié des réalités opérationnelles d’une collectivité. « Si j’achète souverain mais que cela ne fonctionne pas, c’est ma responsabilité qui est engagée. » Le DGA revendique une approche pragmatique du sujet. « J’ai un peu théorisé l’idée que si l’on atteint déjà plus de 50 % d’investissements dans des solutions européennes, c’est une trajectoire intéressante, parce qu’aujourd’hui le 100 % souverain reste impossible. »

La Région refuse ainsi d’opposer souveraineté et qualité de service. Les attentes en matière de performance restent identiques à celles des grandes plateformes américaines. « Une solution souveraine doit être équivalente à ce qu’on peut trouver ailleurs en termes de performance. Pour nous, c’est le minimum. »

En regroupant davantage ses services numériques, la Région renforce aussi ses exigences en matière de résilience et de continuité de service. « Historiquement, nous avions 470 unités relativement autonomes. Aujourd’hui, nous allons vers davantage de centralisation et de supervision globale. Cela augmente aussi notre responsabilité. La résilience devient donc encore plus indispensable. » Pour Bernard Giry, le projet montre aussi qu’il est désormais possible de remplacer certaines suites collaboratives classiques par des alternatives souveraines capables de tenir la charge à cette échelle, même si cela demande « davantage de pilotage et d’intégration ».