Lancé en avril 2026 et doté de 40 millions d’euros sur trois ans, dont 25 millions financés par France 2030, JUNN réunit 14 partenaires publics et privés pour développer un socle technologique commun dédié aux jumeaux numériques de territoires.
L’IGN, le Cerema, l’Inria et 1Spatial France pilotent le projet. Quentin Houéry, coordinateur de JUNN pour l’IGN, et Rémi Ferrier, responsable des développements métiers à l’IGN, détaillent les ambitions du programme et les défis à relever.
Une filière à structurer
Plusieurs collectivités telles que Lille, Rennes, Angers ou la Vendée expérimentent déjà les jumeaux numériques. Mais ces initiatives restent isolées et coûteuses.
« Les grandes métropoles font évoluer leurs SIG vers la 3D mais l’entretien de référentiels 3D coûte extrêmement cher. Les acteurs plus petits n’ont ni les moyens ni les compétences », observe Quentin Houéry.
JUNN entend répondre à deux besoins : fournir des outils d’aide à la décision aux collectivités pour l’aménagement, les risques ou la transition écologique et structurer une filière française encore fragmentée. L’objectif n’est pas de remplacer les projets existants mais de leur fournir un cadre commun d’interopérabilité.
Des standards construits par l’usage
L’un des défis majeurs concerne l’harmonisation des données. Les géodonnées proviennent de sources très diverses : Lidar, cadastres, capteurs IoT, imagerie satellitaire ou modèles climatiques.
Le consortium privilégie une approche pragmatique : les standards seront affinés à mesure du développement de cas d’usage concrets, comme la simulation d’inondations ou la gestion de l’eau. « D’ici trois ans, on espère qu’une solution développée sur un territoire pourra être réutilisée sur un autre », explique Quentin Houéry.
Une plateforme ouverte
JUNN ne reposera pas sur un entrepôt centralisé. Le projet prévoit une architecture de connecteurs permettant de relier les systèmes déjà utilisés par les collectivités. La géoplateforme de l’IGN constituera l’un des premiers points d’entrée.
« Il faut à la fois définir le concept de jumeau numérique et développer les connecteurs vers les formats existants pour que le socle soit utilisable par tous », résume Rémi Ferrier.
Une aide à la décision, pas un arbitre
Le consortium insiste sur un point : JUNN n’a pas vocation à garantir les résultats produits par les simulateurs qui s’appuieront sur son infrastructure.
« On n’ira pas jusqu’à dire que nous sommes garants de la robustesse scientifique des simulateurs », souligne Quentin Houéry. La responsabilité de l’IGN porte sur les données de référence fournies, tandis que les modèles développés par les partenaires scientifiques feront l’objet de validations spécifiques.
Souveraineté et modèle économique
Le projet revendique une approche souveraine, sans exclure le recours à des infrastructures extérieures. L’enjeu, selon Rémi Ferrier, est avant tout de disposer des compétences et des moyens permettant un déploiement souverain lorsque nécessaire.
Reste la question du financement après les trois années de R&D. La future structure de gouvernance n’est pas encore définie mais le principe est posé : les acteurs qui bâtiront des services sur le socle contribueront à son financement. « Il faut un modèle économique », résume Quentin Houéry. Au-delà du projet lui-même, JUNN est aussi perçu comme un investissement destiné à renforcer les compétences françaises sur les technologies de jumeaux numériques.






