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“La monnaie silencieuse de la banque : pourquoi la donnée est désormais un actif stratégique”

Interview analyse :

Steve Williamson, SVP & General Manager EMEA de Starburst nous apporte un éclairage stratégique sur un basculement clé du secteur bancaire : la donnée n’est plus seulement un enjeu de conformité, mais un levier central pour lutter contre la criminalité financière, répondre à la pression réglementaire croissante (DORA, Data Act, AI Act) et déployer l’IA de manière fiable et responsable.

Son analyse met en lumière les principaux freins auxquels font face les établissements aujourd’hui – fragmentation des données, complexité des environnements IT hybrides, exigences accrues en matière de gouvernance – et il explique pourquoi une stratégie de donnée unifiée devient indispensable pour préserver la confiance, renforcer la résilience opérationnelle et soutenir l’innovation bancaire.

“Dans un secteur où la confiance est au cœur de chaque transaction, la donnée est devenue l’atout le plus stratégique des banques – et parfois leur plus grande fragilité. Chaque seconde, des millions de transactions sont effectuées dans les systèmes financiers. Les maîtriser ne relève plus seulement de la conformité : c’est un levier pour réduire la fraude, limiter les risques opérationnels et stimuler l’innovation. 

Pour optimiser cette approche, je distingue trois défis majeurs à relever par les banques : en premier lieu accéder à l’ensemble de leurs données (souvent dispersées), en second, garantir leur sécurité dans un paysage réglementaire mouvant et enfin, s’assurer d’opérer efficacement au sein d’environnements IT hybrides toujours plus complexes.

Criminalité financière : un risque devenu systémique

La fraude et le blanchiment d’argent connaissent une croissance sans précédent dans le monde. En 2023, les pertes liées à la fraude bancaire en France ont dépassé 1,2 milliard d’euros (soit + 5,2 % par rapport à 2022), dont 312 millions étaient liés à la fraude au virement (Fédération bancaire française). Les criminels profitent de la fragmentation des systèmes d’information et des disparités réglementaires entre pays, ce qui rend la détection beaucoup plus difficile. 

Pour garder une longueur d’avance face à ces risques, les institutions financières doivent :

  • renforcer le partage de données entre banques, régulateurs et autorités
  • mieux sensibiliser les clients face aux arnaques
  • s’appuyer sur l’IA pour repérer plus rapidement les schémas à risque

 Les approches traditionnelles ne suffisent plus : seules des capacités d’analyse avancées et d’automatisation fiable, nourries par des données de qualité, permettent d’identifier précisément les menaces avant qu’elles ne deviennent critiques.

Conformité : une pression réglementaire en constante évolution

La non-conformité expose les établissements financiers à des sanctions lourdes et à des risques réputationnels. En 2023, les institutions financières représentaient 27 % des violations de données dans le monde. À cela s’ajoutent de nouvelles obligations :

  • DORA, applicable à partir de janvier 2025, impose aux établissements financiers de démontrer leur capacité à résister aux incidents IT majeurs, à les détecter et à les signaler rapidement, y compris lorsque ceux-ci proviennent de prestataires tiers critiques.
  • Le EU Data Act applicable depuis septembre 2025, qui encadre l’accès et le partage des données au sein de l’UE, redéfinit les règles d’accès, de partage et de portabilité des données au sein de l’Union Européenne, en encadrant notamment les clauses contractuelles abusives entre entreprises et en renforçant l’interopérabilité entre services de traitement de données.
  • L’AI Act, dont les premières obligations entreront en vigueur à partir de 2025, impose un cadre strict à l’usage de l’IA dans les services financiers, en matière de qualité des données, de transparence, de gestion des risques et de supervision humaine.

L’Europe durcit clairement son cadre réglementaire autour de la donnée, de la sécurité et de l’IA. Chaque évolution impose davantage de rigueur dans la manière dont les banques collectent, stockent, partagent et protègent leurs données. Résultat: une stratégie de donnée unifiée devient indispensable pour automatiser les rapports, garantir la traçabilité et assurer une gouvernance cohérente sur l’ensemble du cycle de vie de l’information.

IA bancaire : un potentiel immense, freiné par les silos

L’IA a la capacité de transformer l’expérience client, d’optimiser l’évaluation des risques et de renforcer la détection des activités suspectes. Mais son efficacité dépend entièrement de la qualité, de l’accessibilité et de la fraîcheur des données. Or, beaucoup de banques fonctionnent encore dans des architectures fragmentées, combinant systèmes historiques on-premises et plateformes cloud plus récentes. Selon KPMG, seuls 40 % des acteurs disposent aujourd’hui d’une intégration cloud complète, et la plupart des données restent stockées en interne. Sans infrastructure hybride performante, il est  donc difficile d’alimenter des modèles d’IA exigeants en temps réel.

Gouvernance : la clé d’une IA responsable

Selon Deloitte, 87 % des banques reconnaissent l’importance d’une gouvernance robuste, mais seulement 29 % disposent d’un cadre réellement opérationnel. Or une gouvernance insuffisante augmente les risques de biais, de failles de sécurité ou de décisions non conformes. Pour sécuriser leurs initiatives IA, les banques doivent mettre en place des politiques de gouvernance transversales, auditer régulièrement les décisions générées automatiquement, intégrer des équipes mêlant data science, conformité et cybersécurité, et s’appuyer sur des plateformes capables d’automatiser les exigences réglementaires.

À une époque où la violation de données est devenue une forme de braquage moderne, les institutions qui ne traitent pas la donnée comme un actif stratégique mettent directement en danger la confiance de leurs clients. Selon moi, celles qui investissent dans l’intégrité, la sécurité et l’innovation autour de la donnée seront les mieux placées pour mener la prochaine transformation du secteur financier. Rappelons-nous que, au-delà de la conformité, c’est bien la capacité à inspirer et préserver la confiance qui déterminera les gagnants de l’économie bancaire de demain. “