Accueil Comment maîtriser les coûts cachés liés à l’IA autonome

Comment maîtriser les coûts cachés liés à l’IA autonome

Stéphane Faivre- Duboz, Vice President Sales EMEA chez Camunda

 

L’adoption de l’intelligence artificielle en entreprise ne fait pas que s’accélérer : elle transforme la manière dont les organisations fonctionnent. Les agents autonomes, l’IA générative et l’automatisation poussée sont en train de modifier la prise de décision, l’exécution des processus et l’expérience des clients. Dans leur course pour devenir des « entreprises autonomes », beaucoup risquent toutefois de perdre en contrôle, de créer du désordre opérationnel et de voir leurs coûts exploser.

L’IA a pour vocation d’augmenter le niveau d’automatisation. Mais les organisations qui tentent de déployer l’IA à grande échelle sans une couche d’orchestration risquent de dilapider leurs ressources, de perdre la maîtrise de leurs opérations et de mettre en danger leur conformité. Pour atteindre une véritable autonomie, il est indispensable d’instaurer des responsabilités claires : l’IA peut agir de façon indépendante, mais uniquement dans des cadres définis, garants de transparence et de contrôle.

L’ère de l’IA exige une nouvelle architecture

Les prévisions indiquent que d’ici 2025, une entreprise sur quatre ayant recours à l’IA générative adoptera des agents d’IA, ou des entités logicielles autonomes exécutant des tâches complexes. Ce nombre devrait doubler d’ici 2027.

Cependant, la mise en œuvre opérationnelle de l’IA n’est pas sans difficulté. Alors que la plupart des organisations prévoient d’intégrer davantage l’IA dans les stratégies d’automatisation, beaucoup peinent encore à la mettre à l’échelle et à l’opérationnaliser efficacement. Ces défis se multiplient dans les secteurs hautement réglementés, où il est vital que les décisions de l’IA soient transparentes, auditables et conformes.

Pour réaliser le potentiel de l’IA sans compromettre le contrôle, les organisations ont besoin d’un nouveau modèle opérationnel qui maintienne l’IA évolutive, responsable et sous surveillance humaine.

Des silos d’automatisation à la pensée systémique

 

L’intelligence artificielle est trop fréquemment déployée de manière isolée. Pensez aux IA intégrées dans les applications SaaS, aux bots d’automatisation des processus robotiques (RPA) déconnectés, ou aux modèles d’apprentissage automatique spécifiques à un service. Par conséquent, l’automatisation devient fragmentée, nécessitant une intervention humaine pour corriger les problèmes, ce qui va à l’encontre de l’objectif initial d’intégration de l’IA. Pour les applications en contact avec le public, des processus automatisés interrompus risquent de générer de la frustration, voire une perte de clientèle.

L’autonomie exige la cohésion. C’est à ce niveau que l’orchestration des processus devient essentielle. Elle relie les agents d’IA, les personnes, les systèmes, les appareils et les technologies existantes dans des processus métier unifiés de bout en bout. Elle garantit que chaque tâche, automatisée ou manuelle, se déroule au bon moment, avec la bonne surveillance, et dans le bon contexte.

Considérez l’orchestration des processus comme la différence entre l’installation d’une fonction de conduite autonome sur une voiture et la construction d’un système de circulation complet qui coordonne des millions de types de véhicules différents. La première vous permet de vous déplacer, tandis que la seconde permet à tout le monde de se déplacer en toute sécurité.

Mettre l’IA en œuvre sans se ruiner se ruiner, tout en respectant la réglementation

L’IA promet l’efficacité, mais sans orchestration, elle peut introduire des coûts et des risques imprévus. Tous les processus n’exigent pas, ou ne bénéficient pas, des agents d’IA avancés ou des grands modèles linguistiques. En fait, une grande partie de la valeur de l’IA réside dans le fait de savoir quand l’utiliser et comment la contrôler. C’est pourquoi il est essentiel de comprendre les différences entre l’orchestration déterministe, dynamique et agentique.

L’orchestration déterministe est le modèle le plus connu. Il régit les processus à l’aide d’une logique prédéfinie, telle que des règles, des embranchements et des conditions cartographiés à l’avance. Il est fiable, rapide et rentable, ce qui le rend idéal pour les tâches à volume élevé avec des résultats prévisibles. Dans les secteurs réglementés, il offre également la répétabilité et la transparence nécessaires à la conformité. Cependant, il manque de la flexibilité nécessaire pour gérer les exceptions, l’ambiguïté ou le changement.

L’orchestration dynamique des processus apporte davantage d’adaptabilité. Dans ce cas, l’IA décide des tâches à exécuter et de leur séquence en se basant sur le contexte plutôt que sur des règles préétablies. Cette approche permet l’automatisation dans les scénarios où les données d’entrée sont non structurées ou lorsque la meilleure marche à suivre n’est pas connue à l’avance. C’est une approche puissante, mais aussi plus difficile à contrôler. Sans surveillance appropriée, l’orchestration dynamique peut entraîner des comportements incohérents ou des décisions difficiles à auditer.

C’est la raison pour laquelle de nombreuses entreprises se tournent vers l’orchestration par agent, un modèle hybride alliant la maîtrise du déterminisme et la souplesse du dynamique. L’orchestration agentique permet aux agents d’IA de prendre des décisions et d’agir, mais selon des paramètres définis. Elle offre un équilibre : l’IA peut s’adapter et répondre à des données d’entrée inattendues, tandis que l’humain conserve la capacité de surveiller, d’auditer et d’intervenir en cas de besoin.

Cette approche à plusieurs niveaux est particulièrement importante pour déployer l’IA en toute sécurité. Elle permet aux entreprises d’acheminer les tâches simples via la logique déterministe, tout en réservant la flexibilité pilotée par l’IA aux scénarios plus complexes ou variables. Elle permet également de contrôler les coûts, garantissant que les modèles d’IA ne sont utilisés que lorsque leur valeur justifie l’investissement.

En somme, la mise en œuvre de l’IA revient à injecter le niveau approprié d’intelligence, d’adaptabilité et de supervision dans chaque processus. L’objectif est que l’ensemble du système fonctionne de manière fiable, efficace et dans le respect des limites établies.

L’entreprise autonome, une conception intrinsèquement hybride

Malgré l’engouement, l’entreprise entièrement autonome reste un objectif lointain. La plupart des entreprises adopteront un modèle hybride dans lequel l’IA et l’humain dirigeront conjointement les processus. La réussite reposera sur la capacité d’une organisation à orchestrer les flux de travail déterministes et dynamiques avec discernement et maîtrise.

L’orchestration agentique est une nécessité pour la prochaine phase de l’IA d’entreprise. Elle garantit que l’autonomie ne se fasse pas au détriment de la confiance, de la transparence ou de la performance. Dans l’entreprise autonome du futur, la question de savoir qui (ou quoi) prend la décision importe moins que la façon dont cette décision s’inscrit dans la vision globale.