Anthropic rapproche les fonctions conversationnelles et agentiques de Claude dans une interface unique destinée aux entreprises, permettant de passer d’une discussion à l’exécution de tâches sans changer d’environnement. Si les administrateurs conservent la maîtrise des autorisations, plusieurs limites subsistent pendant cette phase de bêta, notamment sur la conservation des données, certaines informations mémorisées pouvant survivre à la suppression des conversations dont elles sont issues.
Claude n’a plus besoin de changer de casquette
Anthropic poursuit l’intégration des capacités agentiques de Claude en réunissant, dans une même interface, les conversations classiques et les tâches jusqu’ici confiées à Cowork. Proposée en bêta publique aux clients Enterprise, cette nouvelle expérience permet à l’utilisateur de formuler une demande sans avoir à déterminer au préalable si elle nécessite une simple réponse ou l’exécution d’opérations plus complexes. Claude peut ainsi commencer par analyser une question, puis poursuivre son travail dans un environnement distant pour manipuler des fichiers, produire des documents ou exécuter du code.
Lorsqu’une tâche nécessite ces capacités, Anthropic lui attribue une machine virtuelle isolée, dont le disque est conservé sous forme d’instantané chiffré après quelques minutes d’inactivité. Cet environnement peut être réactivé pour reprendre le travail, y compris depuis un autre appareil, avant d’expirer au bout de 30 jours. La distinction entre l’assistant qui conseille et celui qui agit s’efface ainsi progressivement pour l’utilisateur, même si les deux usages continuent de mobiliser des autorisations et des mécanismes techniques différents.
Une autonomie soumise aux règles de l’entreprise
Cette simplification ne donne pas pour autant carte blanche à Claude pour intervenir sur les ressources de l’organisation. L’expérience unifiée doit être activée par un administrateur et nécessite notamment d’autoriser l’exécution de code dans le cloud, tandis que les accès aux fichiers, aux applications et aux services connectés restent soumis aux politiques de l’entreprise. Les administrateurs peuvent limiter le déploiement à certains collaborateurs, restreindre les domaines Internet accessibles depuis les environnements d’exécution ou imposer une validation humaine avant certaines opérations.
Anthropic précise que les sorties réseau sont désactivées par défaut dans l’offre Enterprise et recommande de commencer par une phase pilote de deux à quatre semaines, le temps d’évaluer les usages et les risques associés. Une précaution qui prend une importance particulière lorsque l’interface ne distingue plus aussi nettement la formulation d’une demande de sa mise en œuvre, puisque les utilisateurs peuvent désormais confier à Claude une succession d’opérations sans quitter leur conversation.
Supprimer une conversation ne signifie pas effacer toutes ses données
La documentation d’Anthropic révèle toutefois plusieurs particularités concernant la conservation des informations pendant cette phase de bêta. Si les conversations et leurs sessions cloud associées sont soumises aux politiques de conservation définies par l’organisation, ce n’est pas encore le cas de la mémoire de Claude, dont certaines informations peuvent subsister après la suppression des échanges qui les ont alimentées. La désactivation ultérieure de l’interface unifiée ne garantit pas non plus leur effacement, Anthropic prévoyant d’intégrer ces données aux règles de conservation lors de la disponibilité générale du service.
Les tâches planifiées présentent une autre particularité puisqu’elles peuvent continuer à s’exécuter après la suppression de la conversation depuis laquelle elles ont été créées, leur interruption nécessitant une action distincte. Ces différences de traitement ne sont pas anodines pour les entreprises qui imposent des durées de conservation précises ou doivent pouvoir justifier la suppression effective de certaines informations.
L’expérience unifiée demeure par ailleurs inaccessible aux organisations utilisant la conservation zéro des données, des clés de chiffrement gérées par le client ou une configuration adaptée aux exigences américaines HIPAA relatives aux données de santé. Anthropic entend faire évoluer ces restrictions, mais leur existence rappelle que l’intégration des capacités agentiques dans les outils de travail ne dépend pas seulement de ce que les assistants sont capables d’exécuter. Elle suppose aussi que les mécanismes de contrôle, de conservation et de suppression des données suivent les usages que ces nouvelles interfaces rendent possibles.








