Pour mieux anticiper et piloter les risques cyber liés à leurs chaînes technologiques, plusieurs grands groupes français ont adopté un référentiel commun de cartographie des dépendances IT. Cette démarche s’inscrit dans une tendance plus large en Europe, qui considère désormais la dépendance numérique comme un enjeu majeur de résilience et de cybersécurité.
Un outil pour mesurer et gouverner le risque numérique
Face à la complexité croissante des chaînes d’approvisionnement numériques, plusieurs grandes organisations, dont la Caisse des Dépôts, RTE, Docaposte, SNCF ou CMA-CGM, travaillent à un Indice de Résilience Numérique (IRN), conçu pour traduire les dépendances IT en métriques exploitables dans la gouvernance d’entreprise. Ce référentiel vise à rendre visible et mesurable une forme de risque souvent difficile à appréhender dans les tableaux de bord classiques . L’initiative entend dépasser l’approche technique habituelle pour intégrer des dimensions stratégiques, contractuelles et opérationnelles des dépendances, qu’il s’agisse de fournisseurs cloud, de briques logicielles critiques ou de compétences internes, afin que les comités exécutifs puissent arbitrer sur ces sujets en connaissance de cause.
Dépendance numérique : un risque cyber systémique en Europe
La démarche française s’inscrit dans un contexte plus large où l’Union européenne s’inquiète de l’exposition collective des organisations aux technologies étrangères, notamment américaines. Une étude du Parlement européen met en évidence que l’écosystème numérique européen reste largement dépendant de solutions logicielles et de services cloud non communautaires, exposant les entreprises à des vulnérabilités stratégiques et géopolitiques. Cette dépendance se traduit aussi en termes économiques. Une analyse récente estime que la dépendance numérique de l’Europe coûte environ 265 milliards d’euros par an, en grande partie liée aux services et technologies importés qui dominent le marché européen.
Cybersécurité renforcée par des cadres réglementaires
Sur le plan réglementaire, l’Union européenne a mis en place plusieurs textes structurants qui contribuent à renforcer la cybersécurité et la résilience opérationnelle des systèmes numériques. La directive NIS 2, entrée en vigueur récemment, impose à un large éventail d’acteurs (énergie, transports, finance, santé, etc.) des obligations renforcées en matière de gestion des risques cyber et de notification des incidents, soulignant l’importance de vues holistiques sur les dépendances et les risques associés. Par ailleurs, le Digital Operational Resilience Act (DORA), applicable dans le secteur financier, vise spécifiquement à encadrer les risques liés aux dépendances critiques sur les fournisseurs tiers, en imposant des normes de résilience opérationnelle et de gestion des risques ICT.
De la cyber-vulnérabilité à la gouvernance stratégique
Pour les experts, rendre visible la dépendance numérique revient à prévenir des effets domino lors d’incidents cyber majeurs. Sans une cartographie fine, une organisation peut se retrouver exposée à des ruptures d’approvisionnement technique, à des hausses tarifaires imprévues ou à des verrous contractuels qui entravent les plans de continuité d’activité ou de reprise après incident… autant de défis qui relèvent aujourd’hui de la cyber-résilience stratégique. Dans une économie numérique de plus en plus intégrée, capacité à anticiper les défaillances, diversification des fournisseurs, maîtrise des contrats et des architectures sont des éléments clés pour réduire les vulnérabilités et renforcer la sécurité globale des systèmes d’information.








