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Binance confirme une cyberattaque à 6,3 milliards de dollars, le portable d’un ingénieur DevOps dans le viseur

Ce visuel a été généré par l'IA.

Dépôts et retraits suspendus, communication en zigzag et un préjudice estimé à quatre fois celui de Bybit. La plateforme d’échange de cryptomonnaies a confirmé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir été victime d’un piratage d’ampleur inédite. Les premières pistes ne pointent pas vers un vol de clés privées, mais vers un poste de travail.

Un laptop, un conteneur, des retraits

Le scénario tient en une phrase, et c’est bien ce qui le rend vertigineux. Selon un message publié sur le compte X de Binance Amérique latine le 30 octobre, l’enquête initiale suggère que l’incident “pourrait impliquer un ordinateur portable compromis d’un ingénieur DevOps”. De là, l’attaquant aurait accédé à un conteneur de service et déclenché des transactions de retrait non autorisées. Pas de compromission spectaculaire du cœur cryptographique, donc : Binance affirme n’avoir trouvé “aucune preuve de fuite de clés privées de portefeuilles”. La plateforme reste prudente sur le fond et promet une analyse technique post-mortem détaillée “une fois que l’enquête sera terminée et que les faits seront entièrement vérifiés”.

L’addition, elle, est déjà sur la table. Toujours selon ce message, l’impact total est estimé à environ 6,3 milliards de dollars, soit 5,63 milliards d’euros selon la conversion de franceinfo. Environ 3 milliards ont été gelés on-chain avec l’aide de partenaires blockchain. Le média public rappelle que le plus gros vol du genre jusqu’ici, celui de Bybit en février 2025, portait sur 1,5 milliard de dollars et avait été attribué à des pirates liés à la Corée du Nord. Binance ferait donc quatre fois pire. La plateforme, qui ne désigne aucun responsable, dit collaborer avec les forces de l’ordre “pour confirmer l’identité de ces criminels et les traduire en justice”.

Une communication qui a cherché ses mots

Côté riposte, Binance déroule le manuel. La plateforme indique avoir suspendu temporairement dépôts et retraits le temps des vérifications de sécurité, révoqué l’autorisation de l’adresse affectée et impliqué les forces de l’ordre ainsi que des spécialistes du renseignement blockchain pour tracer et récupérer les fonds. Les pertes seront couvertes par le fonds SAFU et les fonds propres de l’entreprise, et une preuve de réserves actualisée sera publiée à l’issue de la remédiation. Binance précise par ailleurs, selon franceinfo, que ses équipes travaillent avec les autorités, les émetteurs, des sociétés d’analyse de données et des partenaires du secteur pour identifier et geler des actifs supplémentaires.

Sur la forme, la séquence a été nettement moins maîtrisée. Franceinfo relève que Binance a publié sur X plusieurs messages contradictoires, assurant d’abord que les fonds des clients étaient “totalement à l’abri”, avant d’annoncer qu’elle couvrirait “toutes les pertes”, puis de lâcher le chiffre de 6,3 milliards via son compte latino-américain. Pendant plusieurs heures avant la confirmation officielle, intervenue vers 00h30 vendredi, des spécialistes affirmaient déjà que des pirates s’étaient introduits sur la plateforme. Même Changpeng Zhao, ancien patron de la plateforme qui n’y occupe plus de fonctions opérationnelles mais reste actionnaire majoritaire, s’en est tenu sur X à un prudent “Cela ressemble à une cyberattaque sur Binance”, évoquant des pertes “un peu plus élevées” qu’un milliard de dollars. Un écart de plus de cinq milliards avec l’estimation communiquée ensuite, qui en dit long sur le brouillard des premières heures.

Les marchés tanguent, puis se reprennent

Le choc s’est propagé aux cours. D’après franceinfo, l’ensemble des cryptomonnaies majeures a brièvement décroché, stablecoins exceptés. Dans la nuit, le bitcoin a plongé de près de 5% avant de se reprendre : vers 6 heures vendredi, il ne cédait plus que 0,83%. L’ether reculait de 0,81%. Quant au BNB, la cryptomonnaie émise par Binance, il a chuté de près de 10% avant de rebondir de 2,67%.

Reste la leçon, qui dépasse largement l’univers crypto. Si la piste se confirme, le plus gros casse de l’histoire du secteur n’aurait pas eu besoin de mettre la main sur des clés privées, seulement de passer par la machine d’un ingénieur DevOps. Le post-mortem promis par Binance dira comment un poste compromis a pu ouvrir la voie à des retraits de cette ampleur. Il est attendu au tournant.