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Bâtiments numériques : vers une exploitation plus durable des sites et infrastructures IT

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À mesure que le numérique s’impose comme une infrastructure critique, les data centers concentrent des tensions inédites : explosion des usages liés à l’IA, pression sur les réseaux électriques, stress hydrique local, acceptabilité territoriale. L’ADEME éclaire l’ampleur du défi en publiant une étude en ce début d’année. En parallèle, les référentiels de certification HQE intègrent désormais des exigences spécifiques aux bâtiments numériques. 

Explosion des usages numériques : le mur énergétique se précise

Dans une prospective publiée début 2026, l’ADEME dresse un constat sans ambiguïté : les centres de données ont consommé 415 TWh d’électricité à l’échelle mondiale en 2024, et cette consommation est appelée à croître fortement sous l’effet de l’intelligence artificielle, du cloud et de la multiplication des services numériques.

Pour les usages français, l’agence modélise cinq scénarios contrastés à horizon 2035 et 2060. Dans le scénario tendanciel, la consommation d’électricité induite par les usages numériques pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035, dont près des deux tiers seraient réalisés hors du territoire national, dans des pays au mix électrique plus carboné que celui de la France

Le data center, un actif critique au cœur des arbitrages territoriaux

Cette trajectoire place les data centers dans une position singulière. Indispensables au fonctionnement des services numériques, l’ADEME souligne notamment le rôle croissant de ces infrastructures dans des domaines stratégiques tels que la souveraineté numérique ou la défense, tout en rappelant les tensions locales liées à leur implantation : concurrence d’usage de l’électricité, mobilisation de la ressource en eau, intégration dans les territoires.

Dans certaines régions, comme le sud-est de la France, la question du stress hydrique devient un facteur déterminant dans l’acceptabilité des projets. À cela s’ajoute un enjeu encore peu exploité : la récupération de la chaleur fatale. Si le potentiel théorique pourrait atteindre près de 13 TWh en 2035 dans le scénario tendanciel, l’ADEME constate que, dans les faits, très peu de data centers français valorisent aujourd’hui cette ressource, en raison de contraintes économiques et locales. 

HQE et data centers : une grille de lecture du bâti appliquée au numérique

Longtemps conçues pour évaluer la performance environnementale des bâtiments tertiaires, les certifications HQE ont progressivement intégré des exigences adaptées aux spécificités des data centers et des infrastructures numériques. L’objectif n’est pas de créer une norme IT, mais d’appliquer au bâti numérique une lecture globale des impacts : énergie, carbone, eau, conditions sanitaires et qualité d’usage.

Dans ce cadre, François Jallot, président de CERTIVEA, organisme spécialisé dans la certification des bâtiments tertiaires, des infrastructures et des projets d’aménagement, souligne que « le développement des data centers, pour répondre à la flambée des usages du numérique, a un impact environnemental que plus personne ne doit ignorer ». Selon lui, l’enjeu consiste à disposer de référentiels capables « d’appréhender de manière globale l’empreinte du bâti et de ses usages », afin d’éviter une approche strictement technico-énergétique.

Les référentiels HQE s’appuient ainsi sur une logique transversale, combinant performance énergétique, empreinte carbone, gestion de l’eau, qualité de l’air et conditions de travail. Appliquée aux data centers, cette grille de lecture permet d’évaluer l’infrastructure numérique comme un bâtiment à part entière, dont les choix de conception et d’exploitation conditionnent durablement son impact environnemental.

Refroidissement, énergie, eau : des critères adaptés aux réalités opérationnelles

Premier poste de consommation d’un data center, le refroidissement fait l’objet d’exigences spécifiques. Les certifications HQE valorisent le recours à des solutions plus sobres et plus efficaces : free cooling, refroidissement naturel, intégration du froid au niveau des racks, ou encore utilisation de ressources locales comme l’eau de nappe ou de rivière, lorsque le contexte territorial le permet.

La conception architecturale est également intégrée dans l’évaluation, avec des dispositifs tels que la séparation des allées chaudes et froides, leur confinement, le refroidissement par rangées ou l’usage de systèmes à débit d’air variable. À cela s’ajoute la prise en compte d’équipements informatiques éco-labellisés, capables de fonctionner dans des plages de température et d’humidité plus larges.

Les classes de consommation énergétique, exprimées en kWh d’énergie primaire par mètre carré et par an, ont été spécifiquement adaptées aux data centers. En phase d’exploitation, la certification valorise la réduction mesurée des consommations sur plusieurs années, inscrivant la performance énergétique dans une logique d’amélioration continue.

Même approche pour l’eau, avec des classes de consommation définies à partir de bases de données nationales. Un point de plus en plus stratégique dans un contexte où l’ADEME identifie la gestion de la ressource hydrique comme un facteur clé de soutenabilité des infrastructures numériques.

Carbone, confort et santé : une approche différenciée des espaces

Les émissions de CO₂ sont évaluées à partir des consommations énergétiques globales du site, selon des classes adaptées aux spécificités des data centers. Cette méthode permet de relier directement les choix d’exploitation aux trajectoires climatiques, alors que plusieurs scénarios prospectifs montrent qu’une croissance non maîtrisée serait incompatible avec les objectifs de neutralité carbone à horizon 2050. 

Les référentiels HQE distinguent également les usages. Les exigences de confort acoustique, visuel et hygrothermique s’appliquent uniquement aux espaces occupés en permanence par les salariés. Lorsque du personnel intervient dans les zones de process, des grilles spécifiques permettent d’adapter les critères à ces environnements techniques.

Sur le plan sanitaire, la qualité de l’air intérieur, de l’eau et l’exposition aux ondes électromagnétiques sont évaluées dans les espaces occupés en continu, traduisant une volonté d’articuler performance technique et conditions de travail.

Le bâtiment numérique comme point d’équilibre de la transition

Les data centers ne peuvent plus être pensés uniquement comme des machines à performance. Ils deviennent des infrastructures territoriales, énergétiques et sociales à part entière.

L’ADEME rappelle que les optimisations technologiques ne suffiront pas, à elles seules, à contenir la croissance des consommations sans politiques actives de sobriété numérique, la question de l’exploitation durable des bâtiments numériques s’impose désormais comme un levier structurant de la transition du secteur IT.