Accueil Business AVIS D’EXPERT – L’IA ne fait pas gagner du temps, elle rend...

AVIS D’EXPERT – L’IA ne fait pas gagner du temps, elle rend la décision possible

Ciarán Quilty, Senior Vice President International chez Intuit. Credit : Intuit
Ciarán Quilty, Senior Vice President International chez Intuit. Credit : Intuit

Diriger une entreprise n’a jamais été aussi bruyant. Sollicitations permanentes, outils qui s’empilent, décisions qui s’accumulent plus vite qu’elles ne peuvent être prises. D’apres Ciarán Quilty, vice-président senior chez Intuit, pour de nombreux dirigeants de PME, le problème n’est pas l’ambition : c’est la saturation. 

Un problème de saturation, pas d’ambition 

En France, cette tension est bien réelle. Selon le baromètre France Num 2025, plus d’un quart des TPE-PME utilisent déjà au moins une solution d’intelligence artificielle, un chiffre qui a doublé en un an¹. Pourtant, l’IA reste souvent cantonnée à des usages tactiques : automatiser une tâche, produire plus vite, répondre à l’urgence. Rarement structurer la décision. 

Car le véritable enjeu n’est pas la vitesse. 
C’est la clarté. 

Trop de données, pas assez d’attention 

Les dirigeants ne manquent pas d’informations. Ils manquent de temps et surtout d’espace mental pour les interpréter. À l’échelle européenne, seules 11 % des PME utilisent aujourd’hui des technologies d’IA, contre plus de 40 % des grandes entreprises². Ce décalage n’est pas technologique. Il est organisationnel. 

Une étude menée au Royaume-Uni illustre bien cette réalité : les dirigeants de PME y perdent près de cinq heures par semaine à cause de la fatigue décisionnelle, et 58 % des opportunités de croissance ne se transforment jamais en résultats concrets³. Ces chiffres sont britanniques, mais le diagnostic dépasse largement un seul marché : lorsque les décisions s’accumulent, l’exécution ralentit. 

En France, le constat est similaire. Près de six dirigeants de PME et d’ETI sur dix considèrent désormais l’IA comme un enjeu stratégique, voire vital, pour leur entreprise⁴. Pourtant, beaucoup peinent encore à transformer ce potentiel en action, freinés par la surcharge opérationnelle et la fragmentation des systèmes. 

De l’automatisation à la clarté 

Pendant longtemps, l’IA a été présentée comme un levier de productivité : faire plus, plus vite, avec moins de ressources. Cette promesse est réelle mais incomplète. 

L’IA devient réellement utile lorsqu’elle aide les dirigeants à repérer ce qu’ils auraient autrement manqué : une dérive de marge avant la fin du trimestre, un signal faible de désengagement client, un risque de trésorerie avant qu’il ne devienne critique. Autrement dit, lorsqu’elle oriente l’attention vers ce qui compte, au moment où cela compte. 

À ce stade, l’IA cesse d’être un simple outil d’automatisation pour devenir un outil d’aide au jugement. Non pas pour décider à la place des humains, mais pour réduire le bruit qui empêche de décider. 

L’IA comme partenaire de décision 

Les entreprises qui tirent le plus de valeur de l’IA ne la considèrent pas comme un substitut, mais comme un partenaire. Elles l’utilisent pour prioriser, expliquer, proposer pas seulement pour exécuter. 

Concrètement, cela change la donne. Les directions financières identifient les risques plus tôt. Les équipes commerciales concentrent leurs efforts sur les opportunités à forte probabilité plutôt que de se disperser. Les projections reposent davantage sur des hypothèses éclairées que sur l’intuition seule. 

Au Royaume-Uni, les PME les plus avancées déclarent économiser l’équivalent d’une journée de travail par semaine grâce à ces usages³. En France, les chiffres restent hétérogènes, mais une tendance se dessine : l’adoption progresse là où l’IA permet de déléguer sans perdre le contrôle⁴. 

Restaurer la capacité de décider 

Bien utiliser l’IA ne signifie pas abandonner le pilotage. Cela suppose au contraire de clarifier les rôles : automatiser le routinier, réserver le jugement humain aux décisions où le contexte et la responsabilité sont déterminants. 

La confiance s’installe lorsque l’on sait ce que le système analyse, ce que l’humain valide, et pourquoi. La vraie question n’est donc pas « ce que l’IA peut faire », mais « quelles décisions voulons-nous prendre plus tôt, avec davantage de clarté ». 

À l’heure où la croissance est moins freinée par le manque d’idées que par l’excès de bruit, les dirigeants qui prendront de l’avance seront ceux qui utiliseront l’IA non pas pour faire plus, mais pour mieux voir. Car lorsque la technologie restaure l’attention au lieu de la fragmenter, les décisions gagnent en netteté : et la confiance revient. 

 

Sources 

¹ Baromètre France Num 2025 – Adoption de l’IA par les TPE-PME françaises 
² INSEE / Eurostat – Usage de l’IA dans les entreprises européennes, par taille 
³ Intuit – The Growth Gap Report (2025) – Fatigue décisionnelle, opportunités de croissance non réalisées et impact de l’IA (UK) 
⁴ Bpifrance Le Lab – Perception de l’IA par les dirigeants de PME et d’ETI en France