Dans un marché IT français bousculé par les incertitudes économiques et politiques, les DSI se retrouvent en première ligne. Entre montée en puissance de la cybersécurité, complexité du multi-cloud et passage à l’échelle encore hésitant de l’IA, Emmanuel Cheriet, CEO d’Intelcia Tech, décrypte les tensions de 2025 et esquisse les priorités stratégiques pour 2026.
En 2025, le marché IT français a été marqué par les incertitudes économiques et une instabilité politique persistante. Les entreprises, sous contrainte, ont dû faire des choix structurants : arbitrer les priorités, rationaliser les investissements et sécuriser les activités. Dans ce paysage complexe, de nouvelles perspectives se dessinent : la cybersécurité s’impose comme une priorité, l’IA questionne les modèles existants, et le cloud appelle une gouvernance renforcée. À l’aube de 2026, l’heure est à la clarification stratégique.
2025 aura été l’année des contradictions. Alors que le marché IT mondial affichait une croissance soutenue (+7,9% par rapport à 2024), la France enregistrait un recul sur tous les segments clés : -2,1% pour les ESN, et – 2,7% également pour le conseil. Rarement les investissements IT auront été autant challengés. Le contexte macroéconomique y est pour beaucoup, mais c’est surtout l’absence de visibilité politique et la prudence des COMEX qui ont figé les projets. Pourtant, au milieu de ces contraintes, des secteurs sont privilégiés.
La cybersécurité plus que jamais au cœur des stratégies IT
Avec une croissance annuelle de 11%, la cybersécurité reste l’un des rares segments en hausse sur le marché français. Si la part de la cyber dans le budget IT reste modeste, sa légitimité remonte tout en haut des priorités des COMEX.
L’automatisation, le recours à l’IA, l’externalisation des SOC et le besoin de résilience dans des environnements hybrides en font un levier de transformation à part entière. La cybersécurité devient un facteur de continuité métier. Les entreprises ne demandent plus seulement des technologies, mais des stratégies cyber scalables, intégrées et gouvernées.
La souveraineté et la gouvernance des données s’imposent également comme des piliers essentiels, dans un contexte réglementaire renforcé avec l’entrée en vigueur de NIS2, DORA et les exigences du RGPD.
Cloud, une croissance captée, un marché à reconquérir
La maturité progresse autant que les entreprises déchantent face aux défis du cloud. 89% des entreprises opèrent en multi-cloud, avec une moyenne de 3,4 fournisseurs. Ce qui entraîne une explosion des enjeux de gouvernance, de coûts, et de complexité opérationnelle. Les évolutions des modèles économiques des grands éditeurs et fournisseurs cloud ont accentué ces tensions, entre hausses tarifaires, risques de dépendance et incertitudes technologiques.
Face à cette complexité, les DSI recentrent leurs efforts sur quatre axes structurants. D’abord, la maîtrise des coûts devient une priorité absolue, avec une montée en puissance des pratiques FinOps pour piloter finement les dépenses cloud et prévenir les dérives budgétaires. Vient ensuite l’optimisation du Run, qui vise à libérer des marges de manœuvre pour financer l’innovation, tout en maintenant un haut niveau de performance opérationnelle. Enfin, les DSI misent sur l’adoption de modèles hybrides et multi-cloud plus flexibles, capables de répondre aux besoins spécifiques des métiers tout en réduisant les risques de dépendance technologique.
IA, le passage à l’échelle reste le véritable défi
En 2025, la plupart des projets IA identifiés dans les ETI n’ont pas dépassé la phase de POC. Les raisons sont multiples : immaturité des offres, peur du mauvais choix, gouvernance de la donnée insuffisante, frein culturel en interne, difficulté d’alignement avec les enjeux métiers.
Pourtant, le changement est enclenché : les projets sont désormais centrés métiers avec l’implication des directions concernées. RH, finance, achats, logistique, tous cherchent à automatiser, accélérer, sécuriser. Les plateformes IA, qui combinent supervision, analyse prédictive et automatisation, répondent à cette demande. Mais pour passer à l’échelle, il faudra co-construire, sécuriser et embarquer les utilisateurs dès le départ.
Les DSI seront les garants de la résilience
2026 sera une année de consolidation stratégique, où les effets d’annonce devraient laisser place à l’exécution. Dans un contexte de rationalisation des investissements, de complexité technologique croissante et de pression réglementaire, les DSI ne seront plus seulement les garants des infrastructures. Ils deviendront les architectes d’un modèle IT au service du business, capables de conjuguer performance opérationnelle, sécurité, maîtrise des coûts et impact métier. Loin d’être en retrait, la fonction IT s’affirme comme un levier de compétitivité et de résilience pour les entreprises françaises en 2026.
| La feuille de route des DSI pour 2026 :
Renforcer la sécurité IT, en l’intégrant nativement dans les architectures et les processus, dans un cadre réglementaire RGPD exigeant. Mettre en place une gouvernance cloud et FinOps capable de concilier performance, maîtrise des coûts et souveraineté. Sortir l’IA et la data d’une logique d’expérimentation, pour aller vers des usages concrets, mesurables et intégrés aux processus métiers. Optimiser le Run, pour dégager des marges de manœuvre et financer les projets d’innovation. Co-construire avec les métiers, dès la phase de cadrage, pour garantir l’adoption, la valeur et la pérennité des projets. |








