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AVIS D’EXPERT – L’ERP augmenté : orchestrer l’IA et l’IoT, pas seulement les gérer

Longtemps cantonné à un rôle de registre et de visualisation, l’ERP industriel arrive à un point de bascule. Avec l’essor de l’IA, des capteurs et des flux temps réel, il ne suffit plus d’agréger des données. Pour Pierre Hartmann, Senior Pre-sales chez Forterro, l’ERP doit devenir un véritable outil de coordination, capable d’orchestrer décisions et arbitrages entre production, supply chain, finance et clients, tout en garantissant traçabilité, cohérence et confiance. 

L’ERP industriel, bien qu’orienté pour la production, est resté pendant très longtemps un outil catalyseur de l’information, permettant de visualiser l’état des lieux d’une entreprise à un instant donné. Mais à l’heure de l’IA, des capteurs, intelligents, et dans un contexte de
pression accrue sur les délais, les coûts et l’empreinte carbone, ce rôle n’est plus tenable.
La valeur ne réside aujourd’hui plus dans la simple collecte de données, mais dans la capacité à coordonner instantanément les décisions entre atelier, approvisionnement, finance et clients. L’ERP de demain doit donc se transformer en outil de coordination capable de proposer des recommandations compréhensibles et justifiables.

De la collecte à l’action : la bascule industrielle

Les entreprises industrielles ne sont plus des boîtes noires. Les évolutions technologiques font qu’aujourd’hui les machines parlent. Elles remontent leurs états, leurs temps d’arrêt, leurs consommations d’énergie ou encore leurs dérives de performance. Il en va de même dans les entrepôts avec les niveaux de stock, les temps de préparation ou les incidents qualité. Cette réalité du terrain se traduit non plus par quelques indicateurs mensuels mais par un flux continu d’informations.

Connectée à ces signaux, l’IA ne se contente pas d’alerter en cas de problème. Elle détecte les anomalies précocement, anticipe les ruptures de stock et peut même simuler des scénarios alternatifs et orchestrer des arbitrages complexes là où les équipes devaient auparavant naviguer à la main entre différents tableaux. Il s’agit là d’un changement majeur pour les équipes qui ne travaillent plus seulement à partir de constats réalisés à posteriori, mais à partir de recommandations contextualisées, en temps réel. Par exemple, on ne constate plus la consommation d’énergie mais on peut voir quels ordres de fabrication, quelles plages horaires, quels réglages de machine vont permettre de respecter à la fois les délais et les objectifs de consommation.

Ces recommandations ne sont pas de simples injonctions automatiques mais peuvent intégrer des indicateurs chiffrés clairs pour comparer les options tels que le scénario le plus rapide, le plus sobre en énergie, celui minimisant les retards clients, optimisant la marge… L’enjeu n’est pas de remplacer la décision humaine, mais de rendre les arbitrages objectifs.

L’ERP coordinateur : cohérence, référentiel et auditabilité

Alors que les entreprises sont riches d’outils spécialisés fournissant divers signaux, l’ERP
conserve le rôle de colonne vertébrale. Il porte le référentiel (clients, articles, nomenclatures, comptes analytiques, coûts), aligne les responsabilités et garantit que tout le monde s’appuie sur les mêmes données. Mais son rôle de registre passif évolue vers celui de coordinateur. Grâce aux API et aux événements, il lui est possible de dialoguer en continu avec les systèmes métiers et de déclencher, selon les cas, des automatisations. Ainsi, une alerte peut lancer une mise à jour d’ordre de fabrication, un besoin d’achat, voire une nouvelle date de livraison client. L’ERP n’est plus un point d’arrivée, mais un véritable carrefour où les informations se croisent.

Cette nouvelle centralité fait que la traçabilité joue un rôle prédominant. Tout doit être
explicable, de l’origine des recommandations aux modèles d’IA utilisés, en passant par les
signaux pris en compte, les règles métiers et les seuils appliqués. L’ERP devient un journal de bord fiable qui permet de comprendre qui a décidé quoi, quand, et sur la base de quelles informations, afin de garantir la sécurité de l’organisation.

Un tel niveau de traçabilité agit comme un levier de confiance et d’amélioration continue. Il
facilite la conformité, les audits financiers ou qualité, et le dialogue avec les clients par sa
capacité à expliquer un changement de délai, la gestion d’un incident ou les critères de
priorisation d’une commande. À terme, cette capacité à détailler la décision distinguera les
industriels qui inspirent confiance de ceux qui restent opaques.

Architecture et garde-fous : concevoir pour évoluer sans dériver

Des API versionnées et des événements bien définis permettent de diffuser les changements métier dès qu’ils se produisent. Au lieu de multiplier les intégrations point à point, fragiles et difficiles à maintenir, on structure la connectivité autour de règles claires. Ce n’est pas seulement une question technique mais ce qui garantit, par exemple, qu’un changement de prix, une modification de nomenclature ou un incident qualité soit répercuté partout où il doit l’être. La sagesse consiste aussi à avancer par étapes avec un objectif précis et la mesure d’impact de cette première brique avec des indicateurs dédiés. Ce n’est qu’une fois la valeur démontrée que l’on peut étendre. On évite ainsi les grands programmes abstraits, qui promettent une transformation globale mais n’apportent pas de gains visibles à ceux qui font tourner l’usine.

Enfin, des garde-fous sont indispensables. Les décisions qui peuvent impacter directement les clients, la sécurité ou la conformité doivent faire l’objet d’une double validation. L’objectif n’est pas de brider les systèmes, mais d’éviter les dérives tout en libérant les équipes des microdécisions à faible valeur ajoutée.

L’ERP de demain sera un coordinateur ouvert et relié au réel qui agira comme un véritable copilote des opérations industrielles. Il orchestrera l’IA, l’IoT et les outils métiers spécialisés pour transformer des signaux en décisions, des décisions en actions et des actions en preuves. Il n’a pas vocation à se substituer aux équipes mais à les aider à décider plus vite et mieux, en pleine conscience des impacts.

À l’inverse, il ne sera pas un écran de plus ou un « cerveau » annexe. Un ERP augmenté qui se contenterait de rendre le quotidien plus complexe ou d’imposer des décisions floues aurait tout simplement raté sa cible. Sa vocation consiste au contraire à réduire la charge mentale, clarifier les responsabilités, sécuriser les décisions, et accélérer l’action là où la valeur est créée.