À mesure que les objets connectés s’imposent au cœur des opérations critiques – industrie, santé, transport, infrastructures –, la sécurité de l’IoT atteint ses limites. Multiplication des identités machine, certificats mal gérés, manque de visibilité et exigences réglementaires croissantes : les approches traditionnelles ne suffisent plus. Pour Guillaume Crinon, Director, IoT Business Strategy chez Keyfactor, l’automatisation s’impose désormais comme un levier indispensable pour reprendre le contrôle, garantir la continuité des services et sécuriser durablement des environnements toujours plus interconnectés.
Les appareils IoT occupent désormais une place centrale dans les opérations critiques partout dans le monde. Les véhicules mettent à jour leurs logiciels à distance, les dispositifs médicaux transmettent des données en continu, et les capteurs industriels orchestrent le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. Mais l’ampleur de ces déploiements IoT dépasse largement les capacités des systèmes de sécurité traditionnels. Les appareils se connectent plus vite que les entreprises ne peuvent les inventorier, les authentifier ou les mettre à jour et chaque objet va de pair avec une nouvelle identité machine, souvent mal répertoriée, mal configurée ou expirée. Sans visibilité unifiée sur l’ensemble des certificats et identités, il devient difficile de mesurer réellement l’ampleur du défi. Les systèmes traditionnels, submergés, ne parviennent plus à garantir une sécurité cohérente, entraînant pannes et manquements aux conformités. Dans ce contexte, l’automatisation des solutions IoT devient indispensable.
Les défis majeurs de la sécurité IoT
Bien que les appareils IoT fonctionnent parfois en dehors des environnements informatiques contrôlés par l’IT – une pratique qu’il convient d’éviter – ils nécessitent des identifiants cryptographiques robustes pour garantir leur authenticité.
Pourtant, la plupart sont livrés avec des identifiants faibles ou des firmwares non corrigés, introduisant des vulnérabilités dès leur mise en service. Cette réalité crée un terrain idéal pour les cybercriminels : un seul appareil mal sécurisé peut suffire à ouvrir une brèche dans l’ensemble du réseau d’une entreprise. Dans un parc rassemblant des centaines de milliers d’identités machine, chaque vulnérabilité prend une ampleur considérable.
Dans les environnements IoT, les équipes de sécurité ignorent souvent le nombre exact d’appareils ou de certificats déployés, en circulation ou proches de l’expiration sur leurs infrastructures cloud, périphériques et hérités. Cette fragmentation engendre des pannes, des interruptions de service et des risques de compromission. Sans inventaire exhaustif, la sécurité reste approximative. Seule une visibilité unifiée et en temps réel de tous les appareils permet de réduire durablement les failles de sécurité.
La gestion manuelle de la sécurité des appareils IoT atteint, elle aussi, rapidement ses limites. Ce qui fonctionnait avec quelques centaines de certificats devient ingérable lorsqu’ils se comptent en millions. Tableurs, systèmes de suivi des scripts ad hoc et outils d’autorité de certification (CA) isolés ne suffisent plus : la moindre omission peut provoquer un incident majeur, des pannes ou des délais de reprise prolongés. Les solutions de sécurité IoT automatisées, en revanche, gèrent l’ensemble des identités machine et certificats d’une entreprise.
Dans certains secteurs, les conséquences d’un certificat expiré ne sont pas seulement financières : une chaîne de production industrielle peut s’arrêter net ; un hôpital voir ses dispositifs ralentis ou interrompus ; un véhicule connecté perdre l’accès à des fonctions critiques en plein trajet. Lorsque le numérique pilote des fonctions physiques, chaque minute d’indisponibilité devient critique.
Un cadre réglementaire IoT de plus en plus exigeant
Des réglementations (exigeant une preuve continue de la sécurité des appareils IoT) sont en cours d’élaboration, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’industrie et de la domotique. Le NIST, par exemple, fournit un cadre de référence pour la cybersécurité pour la fabrication d’appareils IoT, inspirée du Cyber Resilience Act européen et des recommandations de la Cloud Security Alliance (CSA). Ces référentiels exigent des identités uniques, des protections robustes contre tout accès non autorisé, des mises à jour réalisées uniquement par des acteurs autorisés et capables de rendre compte de l’état de cybersécurité. Sans visibilité centralisée ni automatisation, répondre à ces exigences pour chaque appareil devient quasiment impossible.
Les normes de sécurité encadrant la fabrication d’appareils IoT grand public évoluent également, obligeant les entreprises à améliorer leurs processus et à se conformer aux nouvelles obligations ou mises à jour, sous peine d’amendes, voire de poursuites judiciaires.
L’automatisation comme réponse aux nouveaux enjeux IoT
La sécurité IoT exige donc désormais un changement de paradigme. Avec une augmentation de plus de 40 % des appareils IoT, des terminaux BYO et d’autres dispositifs connectés aux réseaux d’entreprise[1], seule l’automatisation peut assurer une gestion fiable, continue et exhaustive des certificats. Cette évolution commence par une visibilité complète et unifiée reposant sur un inventaire dynamique couvrant l’ensemble des certificats, qu’ils concernent des services cloud, des infrastructures internes ou des objets en périphérie du réseau. Sans cette cartographie, des risques, pourtant évitables, restent invisibles.
L’automatisation doit ensuite prendre en charge l’intégralité du cycle de vie des certificats (émission, renouvellement, révocation et remplacement) afin d’éliminer les erreurs humaines, d’anticiper les expirations accidentelles et de réduire les risques de pannes.
Elle doit également s’inscrire dans un contexte d’évolution cryptographique permanente. Les normes évoluent plus vite que les cycles de renouvellement des appareils, et l’arrivée du post-quantique impose une nouvelle transformation de grande ampleur. Les entreprises doivent pouvoir réémettre des certificats sur des milliers d’appareils sans interrompre leurs opérations. Dans des environnements hybrides où coexistent appareils en périphérie, cloud et systèmes embarqués, les solutions doivent s’intégrer sans ajouter de complexité pour permettre aux entreprises de réduire la charge de travail opérationnelle des équipes et transforment les opérations : du mode réactif, elles passent au mode proactif. Alors qu’elles sont déjà mobilisées par le renforcement des processus de sécurité et la migration vers le PQC ; l’automatisation de la PKI devient un levier essentiel pour renforcer la sécurité durablement.
La sécurité IoT n’est plus un simple enjeu technique mais un pilier fondamental de la confiance numérique. À mesure que les infrastructures deviennent plus interconnectées, la capacité à superviser, orchestrer et automatiser la gestion des identités machine devient déterminante pour la sécurité globale. Dans un monde où l’IoT est indispensable aux opérations, la maîtrise de la confiance numérique n’est plus une option, c’elle est la condition même de la continuité et de la résilience.
[1] Etude Keyfactor 2024 PKI & Digital Trust








