L’intelligence artificielle est en train de remodeler les économies et les entreprises à travers le monde, explique Maxime Vermeir, VP of AI Strategy chez ABBYY et la France joue un rôle important dans cette évolution.
Des analyses récentes, notamment le Global AI Adoption Index 2025 publié par l’AI Economy Institute de Microsoft et l’étude Gen-AI réalisée par iligo, mettent en lumière la manière dont l’IA est utilisée par les entreprises françaises et le grand public. Cependant, malgré l’augmentation des taux d’adoption, les utilisateurs français font preuve d’une grande prudence quant à la fiabilité et aux résultats des technologies basées sur l’IA, en particulier l’IA conversationnelle. De plus, le AI Trust Barometer 2024 d’ABBYY a révélé que la France est à la traîne par rapport aux autres marchés en matière de confiance, ce qui renforce la prudence des utilisateurs français à l’égard de l’IA conversationnelle et de l’IA d’entreprise.
État actuel de l’adoption de l’IA en France
L’indice mondial d’adoption de l’IA 2025 place la France parmi les pays qui connaissent une augmentation constante de la mise en œuvre de l’IA dans tous les secteurs. 44 % des entreprises françaises (+3,1 points par rapport au premier semestre 2025) exploitent progressivement l’IA pour améliorer leur efficacité opérationnelle, l’expérience client et accélérer l’innovation. Cette adoption place la France dans le top 5 mondial. Pour rester parmi les leaders, le gouvernement français a lancé une stratégie nationale en matière d’IA et des programmes de financement comme France 2030, tandis que la CNIL a publié des recommandations sur la conformité et la confidentialité en matière d’IA.
Au cours des prochains mois, une majorité croissante d’entreprises françaises auront intégré des outils d’IA à divers titres, positionnant ainsi le pays aux côtés d’autres économies de premier plan dans le domaine de la transformation numérique.
Cette dynamique est alimentée par un soutien gouvernemental, les investissements du secteur privé et un écosystème technologique dynamique qui favorise la recherche et l’entrepreneuriat dans le domaine de l’IA. Des secteurs tels que l’industrie manufacturière, la finance, la santé et le retail adoptent de plus en plus ce type d’applications allant de l’analyse prédictive au service client automatisé. Cependant, cette adoption n’est pas uniforme, certaines industries et petites entreprises sont encore à la traîne en raison de contraintes de ressources ou de lacunes en matière de compétences. Mais des entreprises innovantes comme Novelis développent actuellement des solutions d’automatisation intelligentes afin d’améliorer l’efficacité documentaire et la visibilité stratégique des processus pour leurs clients.
Confiance et perception des utilisateurs français vis-à-vis de l’IA
Malgré l’adoption prometteuse des technologies d’IA, le public français reste prudemment optimiste. L’étude iligo révèle que seuls 51 % environ des Français font confiance aux recommandations générées par les systèmes d’IA conversationnelle. Ce chiffre souligne une ambivalence significative à l’égard des résultats de l’IA, reflétant des préoccupations liées à la précision, à la transparence et à des considérations éthiques.
Ce scepticisme s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement, la complexité et l’opacité des algorithmes d’IA empêchent les utilisateurs de comprendre pleinement comment les décisions ou les suggestions sont formulées. Deuxièmement, la confidentialité et la sécurité des données restent des questions sensibles, en particulier compte tenu des réglementations strictes en vigueur en Europe, telles que le RGPD. Troisièmement, les utilisateurs se méfient d’une dépendance excessive à l’IA pour les décisions importantes sans supervision humaine, craignant des erreurs ou des biais qui pourraient avoir de graves conséquences. Ces préoccupations concernant les biais, la désinformation et l’explicabilité, ont récemment été mises en avant dans les médias, allant de fausses références juridiques à des conseils erronés en matière de santé mentale, en passant par de nombreuses hallucinations de l’IA. Il existe un besoin critique d’audits par des tiers et de cadres tels que ForHumanity ou les politiques de gestion des risques d’ABBYY afin de rendre l’IA plus responsable et plus transparente.
Équilibrer innovation et responsabilité La position prudente des utilisateurs français représente à la fois un défi et une opportunité pour les développeurs d’IA et les décideurs politiques. D’une part, cela exige des efforts accrus pour améliorer la transparence, l’explicabilité et la responsabilité des systèmes d’IA. Construire la confiance signifie non seulement améliorer la fiabilité technique de l’IA, mais aussi communiquer clairement sur ses limites et ses mesures de protection. L’UE a publié sa loi sur l’intelligence artificielle et certains fournisseurs ont déjà rendu leur politique de gestion des risques conforme à la nouvelle réglementation. C’est ainsi que l’on développe une IA conforme et transparente, favorisant une meilleure confiance du public et une intégration éthique améliorée.
D’autre part, cette prudence encourage une approche plus responsable et éthique de l’adoption de l’IA. Le cadre réglementaire robuste de la France et l’engagement actif de la société civile créent un terreau fertile pour le développement de solutions qui priorisent les droits des utilisateurs et les bénéfices sociétaux parallèlement aux avancées technologiques. Cet équilibre est crucial pour garantir une intégration durable de l’IA qui respecte les valeurs publiques.
La route à suivre : Opportunités et défis
Si on se tourne vers l’avenir, le parcours de la France en matière d’IA va probablement s’accélérer avec des investissements continus dans l’éducation, la recherche et l’infrastructure en IA. Les efforts pour réduire la fracture numérique et équiper les entreprises, en particulier les PME, de capacités IA seront essentiels pour élargir l’adoption et maximiser l’impact économique. De plus, pour remédier au déficit de confiance, un dialogue continu entre les créateurs d’IA, les utilisateurs et les régulateurs est nécessaire. Améliorer la compréhension des utilisateurs sur l’IA, accroître la transparence des processus pilotés par l’IA et mettre en œuvre des normes éthiques rigoureuses aideront à atténuer les craintes et à favoriser un public plus confiant et informé. Du côté business, les décideurs doivent aller au-delà du battage médiatique et rechercher des résultats mesurables (c’est-à-dire le ROI) et des solutions IA conçues sur mesure qui améliorent la conformité, l’expérience client et l’efficacité opérationnelle. Le narratif de l’adoption de l’IA en France est celui d’un progrès prudent. Le pays adopte le potentiel transformateur de l’IA tout en naviguant prudemment dans les complexités de la confiance des utilisateurs et de la responsabilité éthique. Cette approche réfléchie pourrait bien servir de modèle à d’autres nations cherchant à tirer parti des avantages de l’IA sans compromettre les valeurs sociétales ou les droits individuels.








