La multiplication des intrusions et des actes de malveillance pousse les sites sensibles à revoir leurs dispositifs de surveillance. Centrales nucléaires, aéroports, installations militaires ou data centers doivent désormais détecter les comportements suspects sans submerger leurs équipes d’alertes. Pour Andrea Monteleone, Segment Development Manager chez Axis Communications, la combinaison du radar, de la vidéosurveillance et de l’analyse des données permet d’améliorer la détection des menaces et leur qualification, dans une logique de résilience encouragée par la directive européenne CER.
Pendant longtemps, protéger un site consistait avant tout à sécuriser son périmètre physique : une clôture, un accès, un espace interdit … Mais face à l’évolution des risques, cette conception du périmètre ne suffit plus. Le véritable enjeu n’est plus uniquement de détecter le franchissement d’une limite, mais de comprendre ce qui se passe autour et au sein du site avant même que l’incident ne survienne
Cette logique d’anticipation et de résilience est au cœur de la nouvelle directive Critical Entities Resilience (CER). En demandant aux entités critiques de renforcer leur capacité à prévenir, répondre et se rétablir face aux menaces aussi bien naturelles qu’humaines, accidentelles ou intentionnelles, l’Union européenne encourage une approche plus globale de la résilience.
Dès lors, le périmètre de sécurité ne peut plus être considéré uniquement comme une frontière physique à sécuriser. Il faut désormais être en capacité d’identifier un éventail beaucoup plus large de situations inhabituelles suffisamment tôt, et la qualifier pour permettre aux opérateurs de disposer des informations nécessaires pour décider s’il faut intervenir.
Suite aux nombreuses ingérences détectées ces derniers mois sur le sol français, les sites militaires, aéroports, centrales nucléaires ou encore les datacenters doivent donc aujourd’hui repenser la surveillance de leur périmètre face à ces nouveaux risques.
Détecter davantage ne doit pas signifier multiplier les alertes
Pour autant, cette approche devient difficile à mettre en œuvre sur de grands espaces. L’aéroport Paris-Charles de Gaulle, par exemple, s’étend sur près de 33 km², auxquels s’ajoute un environnement plus large à surveiller pour anticiper les menaces. Sur des sites de cette ampleur, surveiller chaque zone avec le même niveau de précision est complexe.
Mais multiplier les caméras n’est pas nécessairement la réponse. Cela augmente mécaniquement le volume de données à analyser et peut accroitre le nombre d’informations auxquelles les opérateurs doivent faire face. Or, la résilience ne dépend pas uniquement de la capacité à détecter davantage d’événements, mais aussi de la capacité à transformer les données collectées en informations exploitables.
C’est dans cette logique que les nouvelles technologies interviennent. Là où une caméra fixe ou thermique observe principalement un lieu donné, le radar, lui, permet de surveiller une zone plus large et de suivre précisément la position et les mouvements des objets détectés.
Les métadonnées produites, comme la position, la trajectoire ou la vitesse d’un objet, permettent ensuite de mieux qualifier les situations, d’identifier des comportements inhabituels et de repérer les événements qui nécessitent une attention particulière. L’objectif n’est pas simplement de savoir qu’un mouvement a eu lieu, mais d’en analyser le contexte et d’identifier rapidement une situation inhabituelle. Par exemple, une personne qui s’approche d’une zone sensible, un véhicule qui entre dans un secteur interdit ou un animal qui traverse le site ne doivent pas être traités de la même manière. La qualification et la contextualisation des détections permettent ainsi de mieux hiérarchiser les événements et de faciliter la prise de décision.
Combiner les informations pour mieux décider
La résilience d’une infrastructure critique ne repose pas sur une technologie unique. Elle dépend de la capacité à faire travailler ensemble différents dispositifs pour apporter aux opérateurs le niveau d’information dont ils ont besoin.
La combinaison du radar et de la vidéo illustre cette complémentarité. Le radar peut détecter un mouvement et en déterminer la position, avant de transmettre cette information à une caméra PTZ (Pan-Tilt-Zoom), qui peut alors orienter automatiquement son champ de vision vers la zone concernée. Les opérateurs disposent ainsi d’un contexte visuel supplémentaire pour évaluer la situation et décider de la réponse appropriée.
Cette approche peut également contribuer à mieux prendre en compte les enjeux de protection de la vie privée. Contrairement à une caméra, le radar peut détecter et localiser des mouvements sans capturer d’image identifiable. Il peut ainsi servir de premier niveau de détection, la vidéo n’étant utilisée que lorsqu’une situation nécessite d’être vérifiée.
De la protection à l’anticipation
Dans le cadre de la CER, la protection des infrastructures critiques s’inscrit dans une réflexion plus large de leur capacité à faire face aux incidents. À mesure que les menaces évoluent et que les infrastructures deviennent plus complexes, les organisations doivent être capables de voir plus tôt, de comprendre plus vite et d’agir avant qu’une situation ne se transforme en incident.
Le périmètre de sécurité n’est donc plus seulement une ligne à protéger, mais une capacité à anticiper ce qui se passe au-delà de ses frontières.








