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Anne Le Hénanff : “Nous devons savoir d’où et de quoi nous dépendons”

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Diagnostic, outils, passage à l’action. Face aux dépendances technologiques européennes, le gouvernement français entend structurer une réponse opérationnelle. Anne Le Hénanff a détaillé, le 26 janvier à Paris, les contours d’une feuille de route pour renforcer la souveraineté numérique française et européenne.

Un diagnostic désormais assumé

En ce début 2026, les signaux s’alignent : l’Allemagne accélère, la France affiche ses intentions, tandis que les experts rappellent une réalité désormais difficile à contourner : l’Europe part de loin.

Lors des Rencontres de la Souveraineté Numérique à Paris, le 26 janvier 2026, Anne Le Hénanff a posé un diagnostic sans détour :

« Aujourd’hui, la France et l’Union européenne font face à des dépendances technologiques profondes, sur nos infrastructures, le cloud, sur nos composants matériels – les puces – et sur les couches logicielles que nous utilisons chaque jour. »

Ce constat, largement partagé par les think tanks spécialisés, met en lumière un retard structurel : contrairement à la Chine ou aux États-Unis, l’Europe n’a jamais bâti une chaîne de valeur numérique intégrée, ni protégé suffisamment tôt ses acteurs stratégiques.
Résultat : hyperscalers américains dominants, dépendance aux semi-conducteurs asiatiques, et couches logicielles critiques largement extraterritoriales.

Dans le même temps, Berlin change de tempo. Fin janvier, l’Allemagne a dévoilé un plan offensif pour la souveraineté numérique, combinant investissements massifs, priorisation du cloud souverain et renforcement des exigences de sécurité et de localisation des données pour les services critiques. Une inflexion stratégique largement commentée dans la presse spécialisée, qui marque la fin assumée de l’attentisme.

Face à cette accélération, la question s’impose côté français : la France suivra-t-elle cette trajectoire d’action, ou restera-t-elle dans une posture d’équilibriste entre souveraineté affichée et dépendance assumée ?

Une souveraineté outillée et mesurable ?

À Bercy, le 26 janvier 2026, le discours gouvernemental se veut mobilisateur, mais surtout méthodique. Pour Anne Le Hénanff, la souveraineté numérique commence par un préalable rarement formulé aussi clairement :

« La souveraineté commence par la lucidité, je dirais même l’acceptation. Nous devons savoir d’où et de quoi nous dépendons. »

Sur quelles briques technologiques ? Dans quels secteurs ? Pour quels usages ?

C’est précisément l’objectif assigné à l’Observatoire de la souveraineté numérique, présenté comme un outil structurant de la feuille de route gouvernementale. Il doit permettre, pour la première fois, de disposer de données agrégées et objectives sur la dépendance des entreprises, des administrations et des collectivités territoriales à des solutions extra-européennes. Un instrument de pilotage macro, pensé comme le préalable à toute action cohérente.

En parallèle, le gouvernement mise sur un second levier, plus opérationnel : l’indice de résilience numérique. Destiné aux entreprises, il leur permet de réaliser une auto-analyse fine de leur niveau de dépendance, reposant sur huit piliers présentés comme objectifs et mesurables.

« Cet indice est complémentaire de l’Observatoire et tout aussi essentiel », souligne la ministre.

Anne Le Hénanff insiste sur l’existence d’un vivier technologique déjà présent : intelligence artificielle, deeptech, cybersécurité, quantique. Pour l’exécutif, la responsabilité est explicitement posée comme double : soutenir ces acteurs, mais surtout créer des conditions de marché leur permettant de changer d’échelle et de devenir de véritables champions européens.