Alors que les projets de data centers se multiplient sous l’effet de la montée en charge du cloud et de l’IA, Data4 et APL Data Center publient une analyse de cycle de vie détaillée d’un site de 5 MW. L’objectif : objectiver l’impact environnemental réel de ces infrastructures, au-delà des seuls indicateurs de consommation énergétique.
Une approche environnementale élargie au cycle de vie complet
La question de l’impact environnemental des data centers est souvent abordée sous un angle partiel, focalisé sur la consommation électrique ou l’usage de l’eau en phase d’exploitation. Le livre blanc publié conjointement par Data4 et APL Data Center propose une lecture plus globale, fondée sur une analyse de cycle de vie (ACV) couvrant l’ensemble des étapes : extraction des matières premières, construction, exploitation, maintenance et fin de vie.
Réalisée selon les normes internationales ISO 14040 et 14044, l’étude porte sur un data center hyperscale de 5 MW mis en service en 2023. Elle s’appuie sur des données industrielles détaillées et une modélisation multicritère, intégrant notamment les impacts climatiques, hydriques et liés à l’épuisement des ressources.
Construction et exploitation, deux postes d’impact structurants
L’un des apports majeurs de cette analyse réside dans la répartition des impacts sur l’ensemble du cycle de vie. Sur une durée de vingt ans, la phase d’exploitation représente 48 % de l’empreinte carbone du data center étudié. Mais la phase de production des matériaux et des équipements en concentre à elle seule 39 %.
Les matériaux de construction, en particulier le béton et l’acier, ainsi que les équipements électriques et de secours, constituent une part significative de cet impact amont. Ce constat met en évidence le rôle déterminant des choix de conception et d’ingénierie, bien avant la mise en service du site.
« On ne peut améliorer que ce que l’on mesure de manière exhaustive. L’enjeu est de passer d’une vision partielle à une compréhension scientifique complète de notre impact », explique Linda Lescuyer, Head of Environment & Innovation chez Data4.
Eau : un impact principalement indirect
L’étude apporte également un éclairage précis sur la question de l’eau, souvent sensible dans le débat public. La consommation directe du data center analysé représente moins de 0,1 % de l’impact hydrique total. L’essentiel de la pression sur la ressource provient indirectement de la production d’électricité utilisée par les équipements techniques.
Ce résultat souligne l’importance du mix énergétique dans l’évaluation environnementale globale, mais aussi la nécessité de distinguer les impacts directs des impacts indirects, souvent invisibles dans les indicateurs classiques.
L’ACV comme outil d’aide à la décision industrielle
Pour APL Data Center, cette démarche s’inscrit dans une logique de transformation des pratiques de conception. « L’intégration de l’analyse de cycle de vie permet d’identifier les leviers d’action réellement efficaces et de dépasser une approche déclarative de la performance environnementale », souligne Thomas Martin, Deputy CTO et Head of Sustainability & Innovation.
Chez Data4, ces travaux alimentent directement les choix industriels, notamment le recours à des bétons bas carbone, la contractualisation d’énergies renouvelables via des PPA, ou encore la conception de systèmes de refroidissement sans consommation d’eau. L’ACV est utilisée comme un outil de pilotage, destiné à orienter les arbitrages techniques et à limiter les transferts d’impact d’un poste à un autre.
Vers une mesure plus homogène des impacts du numérique
Au-delà du cas étudié, cette publication contribue à structurer une approche plus homogène de la mesure environnementale des infrastructures numériques. À l’heure où les data centers entrent de plus en plus dans le périmètre des politiques de responsabilité environnementale et des obligations de reporting, la question de la méthodologie devient centrale.
En documentant de manière détaillée l’ensemble des impacts d’un data center hyperscale, Data4 et APL Data Center fournissent des éléments concrets pour éclairer les décisions publiques comme industrielles. Une base de travail qui rappelle que la durabilité du numérique se joue autant dans la conception des infrastructures que dans leur exploitation.








