Accueil Cloud computing Agnieszka Bruyère, IBM : « Notre priorité numéro 1, c’est Kubernetes »

Agnieszka Bruyère, IBM : « Notre priorité numéro 1, c’est Kubernetes »

IBM Cloud Private
Le stack IBM Cloud Private constitue le cœur de l'offre Big Blue sur le marché du PaaS, face notamment à des rivaux qui proposent des offres Kubernetes en mode managé dans le Cloud public uniquement.

A la tête de l’activité Cloud d’IBM France depuis un peu plus d’un mois, Agnieszka Bruyère a fait le point à l’occasion d’un point presse sur la stratégie Cloud d’IBM, alors que le marché est en train de glisser vers l’approche PaaS. IBM suit ce mouvement, mais en cherchant à se différencier, privilégiant l’approche hybride.

 « Notre priorité numéro 1, c’est Kubernetes », c’est ainsi qu’Agnieszka Bruyère a résumé le cap pris par IBM, qui met désormais la priorité sur le PaaS. Oublié le marché IaaS et la priorité donnée à Open Stack voici quelques mois, IBM n’a pu véritablement damer le pion à Amazon Web Services, place au nouveau champ de bataille du Cloud, le PaaS. Désormais, tous les grands acteurs sont en train de se rejoindre dans leur vision du marché : c’est sur l’hébergement des microservices /conteneurs et sur les services avancés en intelligence artificielle que les parts de marché se gagneront ou se perdront demain. S’aligner sur les standards du marché tout en se différenciant, tel est désormais le défi auquel IBM doit faire face.

IBM pousse le concept d’architecture unique

Tout comme Google (le créateur de Kubernetes), Amazon Web Services avec EKS et, plus récemment Microsoft avec Azure AKS, IBM mise donc sur Kubernetes pour héberger les conteneurs logiciels de ses clients, ou plutôt leur proposer ce qu’Agnieszka Bruyère appelle « une architecture unique » : « Nous proposons un socle technologique commun au Cloud privé et au Cloud public et qui va ensuite permettre au client de décider librement si une application doit être conservée au sein de l’entreprise sur son Cloud privé ou si celle-ci peut être portée par le Cloud public. Cette notion d’architecture unique se matérialise par le choix d’établir Kubernetes comme socle. »

Kubernetes est désormais la base des solutions d’IBM pour le Cloud privé comme public, y compris si l’entreprise adopte une approche multicloud et choisit de s’appuyer sur plusieurs fournisseurs de Cloud publics. La responsable ajoute : « Quand nous travaillons sur la transformation du socle applicatif de nos clients avec IBM Cloud Private (ICP), celui-ci a la possibilité de le porter sur le Cloud de l’entreprise, sur le Cloud IBM mais aussi opter pour un autre fournisseur de Cloud public. »

Plus encore que l’IaaS, la conteneurisation des applications va aider les entreprises à aller vers le multicloud puisque déplacer des conteneurs d’un opérateur Cloud a un autre sera de plus en plus facile, voire réalisé de manière logicielle, en fonction de contraintes de géolocalisation ou même de tarifs des opérateurs. « Le premier sujet auquel les entreprises doivent réfléchir, c’est ce vers quoi elle souhaite aller en termes de transformation business. Comment mon parc applicatif va-t-il pouvoir supporter cette transformation business, comment utiliser l’IA, comment utiliser la blockchain ? Il faut répondre à toutes ces questions et ensuite la question du Cloud privé ou Cloud public doit découler de cette stratégie business. ICP fonctionne sous Linux et s’installe sur de multiples infrastructures, x86 mais aussi systèmes p et même systèmes z. » Maintenu par IBM, le stack ICP s’appuie sur Kubernetes mais reprend une quinzaine de briques Open Source y compris Istio, la solution Open Source de gestion et sécurisation des conteneurs initialement développée par IBM.

Watson, l’atout IA d’IBM sur le Cloud

Agnieszka Bruyèr et Ouafaa El Moumouhi
Agnieszka Bruyère, VP Cloud d’IBM France (à gauche) et Ouafaa El Moumouhi, directrice Watson & Cloud Platform, expliquant la stratégie Cloud d’IBM.

Autre point de différenciation d’IBM sur ses rivaux, l’IA où, espère-t-on à Armonk, la maturité de Watson plaidera en faveur d’IBM chez ses grands clients en quête de solutions d’intelligence artificielle. Ouafaa El Moumouhi, directrice Watson & Cloud Platform souligne : « Watson Discovery permet d’élargir l’apprentissage du moteur d’IA avec des données stockées dans l’entreprise, et aujourd’hui le packaging de l’offre IBM Watson est un vrai différenciant par rapport aux solutions du marché. Forrester a placé Watson Assistant comme leader des solutions conversationnelles. » Parmi les points qu’IBM juge différenciants, sa volonté de protéger la confidentialité des données de ses clients, y compris dans l’apprentissage de ses intelligences artificielles. Ouafaa El Moumouhi explique : « A la différence d’autres acteurs, le client reste totalement propriétaire de sa donnée, bien évidemment, mais aussi du travail d’apprentissage de son moteur d’IA ». Agnieszka Bruyère ajoute : « Nous n’utilisons pas ces données d’apprentissage pour d’autres clients. C’est un choix stratégique qu’a fait Ginni Rometty, notre présidente, que de laisser ces entraînements propriétés des entreprises et ne pas en faire un usage commercial. »

Parmi les autres atouts mis en avant par IBM sur ce marché des solutions d’IA figure Watson studio, l’outil de création des modèles d’IA mis à disposition des data scientist, de même que Watson Data Catalog, une solution de Data Discovery qui va leur permettre de disposer d’un catalogue des données internes et externes à leur disposition pour développer des modèles. Autre outil récent évoqué par Agnieszka Bruyère, IBM Cloud Private for Data : « Cette solution connecte entre elles des données issues des bases de données classiques, fédère ces données sur une même plateforme, permet de créer des modèles de data sciences mais sans jamais avoir à centraliser les données elles-mêmes sur la plateforme comme le ferait un data lake. »

Face à ses rivaux du Cloud public et leur flot ininterrompu de lancement de nouveaux services managés, IBM tente de jouer une partition un peu différente en misant sur des bundles de solutions intégrées qu’il est éventuellement possible de déployer en interne. Big Blue mise surtout sur une forte composante services puisque le conseil/intégration représente environ la moitié du chiffre d’affaires réalisé par IBM dans le Cloud. A l’heure où les entreprises françaises ont nettement accéléré leurs projets de migration vers le Cloud public, est-ce encore le bon choix ?

 

Auteur : Alain Clapaud