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À Angers, Bull double la cadence pour alimenter les ambitions européennes en calcul IA

© Bull

Bull vient d’agrandir son site industriel d’Angers, où sa production est passée de six à douze racks de supercalculateurs par mois. Le groupe, désormais détenu par l’État français, veut suivre la montée en puissance des besoins européens en calcul haute performance et en infrastructures d’IA.

De six à douze racks par mois

Bull a inauguré le 2 octobre un nouveau bâtiment de production sur son site historique d’Angers. L’investissement atteint 80 millions d’euros et la cadence a déjà doublé, passant de six à douze racks par mois. Si les commandes continuent de suivre, le groupe estime pouvoir monter jusqu’à 24 racks mensuels en 2027. Le site angevin concentre la conception, l’intégration, l’assemblage, les tests et la validation des supercalculateurs, des infrastructures d’IA et des serveurs d’entreprise. Bull prévoit aussi d’y intégrer à terme des technologies quantiques.

Cette extension lui donne surtout davantage de marge pour mener plusieurs gros projets en parallèle. Le groupe assemble actuellement le supercalculateur Alice Recoque pour le CEA, une commande de 94 racks, tout en travaillant sur LUMI-AI, un système finlandais de 388 millions d’euros qui représente son plus important contrat à ce jour. Avant l’agrandissement du site, ces deux programmes n’auraient pas pu être produits en même temps.

L’IA change aussi l’échelle des besoins

Cette montée en cadence tombe à un moment où l’Europe cherche à renforcer ses capacités de calcul, aussi bien pour le HPC que pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’IA. Entre 2021 et 2027, l’Union européenne a engagé 7 milliards d’euros dans son réseau de supercalculateurs via EuroHPC. Bull y occupe déjà une place importante et affirme avoir remporté 15 des 18 appels d’offres lancés dans ce cadre.

Le groupe a notamment construit JUPITER, le premier supercalculateur exascale d’Europe, installé à Jülich en Allemagne. Des acteurs comme OVHcloud ou Domyn cherchent désormais à s’appuyer sur ce type d’infrastructures pour entraîner leurs modèles.

Ce glissement vers l’IA modifie aussi la nature des commandes. Les besoins ne portent plus seulement sur des supercalculateurs scientifiques classiques, mais de plus en plus sur des systèmes capables d’absorber des charges massives d’entraînement et d’inférence.

Une souveraineté encore incomplète côté composants

Bull met aussi en avant une progression de la part de composants fabriqués en Europe, qui représenterait aujourd’hui environ 70 % de ses machines, contre 20 à 30 % il y a cinq ans. Cela ne veut pas dire que toute la chaîne est européenne. Le groupe continue d’utiliser des processeurs Nvidia, AMD ou Intel selon les configurations, et Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, pointe surtout la mémoire comme l’un des principaux trous dans la raquette.

Il n’existe toujours pas, selon lui, de fournisseur européen capable de couvrir ce besoin à grande échelle, alors que d’autres briques comme les cartes, les interconnexions, le refroidissement ou certains processeurs sont davantage relocalisées. Bull s’appuie aussi sur un partenariat avec Foxconn pour produire en Europe des systèmes Nvidia Vera Rubin NVL72. Une partie de la fabrication et des premiers tests doit être réalisée en République tchèque, avant l’assemblage final, l’intégration et la validation à Angers.

Le nouveau bâtiment ne règle donc pas à lui seul la question de la souveraineté technologique, mais il donne au groupe une capacité industrielle plus crédible au moment où les projets HPC et IA se multiplient en Europe.