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Claude écrit plus de 90 % du code d’Anthropic : une productivité qui pose question

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Dans son prospectus d’introduction en Bourse, Anthropic révèle que Claude a rédigé plus de 90 % des contributions à son code en septembre 2026. L’entreprise revendique une production par ingénieur multipliée par 45 depuis 2024. Cette accélération se heurte toutefois à la nécessité de garantir la qualité et la sécurité de logiciels dont la production échappe progressivement à l’écriture humaine.

Des ingénieurs qui supervisent davantage qu’ils ne codent

Chez Anthropic, les développeurs consacrent désormais davantage de temps à orienter et à vérifier le travail de Claude qu’à écrire eux-mêmes du code. Cette transformation, que l’éditeur présente comme un avantage concurrentiel dans son prospectus déposé le 26 octobre auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), s’accompagne d’une forte hausse des volumes de production. Au troisième trimestre 2026, la quantité quotidienne moyenne de code ajouté par ingénieur était plus de 45 fois supérieure à celle enregistrée en 2024.

Les 90 % correspondent toutefois à la part des contributions au code rédigées par Claude, et non à celle du travail de développement effectivement automatisée. Quant à la multiplication par 45, elle mesure un volume de production, sans renseigner sur le temps consacré aux vérifications, aux corrections ou à la maintenance. Le prospectus ne fournit pas non plus d’indicateurs sur les régressions, les défauts détectés ou la stabilité des logiciels, qui permettraient d’apprécier les gains au-delà de la quantité de code généré.

Claude Code ne se limite plus à compléter les instructions des programmeurs. L’outil peut écrire et exécuter du code, conduire des tâches complexes en plusieurs étapes et poursuivre leur réalisation sur des périodes prolongées. Anthropic affirme que son taux de réussite sur des problèmes d’ingénierie ouverts, nécessitant traditionnellement l’intervention de développeurs expérimentés, a atteint environ 90 % en septembre 2026, soit une progression de 50 points en neuf mois. Ces performances reposent cependant sur des évaluations internes dont le prospectus ne détaille suffisamment ni la difficulté des exercices ni les critères retenus pour permettre une appréciation indépendante.

Dès janvier, l’entreprise indiquait que 70 à 90 % du code de ses équipes était écrit avec l’assistance de Claude Code et faisait état d’une hausse de 67 % du nombre de demandes de fusion de code (pull requests) intégrées quotidiennement par ingénieur. Elle reconnaissait alors les limites de cet indicateur pour mesurer la productivité réelle, une contribution intégrée au dépôt ne garantissant ni son utilité ni sa qualité.

Claude participe désormais au développement de ses successeurs

L’automatisation s’étend aux travaux de recherche qui permettent de développer les prochaines générations de Claude, depuis la préparation des données d’entraînement jusqu’à l’exécution d’expériences, en passant par les évaluations et les audits de sécurité.

Anthropic désigne cette organisation par l’expression closing the loop, un mécanisme dans lequel chaque génération de Claude contribue à accélérer la conception de la suivante. L’entreprise espère ainsi raccourcir ses cycles de recherche, améliorer l’utilisation de ses infrastructures et augmenter sa capacité d’expérimentation sans accroître proportionnellement ses effectifs. Elle y voit un avantage concurrentiel dans une industrie encore largement dépendante des ressources humaines et matérielles mobilisées pour développer les modèles.

Le prospectus reconnaît néanmoins les risques de cette organisation. Une erreur systémique ou un biais présent dans un modèle pourrait être transmis aux générations suivantes et s’amplifier au fil des itérations, jusqu’à devenir particulièrement difficile à identifier ou à corriger. Anthropic envisage également que les capacités de ses systèmes progressent plus rapidement que les méthodes permettant d’en vérifier la sûreté, au risque de fragiliser les mécanismes de contrôle.

Ces avertissements prennent une importance particulière lorsque les modèles participent simultanément à la production du code, à son évaluation et à l’amélioration de leurs propres outils de développement. Sans démontrer que de telles erreurs se propagent actuellement, ils rappellent la nécessité de contrôles suffisamment indépendants pour éviter leur reproduction d’une génération à l’autre.

Une productivité difficile à transposer aux entreprises

L’organisation décrite par Anthropic donne un aperçu de l’évolution du travail des ingénieurs logiciels, dont une part croissante consiste à définir les tâches, encadrer les agents et examiner leurs productions plutôt qu’à rédiger directement chaque composant. Elle interroge aussi les compétences nécessaires pour superviser des modifications complexes qu’un développeur n’a pas lui-même conçues.

Les résultats d’Anthropic restent cependant ceux d’un éditeur qui développe ses propres modèles, dispose d’équipes spécialisées et peut adapter ses infrastructures à leurs capacités. Rien ne permet d’en déduire qu’une entreprise confrontée à un patrimoine applicatif ancien, à une dette technique importante ou à des contraintes réglementaires pourrait atteindre des niveaux comparables. L’intégration des agents dans les chaînes de développement suppose notamment de préserver la traçabilité des modifications, la qualité des tests et la responsabilité des équipes chargées de leur validation.

Les indicateurs avancés par Anthropic témoignent d’une automatisation considérable, sans suffire à établir les bénéfices opérationnels obtenus. Pour les DSI et les responsables de l’ingénierie logicielle, l’évaluation doit également porter sur les délais de livraison, la fréquence des incidents, les corrections et les ressources consacrées à la maintenance, dont la maîtrise devient essentielle à mesure que les volumes de code généré augmentent.