Accueil Cloud Le radar des solutions – Semaine du 26 octobre 2026

Le radar des solutions – Semaine du 26 octobre 2026

Les agents IA gagnent en autonomie, mais leur déploiement impose de nouvelles exigences de contrôle, de sécurité et de maîtrise des coûts. Les éditeurs multiplient les outils pour les superviser, les développeurs disposent de nouveaux moyens pour automatiser leur travail et les applications métiers commencent à passer de la simple consultation des données à leur exploitation opérationnelle. Tour d’horizon des solutions de la semaine.

Des agents IA qu’il faut pouvoir surveiller et arrêter

Salesforce enrichit Agent Fabric avec des outils d’évaluation continue des agents, des API et de leurs coûts. Agent Evals génère des tests avant le déploiement, puis vérifie en production la qualité des réponses des agents, des modèles et des serveurs MCP. Si les résultats se dégradent, une intervention peut être déclenchée, jusqu’à l’arrêt de l’agent. API Evals surveille les défaillances liées aux évolutions des interfaces utilisées. Côté dépenses, FinOps Dashboard et Model Wallet consolident les consommations, tandis que des plafonds peuvent interrompre les requêtes. Salesforce revendique jusqu’à 75 % de tokens économisés dans certains scénarios de test. Les deux modules d’évaluation entreront en bêta en novembre, avant une disponibilité générale en janvier 2027. L’arrêt automatique des agents suivra le même calendrier.

Corti applique cette logique de supervision aux logiciels hospitaliers. Son Agentic Framework se dote d’une couche d’exécution et de contrôle pour coordonner plusieurs agents, retracer leurs opérations et soumettre certaines actions à validation humaine. De nouvelles API facilitent l’analyse des erreurs, tandis qu’une bibliothèque open source permet de tester les comportements. Dedalus utilise déjà cette architecture dans ORBIS Buddy, intégré à son dossier patient informatisé. Les soignants peuvent interroger leur logiciel en langage naturel, retrouver des informations et préparer des documents cliniques structurés. Les agents interviennent directement dans les flux de travail du dossier, mais chaque action reste soumise à la confirmation du médecin.

La connaissance du contexte devient également centrale dans les outils d’analyse. Zoho transforme Analytics en plateforme d’analytique agentique avec six agents spécialisés, de la préparation des données à la génération de requêtes SQL. Son assistant Ask Zia les coordonne à partir des demandes formulées en langage naturel. La nouveauté la plus intéressante tient à l’ajout d’une couche sémantique et d’une ontologie : les entreprises peuvent définir précisément leurs indicateurs, leurs règles de calcul et les relations entre leurs données, plutôt que de laisser l’IA interpréter seule les résultats. Plus de 30 connecteurs supplémentaires sont proposés, ainsi qu’un accès MCP pour les applications externes. Les administrateurs disposent de contrôles sur les données consultées, les opérations réalisées et les coûts générés par chaque équipe. Les nouveautés sont disponibles dans le cloud, avant une extension aux installations locales et hybrides début 2027.

L’IA s’installe dans les environnements de production

Cloudera lance Blueprints, un portefeuille de solutions préconfigurées associant ses outils de gestion des données aux workflows de NVIDIA Agent Toolkit. L’objectif est de faciliter le déploiement d’applications d’IA dans le cloud, les datacenters et les environnements edge, sans déplacer systématiquement les données sensibles. Plusieurs modèles de référence doivent progressivement rejoindre l’offre : détection de fraude à partir de données transactionnelles, documentation clinique, configuration des réseaux télécoms ou détection de vidéos synthétiques. Les organisations pourront notamment exploiter NVIDIA NIM, Nemotron et les accélérations cuDF depuis les environnements Cloudera. Le catalogue sectoriel annoncé reste toutefois à distinguer des composants déjà disponibles.

Atos s’adresse lui aussi aux organisations dont les données ou les opérations exigent un contrôle renforcé. Sa nouvelle suite Genesis Intelligence réunit gestion des données, développement de modèles, orchestration et gouvernance. Elle peut fonctionner dans un cloud public ou souverain, sur site et dans des environnements physiquement isolés. Son composant Codex ajoute une représentation des processus, des règles et des autorisations de l’organisation pour convertir les analyses de l’IA en décisions opérationnelles. Eviden en présente déjà une déclinaison pour la défense navale avec ASTRA-LAS. Cet assistant tactique combine les données opérationnelles avec les informations issues de sources ouvertes de Racine Group et les algorithmes d’optimisation de trajectoires de HawAI.tech. Il fournit aux opérateurs une représentation enrichie de leur environnement et des recommandations pour leurs missions.

Dans le cloud, Shadow cherche à rendre la puissance de calcul plus accessible avec Blade. La plateforme réutilise une partie de ses 12 000 GPU, principalement sollicités par les particuliers le soir et le week-end, pour exécuter des modèles d’IA pendant les périodes creuses. Son offre Models donne déjà accès par API à une vingtaine de modèles. AI Fabric, attendu en novembre, permettra de déployer directement son propre code ou modèle sans administrer l’infrastructure GPU. Shadow annonce des tarifs inférieurs de 25 à 40 % à ceux de grands concurrents sur des GPU équivalents, grâce notamment à une tarification variable selon les capacités disponibles. L’entreprise propose aussi un hébergement européen chez OVHcloud et intègre Staan, l’API de recherche web de Qwant et Ecosia, pour alimenter les applications en informations actualisées.

Les applications métier commencent, elles, à fournir des résultats d’exploitation plutôt que des démonstrations. CMA CGM étend le déploiement des agents vocaux de HappyRobot après plusieurs pilotes dans les ventes, la relation client et la finance. Son agent commercial Eva a contacté plus de 4 000 clients au Royaume-Uni et au Sénégal ; environ un tiers ont engagé une discussion sur leurs besoins de transport. Dans le service client, les agents résolvent directement plus de 46 % des demandes relatives à la mainlevée des marchandises. Ils peuvent consulter les systèmes internes et déclencher l’envoi de documents. Le transporteur vise désormais une implantation dans 20 pays d’ici fin 2026, notamment pour absorber une partie de ses 54 millions de demandes clients annuelles.

La cybersécurité veut traiter les risques avant l’incident

Bitdefender complète GravityZone avec Exposure Management, un module consacré à l’identification et à la réduction des surfaces d’attaque. L’outil rapproche les vulnérabilités internes, les actifs exposés sur Internet, les mauvaises configurations et les risques liés aux identités. Il reconstitue les chemins qu’un attaquant pourrait emprunter pour atteindre des systèmes sensibles, afin d’aider les équipes à hiérarchiser les corrections. La plateforme intègre également les mécanismes de durcissement dynamique de PHASR pour limiter l’utilisation abusive d’outils légitimes comme PowerShell. Disponible sur Windows, elle peut être utilisée avec une solution de protection des terminaux existante, sans déployer une nouvelle console.

AWS s’attaque au même problème depuis le code avec Continuum for Code Vulnerabilities, désormais disponible. Le service relie les dépôts logiciels à un graphe décrivant les ressources AWS, les identités et les chemins réseau. Il cherche ensuite à déterminer si une vulnérabilité est réellement exploitable, notamment en reproduisant certaines attaques dans un environnement isolé. Les correctifs proposés prennent la forme de pull requests accompagnées des preuves d’exploitation et d’une évaluation de leurs conséquences. Les développeurs doivent encore les approuver : l’automatisation complète de certaines corrections est envisagée ultérieurement. Pour l’instant, le service est disponible dans deux régions américaines d’AWS, Virginie du Nord et Oregon.

Colt, de son côté, enrichit son catalogue de services réseau managés avec les technologies SD-WAN et SASE de Fortinet. L’opérateur veut réunir connectivité, politiques de sécurité et contrôle des accès pour les entreprises multisites. Les nouvelles offres sont également conçues pour prendre en charge des capacités émergentes de cryptographie post-quantique. Le communiqué ne précise cependant ni les algorithmes concernés ni leur calendrier de disponibilité. Une distinction importante entre une architecture préparée aux évolutions cryptographiques et une protection post-quantique effectivement déployée.

Des applications métiers qui cherchent à décloisonner les données

La souveraineté devient un critère de déploiement jusque dans les logiciels financiers. BlackLine annonce une nouvelle offre hébergée sur PREMI3NS, le cloud de confiance de S3NS, coentreprise contrôlée par Thales en partenariat avec Google Cloud. Thales sera le premier client à utiliser la plateforme pour ses opérations financières. Les équipes pourront notamment automatiser des rapprochements comptables et des traitements de transactions à l’aide des agents de BlackLine, tout en répondant à des exigences de localisation et de contrôle des données. L’activité de services numériques de Thales assurera l’intégration et l’exploitation de cette solution.

Dans le domaine juridique, le Conseil national des barreaux lance AVOCAT +, une plateforme d’IA développée avec le Legal Data Space. Elle propose dix assistants spécialisés en droit français et près de 50 assistants métiers préconfigurés par des avocats. Chaque professionnel peut créer ses propres assistants, les réserver à son cabinet ou les partager avec ses confrères en définissant les conditions de réutilisation. Les modèles fonctionnent sur une infrastructure hébergée en France et les documents déposés ne servent pas à leur entraînement. Le dispositif cherche ainsi à concilier mutualisation des outils et respect du secret professionnel, sans abandonner la maîtrise des usages aux fournisseurs d’IA.

Hyland et Tribun Health veulent décloisonner l’imagerie médicale avec Hyland Digital Pathology. La solution intègre CaloPix, la plateforme de pathologie numérique de Tribun Health, à l’architecture d’imagerie d’entreprise de Hyland. Les établissements peuvent ainsi rapprocher les images de lames numérisées de celles issues de la radiologie ou de la cardiologie, sans multiplier les systèmes d’archivage spécialisés. L’ensemble s’appuie sur les standards DICOM, les systèmes de laboratoire et les dossiers patients, avec des fonctions de téléexpertise et de visualisation à distance. L’enjeu est aussi économique : mutualiser le stockage d’images médicales dont les volumes peuvent atteindre plusieurs pétaoctets.

GitHub veut orchestrer les modèles plutôt que les subir

GitHub profite enfin de sa conférence Universe pour dévoiler Copilot Fusion, un système capable de sélectionner et de combiner automatiquement plusieurs modèles d’IA selon les tâches demandées. Les développeurs choisissent leur niveau d’effort, tandis que Fusion arbitre entre performance et coût. Selon les évaluations présentées par GitHub, certaines configurations atteignent des résultats comparables à ceux des modèles les plus performants pour un coût inférieur pouvant aller jusqu’à 77 %. Ces résultats restent liés aux benchmarks utilisés et ne permettent pas de généraliser les économies à tous les projets.

L’application Copilot gagne aussi Projects, un espace persistant qui réunit le contexte, les objectifs et les différentes sessions d’agents, y compris sur plusieurs dépôts. Copilot Automations permet de déclencher des tâches à partir d’événements ou d’un calendrier, tandis que Code Review Max approfondit l’analyse des modifications proposées. GitHub annonce parallèlement quatre millions de cœurs CPU, 160 pétaoctets de stockage et 50 Tb/s de capacité réseau supplémentaires pour accompagner l’augmentation des traitements automatisés. L’éditeur compte désormais plus de 225 millions de développeurs sur sa plateforme.