Les grandes manœuvres se poursuivent sur le marché du numérique. Entre acquisitions, investissements et alliances technologiques, les entreprises cherchent autant à consolider leurs positions qu’à s’ouvrir de nouveaux débouchés. La distribution informatique élargit notamment son périmètre, tandis que l’IA redistribue les cartes dans les infrastructures, les services et la relation client. Retour sur les principaux mouvements de la semaine.
Le marketing aiguise les appétits
Salesforce frappe fort avec un accord définitif pour acquérir Braze, spécialiste de l’engagement client, pour une valeur d’entreprise d’environ 5,66 milliards de dollars. La plateforme, qui compte quelque 2 770 clients, analyse les comportements des consommateurs en temps réel pour personnaliser leurs interactions sur les applications, les sites web et les messageries. Son intégration doit renforcer Marketing Cloud et alimenter les capacités de décision d’Agentforce. Salesforce cherche ainsi à rapprocher les données de son CRM des outils capables de déclencher automatiquement des campagnes. La transaction reste soumise aux autorisations réglementaires et à l’approbation des actionnaires de Braze, avec une finalisation attendue pendant l’exercice fiscal 2028.
Vusion poursuit une stratégie comparable dans les magasins physiques. Le spécialiste français de la digitalisation du commerce vient de finaliser le rachat d’In-Store Media (ISM), financé par un crédit-relais de 200 millions d’euros. L’entreprise barcelonaise travaille avec 90 enseignes et plus de 1 600 marques dans neuf pays. En associant cette expertise publicitaire à ses technologies de magasin connecté, Vusion entend transformer les surfaces commerciales en supports médias capables de mesurer l’efficacité des campagnes sur les ventes. Le potentiel reste largement inexploité : selon le groupe, moins de 3 % des investissements en retail media sont aujourd’hui consacrés aux magasins physiques.
La bataille porte aussi sur les moyens de retenir les consommateurs. Eagle Eye s’associe à Playable, plateforme de gamification utilisée par plus de 650 marques, pour intégrer jeux, défis et récompenses aux programmes de fidélité. Les interactions alimenteront les dispositifs de personnalisation d’Eagle Eye, notamment grâce aux données collectées directement auprès des clients. Une façon d’enrichir la connaissance client sans dépendre uniquement des transactions.
La distribution informatique regarde au-delà de l’IT
TD SYNNEX multiplie les initiatives dans les technologies opérationnelles. Le distributeur a signé un accord avec KUKA pour commercialiser ses robots mobiles autonomes auprès de ses partenaires européens, d’abord en France, au Royaume-Uni, en Espagne et au Benelux. Robots collaboratifs et logiciels industriels doivent suivre. L’intérêt dépasse la simple extension du catalogue : TD SYNNEX veut permettre aux revendeurs informatiques de s’implanter sur des marchés jusqu’ici largement réservés aux spécialistes de l’automatisation industrielle.
Son projet d’acquisition de BlueStar participe de la même orientation. Le distributeur américain est spécialisé dans l’identification automatique, la RFID, la mobilité, les points de vente et la robotique. En combinant cette expertise avec son réseau mondial, TD SYNNEX pourrait renforcer sa présence dans les environnements industriels et commerciaux. L’opération doit encore obtenir les autorisations nécessaires.
La consolidation touche également les ESN françaises. Blue Soft a acquis ROXYS, société basée à Arras et spécialisée dans les technologies Microsoft et la cybersécurité. Effective depuis le 20 octobre, cette opération renforce les équipes Microsoft du groupe et lui apporte une implantation dans les Hauts-de-France, après le rachat de Wemoov dans le Grand Ouest. Blue Soft poursuit ainsi son développement par acquisitions régionales, avec une offre associant cloud, environnement de travail et sécurité.
La cyber européenne cherche des capitaux
Auriga Partners annonce un closing intermédiaire de 80 millions d’euros pour son deuxième fonds consacré à la cybersécurité. Son objectif de collecte atteint 100 millions d’euros, avec un plafond fixé à 120 millions. Le fonds investira principalement dans des startups européennes, du pré-seed à la série A, avec des tickets compris entre 500 000 euros et 5 millions d’euros.
Après un premier véhicule de 55 millions d’euros lancé en 2022, Auriga veut financer une trentaine de nouvelles entreprises, notamment dans la sécurité de l’IA, des identités et des données. Quatre investissements sont déjà engagés : Finovox, spécialisée dans la fraude documentaire, Fleuret dans les tests d’intrusion automatisés, Mankinds dans l’audit des systèmes d’IA et Nextident dans la sécurité des agents IA. Le fonds prévoit de réserver environ la moitié de ses ressources aux tours de financement ultérieurs de ses participations.
Cette capacité à suivre les entreprises après leurs premiers tours constitue un enjeu important pour un secteur européen riche en startups, mais dont les ambitions internationales nécessitent des financements durables. Auriga revendique déjà un portefeuille de 30 entreprises européennes spécialisées dans la cybersécurité, constitué en cinq ans.
Les écosystèmes se structurent autour de l’IA et du cloud
Après une levée de fonds de 30 millions d’euros, Vates organise son réseau de partenaires. L’éditeur grenoblois de virtualisation open source lance le Vates Alliance Network (VAN), qui réunit une trentaine d’acteurs et 40 intégrations validées. Le programme documente les compatibilités avec les solutions de sauvegarde, de stockage, de sécurité et de réseau. Une réponse aux difficultés rencontrées par les entreprises qui envisagent de quitter VMware depuis son acquisition par Broadcom : changer d’hyperviseur ne suffit pas si les autres composants de l’infrastructure ne suivent pas.
Chez Insight, c’est l’accès aux technologies d’OpenAI qui motive le renforcement des compétences. L’intégrateur obtient le statut de partenaire Advanced au sein de l’OpenAI Partner Network et crée un centre d’excellence dédié. Il accompagnera les entreprises dans le déploiement de ChatGPT Enterprise, Codex et des applications agentiques, en mobilisant ses expertises cloud, données et cybersécurité. Insight affirme avoir déjà déployé l’IA auprès de plus de 90 % de ses propres collaborateurs. L’entreprise cherche désormais à convertir cette expérience en services pour les ETI et les grands comptes.
Plus en amont, Dassault Systèmes et Vertiv s’associent pour concevoir et valider virtuellement les infrastructures des usines d’IA avant leur construction. La plateforme 3DEXPERIENCE et les jumeaux virtuels de Dassault Systèmes seront combinés aux architectures d’alimentation et de refroidissement de Vertiv, notamment pour les AI factories NVIDIA DSX. L’objectif est de tester les interdépendances entre calcul, énergie et refroidissement avant les travaux. Selon les simulations de Vertiv, cette approche pourrait avancer la mise en service d’environ dix semaines par rapport à un scénario conventionnel modélisé. Un résultat théorique, qui reste à confirmer sur des déploiements réels.








