
Affluence record, IA offensive qui accélère, DORA et NIS 2 en ligne de mire : la 26e édition des Assises a révélé une profession moins préoccupée par les annonces que par une question très concrète. Ce qui a été déployé tiendra-t-il le choc le jour J ?
Il y avait foule sur le Rocher. Du 7 au 10 octobre, les Assises de la cybersécurité ont réuni 3 456 participants au Grimaldi Forum, un record pour l’événement. Parmi eux, 1 510 invités RSSI, DSI et directeurs techniques, dont 497 qui découvraient le rendez-vous pour la première fois, soit un tiers de nouveaux visages. Ajoutez 188 sociétés partenaires, 26 start-up et scale-up, et pas moins de 12 620 rendez-vous One to One calés en trois jours. Le mot d’ordre, “Osons !”, était affiché partout, rapporte Mathieu Fitamant, sur place pour Solutions Numériques. Sur scène, les Nations Unies, l’ANSSI et le COMCYBER-MI ont donné le ton. Dans les allées, les conversations ont pris un tour très pragmatique : moins de promesses, davantage de vérifications.
L’IA ne sidère plus, elle impose son tempo
Premier constat, l’intelligence artificielle offensive ne provoque plus d’effet de surprise. “Le constat n’est plus vraiment une découverte”, tranche Sébastien Viou, Field Cybersecurity Strategist France chez Fortinet. Pour lui, la communauté a intégré l’idée depuis près d’un an, et les RSSI croisés à Monaco sont désormais davantage dans l’action que dans l’attentisme.
L’IA ne se contente pas de rendre les attaques plus sophistiquées. Elle met des capacités autrefois réservées aux experts à la portée d’acteurs bien moins qualifiés. Surtout, elle compresse le temps. “Il n’est plus rare de voir des tentatives d’exploitation apparaître quelques heures seulement après la publication d’une vulnérabilité critique”, observe Sébastien Viou. Des processus de gestion des correctifs pensés en semaines doivent désormais raisonner en heures. La question n’est plus de savoir si l’IA change la menace, mais comment caler les opérations de sécurité sur ce nouveau rythme. Le virtual patching gagne ainsi du terrain, en réduisant l’exposition sans attendre le déploiement complet d’un correctif.

L’IA est aussi un actif qu’il faut éprouver avant de lui faire confiance. Le jury des Assises l’a souligné en décernant le Prix de l’Innovation 2026 à Giskard AI, pour sa solution d’évaluation et de sécurisation des modèles d’intelligence artificielle. Avant de l’intégrer massivement, il faudra la tester, la fiabiliser et la protéger.
Être équipé ne suffit plus, il faut le prouver
C’est sans doute le déclic le plus net de cette édition. Chez 6cure, spécialiste de la protection anti-DDoS et des tests de résistance, on a senti un changement de ton chez les RSSI : la question n’est plus seulement d’être armé, mais de savoir ce qui se passe réellement quand l’attaque survient.

La réglementation y est pour beaucoup. “La contrainte réglementaire reste aujourd’hui le premier moteur, soyons honnêtes”, reconnaît-on chez 6cure. C’est flagrant dans la banque et la finance, déjà soumises aux exigences de la BCE et à DORA, et le mouvement s’accélère avec l’anticipation de NIS 2. Mais la conformité n’explique pas tout. Les organisations ont multiplié les solutions présentées comme des “leaders du marché”, et la vague d’attaques continue pourtant de toucher tout le monde. Les RSSI veulent donc vérifier le retour sur investissement et l’efficacité concrète de ce qu’ils ont déployé. Le test en conditions réelles devient alors un véritable outil de pilotage : il mesure la résistance de l’architecture et apporte aux directions des éléments factuels pour arbitrer, voire pour faire émerger de meilleures alternatives.
Cette quête de preuves rejoint un autre mot très présent à Monaco, celui de résilience. Sébastien Viou le préfère d’ailleurs à celui de souveraineté au sens strict. Entre tensions géopolitiques, dépendances technologiques et incertitude économique, l’enjeu le plus concret reste de “continuer à fonctionner quelles que soient les circonstances”, en gardant la maîtrise de ses infrastructures, de ses données et de ses capacités opérationnelles. Nombre d’entreprises rencontrées sur le salon cherchent ainsi à réduire leurs dépendances critiques tout en préservant leur liberté de choix technologique. La pénurie de compétences, elle, reste un défi de long terme, auquel l’industrie répond autant par la formation que par l’automatisation et la simplification des opérations.
Oser regarder la vérité en face
L’épreuve du réel est aussi budgétaire. Ce qui a le plus marqué Sébastien Viou cette année, c’est la pression exprimée par de nombreux RSSI et DSI : les menaces progressent, les obligations réglementaires se multiplient, et les budgets n’avancent pas toujours au même rythme. Les priorités évoluent en conséquence. Plutôt que d’ajouter de nouvelles briques, les organisations cherchent à simplifier, rationaliser et tirer le meilleur parti des investissements déjà réalisés. D’où l’intérêt pour les plateformes intégrées, capables de mutualiser les fonctions de sécurité et de réduire la complexité opérationnelle sans hausse proportionnelle des coûts.
Chez 6cure, on y voit la suite logique du mot d’ordre de l’édition. Avant même de parler d’audace, il s’agit d’”oser regarder la vérité en face”. Les salons débordent d’énergie et d’envie de progresser, mais les responsables cyber doivent ensuite convaincre en interne, face aux arbitrages budgétaires et à des instances dirigeantes plus ou moins acculturées. Le rôle des acteurs du secteur est de leur fournir des arguments solides. Pour 6cure, le cap de 2027 consistera à faire de la cybersécurité une priorité budgétaire et stratégique globale, et tester sans fard l’état réel de ses infrastructures reste le meilleur moyen d’investir utilement et de bâtir une résilience durable.
Maria Iacono, directrice des Assises, résume l’état d’esprit de la semaine : “Rien n’arrête une communauté qui partage la même ambition : faire de la cybersécurité un enjeu pleinement stratégique et donner aux décideurs les moyens d’agir”. Rendez-vous du 13 au 16 octobre 2027 pour la 27e édition, où l’on pourra mesurer ce que cette épreuve du réel aura changé dans les organisations.







