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AVIS D’EXPERT – IA et infrastructures IT : l’obsolescence n’est plus une fatalité

Fabrice Pouzaud, Président d’Evernex Capital Solutions. Crédit : Capital Solutions.

L’IA accélère le renouvellement technologique à un rythme que les modèles d’investissement traditionnels n’avaient pas prévu. Un équipement peut être dépassé pour certains usages alors qu’il fonctionne encore. Ce décalage entre cycle technologique, cycle financier et cycle physique oblige les entreprises à repenser la gestion de leurs infrastructures pour Fabrice Pouzaud, Président d’Evernex Capital Solutions : non plus comme des actifs à acheter puis remplacer, mais comme un portefeuille à arbitrer dans le temps.

L’intelligence artificielle s’impose progressivement comme l’un des principaux moteurs de transformation des entreprises. De l’automatisation des processus à l’analyse prédictive en passant par les modèles génératifs, les usages se multiplient à un rythme inédit. Mais derrière cette révolution technologique se cache une réalité beaucoup plus concrète : l’explosion des besoins en infrastructures informatiques.

Serveurs haute performance, GPU spécialisés, capacités de stockage et de traitement toujours plus importantes : la course à la puissance est engagée. Selon plusieurs études, le marché mondial des puces dédiées à l’intelligence artificielle pourrait plus que tripler d’ici 2030. Dans le même temps, les cycles technologiques s’accélèrent et certains équipements deviennent obsolètes en seulement 12 à 18 mois. Cette évolution marque une rupture profonde avec les modèles d’investissement traditionnels.

IA : quand les cycles technologiques deviennent plus courts que les cycles financiers

Pendant des décennies, les infrastructures informatiques ont été conçues pour être amorties sur plusieurs années. L’intelligence artificielle bouscule aujourd’hui cette logique. Les entreprises qui investissent dans des infrastructures dédiées à l’IA se trouvent face à un nouveau paradoxe. Une nouvelle génération de composants ou une évolution des architectures ne rend pas instantanément les équipements précédents inutilisables. Mais elle peut rapidement réduire leur pertinence pour certains usages. Une infrastructure peut ainsi continuer à fonctionner parfaitement tout en n’étant plus la plus adaptée aux workloads les plus exigeants.

C’est ici que se crée le décalage : le cycle technologique peut évoluer plus vite que le cycle financier de l’équipement. L’actif conserve pourtant une durée de vie physique. Il peut encore répondre à d’autres usages et conserver une valeur économique significative. L’obsolescence devient donc moins une question de fonctionnement qu’une question d’adéquation : l’équipement fonctionne encore, mais son meilleur usage a changé.

Pour les entreprises, continuer à considérer durée technologique, durée financière et durée de vie réelle comme un seul et même cycle devient dès lors de plus en plus risqué.

Obsolescence technologique ne signifie pas absence de valeur

Face à cette accélération, une question mérite d’être posée: faut-il systématiquement remplacer pour innover ?

De nombreuses entreprises disposent d’actifs informatiques qui conservent une valeur économique importante alors même qu’ils ne répondent plus à leurs besoins les plus récents. Ces équipements peuvent pourtant constituer un levier de financement pour accompagner de nouveaux projets.

Le rachat et la valorisation des infrastructures existantes permettent ainsi de réinjecter des ressources financières dans les projets de modernisation tout en évitant l’immobilisation de capitaux supplémentaires. Cette approche apporte davantage de souplesse aux organisations qui doivent faire évoluer leurs capacités informatiques de manière continue.

La circularité devient aussi une question d’allocation du capital

L’économie circulaire est souvent abordée sous son seul angle environnemental. Dans les infrastructures IT, elle possède aussi une dimension économique. Cette double exigence de maîtrise des coûts et de préservation des ressources prend une importance particulière avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle, dont le développement accentue les besoins en capacités de calcul, en équipements et en énergie.

L’industrie numérique dépend fortement de matières premières critiques, de chaînes d’approvisionnement mondialisées et de capacités de production parfois sous tension. Les pénuries de composants observées ces dernières années ont rappelé la fragilité de cet équilibre. Dans ce contexte, prolonger la durée de vie des équipements, favoriser leur réemploi et mieux organiser leur allocation relèvent autant de la gestion du capital que ce celle des ressources.

Le matériel reconditionné offre aujourd’hui une alternative crédible pour de nombreux usages. Il permet de réduire significativement les coûts d’acquisition tout en limitant l’extraction de nouvelles ressources et la production de déchets électroniques.

La circularité ne consiste donc pas à conserver les équipements le plus longtemps possible. Elle consiste à maximiser leur valeur et leur utilité à chaque étape de leur cycle de vie. Cette logique circulaire ne s’oppose pas à l’innovation. Elle vise au contraire à mieux utiliser les ressources existantes afin de soutenir durablement la croissance des usages numériques.

Une nouvelle approche du cycle de vie des infrastructures

L’émergence de l’IA conduit progressivement les entreprises à repenser la gestion complète de leurs actifs IT. L’enjeu ne se limite plus à l’achat d’équipements. Il concerne désormais l’ensemble du cycle de vie: financement, exploitation, maintenance, évolution technologique, réemploi et recyclage.

Certaines organisations commencent ainsi à privilégier des modèles plus flexibles intégrant la valorisation des équipements existants, des mécanismes de financement évolutifs et des solutions de reprise permettant d’accompagner les changements technologiques successifs.

Cette approche offre plusieurs avantages tels que limiter l’immobilisation financière, suivre plus facilement le rythme des innovations, réduire l’empreinte environnementale des infrastructures et renforcer la résilience face aux tensions d’approvisionnement.

Faire de la contrainte une opportunité

L’intelligence artificielle transforme profondément notre rapport aux infrastructures numériques. Les besoins en puissance de calcul continueront de croître et les cycles technologiques resteront rapides. Dans ce nouveau contexte, la capacité à gérer intelligemment le cycle de vie des équipements devient un facteur clé de compétitivité.

L’enjeu n’est plus simplement de posséder les infrastructures les plus performantes mais de disposer d’un modèle suffisamment agile pour évoluer au même rythme que les innovations technologiques.

Demain, les entreprises les plus résilientes seront probablement celles qui auront su concilier performance, maîtrise des coûts et gestion responsable des ressources. L’économie circulaire appliquée aux infrastructures IT apparaît déjà comme l’un des leviers les plus prometteurs pour relever ce défi.