La 12ème édition du Global CEO Outlook de KPMG, menée auprès de 1 400 dirigeants dans douze pays, classe la cybersécurité en tête des menaces pour la croissance, devant l’incertitude économique. En France, elle arrive deuxième, à un point de la conjoncture mondiale. Les dirigeants français se montrent plus prudents que leurs homologues, accélèrent sur l’intelligence artificielle et attendent des résultats concrets de leurs investissements.
La cyber devant la conjoncture
Au niveau mondial, 31% des dirigeants interrogés par KPMG désignent les risques liés à la cybersécurité et à la sécurité des données comme la principale menace pour la croissance de leur entreprise au cours des trois prochaines années. L’incertitude économique mondiale suit avec 28%, puis l’instabilité géopolitique et les pressions réglementaires avec 26%. Selon KPMG, les dirigeants orientent leurs investissements vers les risques sur lesquels ils peuvent agir. Près de la moitié d’entre eux (45%) déclarent ainsi avoir augmenté leurs investissements dans la cybersécurité et la résilience face aux risques numériques.
En France, la cybersécurité se classe deuxième des menaces (28%), juste derrière l’incertitude économique mondiale (29%) et devant la résilience des chaînes d’approvisionnement (25%). Les préoccupations sont quasi unanimes. Les dirigeants français sont 99% à s’inquiéter de l’usurpation d’identité et de la confidentialité des données, 93% de leur vulnérabilité aux cyberattaques et 92% de la détection et de la prévention de la fraude. Ces inquiétudes se traduisent dans les décisions : 35% ont renforcé les moyens consacrés à la cybersécurité et à la protection contre les risques numériques. Pour KPMG, la cybersécurité dépasse désormais la seule protection des systèmes d’information pour devenir un enjeu de confiance, de résilience et de continuité de l’activité. Le panel français compte 75 dirigeants, ce qui invite à lire avec prudence les écarts d’un ou deux points.
Des patrons français prudents, mais plus sélectifs
Les dirigeants français abordent les trois prochaines années avec plus de prudence que leurs homologues internationaux. Ils sont 72% à se dire confiants dans l’avenir de leur propre entreprise, contre 84% au niveau mondial. Leur confiance dans les perspectives de l’économie mondiale s’établit à 65%, au même niveau que dans le reste du monde, mais elle recule de 8 points en un an. Ils ne renoncent pas pour autant à leurs ambitions. Près de sept sur dix (69%) anticipent une croissance annuelle de leurs résultats d’au moins 2,5% sur les trois prochaines années. La croissance moyenne attendue atteint 3,4%, après 3,2% en 2025, proche des 3,6% attendus au niveau mondial.
Les choix deviennent plus sélectifs. Alors que 71% des dirigeants français ressentent une pression accrue pour assurer le succès à long terme de leur entreprise, 36% envisagent des opérations de croissance externe d’envergure au cours des trois prochaines années, soit 8 points de moins qu’en 2025. Plus de la moitié privilégient des acquisitions plus ciblées, contre 41% l’an dernier. “Les dirigeants français maintiennent leurs ambitions de croissance malgré l’incertitude, mais font preuve d’une plus grande sélectivité dans leurs décisions”, observe Mathieu Wallich-Petit, associé, membre du comité exécutif et Head of Client & Markets de KPMG en France. “Ils privilégient des investissements mieux ciblés, des opérations de croissance externe plus mesurées et attendent des résultats concrets de leurs transformations”.
La capacité à décider vite gagne aussi en importance. Au niveau mondial, 47% des dirigeants placent l’agilité et la prise de décision sous pression parmi les compétences de leadership indispensables. La capacité d’anticipation stratégique et de planification de scénarios est citée par 44% d’entre eux, deux fois plus qu’en 2025 (22%).
L’IA doit désormais créer de la valeur
L’intelligence artificielle reste au cœur des stratégies d’investissement. Elle est une priorité pour les trois prochaines années pour 79% des dirigeants dans le monde, 8 points de plus qu’en 2025. En France, la proportion atteint 72%, contre 60% un an plus tôt : la progression est donc plus rapide dans l’Hexagone, même si le niveau reste inférieur à la moyenne mondiale. Les investissements sont significatifs. En France, 74% des dirigeants prévoient de consacrer plus de 10% de leur budget d’investissement à l’IA au cours des douze prochains mois, une part légèrement supérieure à la moyenne mondiale (72%). Ils sont 67% à anticiper un retour sur investissement dans un délai d’un à trois ans, contre 71% de leurs homologues internationaux.
Selon KPMG, le passage à l’échelle dépend de la maîtrise des risques. Les enjeux éthiques, qui recouvrent notamment dans l’étude la confiance, les biais des jeux de données, la vie privée, la responsabilité, la transparence, la propriété intellectuelle et la désinformation, sont jugés difficiles à gérer par 69% des dirigeants français. Au niveau mondial, 57% les citent comme le principal obstacle au déploiement de l’IA. Par ailleurs, 64% des dirigeants français accordent une attention accrue à la gouvernance et au contrôle des données dans un cadre de souveraineté numérique, contre 59% dans le monde. Le manque de compétences constitue le premier défi RH pour 61% des patrons français et 56% de leurs homologues internationaux, et 57% des dirigeants français placent la formation des collaborateurs aux outils d’IA parmi leurs principales préoccupations.
Le développement durable n’échappe pas à cette exigence de résultats. Les dirigeants français sont 47% à en avoir renforcé l’intégration dans leur stratégie, contre 63% dans le monde, et aucun ne déclare avoir réduit ses efforts. Près des trois quarts (74%) tiennent compte du coût et du retour sur investissement potentiel de leurs initiatives lorsqu’ils arbitrent leurs projets. L’IA ajoute une dimension à ces arbitrages : 95% des dirigeants français se préoccupent de son impact énergétique et environnemental, mais 81% estiment qu’elle peut aussi contribuer à réduire les émissions et à améliorer l’efficacité énergétique. “Cette nouvelle édition démontre que, face à l’incertitude, les dirigeants ne renoncent ni à leurs ambitions ni à préparer l’avenir”, résume Marie Guillemot, présidente du directoire de KPMG en France. “Ils continuent d’investir dans leurs priorités stratégiques, de l’intelligence artificielle à la cybersécurité et à la durabilité, mais avec une exigence accrue de résultats”.






