Les distributeurs cloud se regroupent, les agents IA s’invitent jusque dans les bureaux d’études et les comptes bancaires, et l’État reconduit ceux qui ont fait leurs preuves. Voici le tour d’horizon business de la semaine.
Consolider pour peser
La semaine s’ouvre sur un mariage franco-allemand. Be-Cloud, distributeur CSP Microsoft et MSP fondé à Paris en 2012 par Lenny Vercruysse, se rapproche de QualityHosting. Basé à Gelnhausen, ce dernier est devenu en 2014 le tout premier CSP Microsoft d’Allemagne. Le nouvel ensemble est soutenu par PSG Equity et réunit quelque 50 000 PME clientes et plus de 2 000 partenaires, de la France à la région DACH en passant par le Benelux. Chacun apporte ce qui manque à l’autre : Be-Cloud son moteur commercial, QualityHosting une plateforme de services largement automatisée. La suite passera par l’élargissement de l’offre cloud, cybersécurité et IA, sans exclure de nouvelles acquisitions. Les deux fondateurs restent aux commandes, et le montant de l’opération n’a pas été communiqué.
Chez Docoon, la consolidation prend la forme d’un rachat. L’éditeur a beaucoup investi ces dernières années pour préparer la réforme de la facturation électronique. Maintenant qu’elle est lancée, il se retourne vers son autre pilier, le messaging, qui représente près de 40 % de son chiffre d’affaires. Il acquiert Vega Services, son tout premier revendeur. Les deux sociétés se connaissaient bien : environ 90 % des plus de 300 clients de Vega passaient déjà par la plateforme Docoon. Le chiffre d’affaires de cette base est passé d’environ 700 000 euros à plus de 2 millions d’euros par an depuis le début du partenariat. Son fondateur, Emmanuel Gachet, prend la direction de la Business Unit Messaging et devra intégrer les canaux qui montent, WhatsApp et RCS en tête.
Des agents IA à équiper
Les agents IA reviennent dans deux annonces de la semaine, sous des angles très différents.
À Lille, Koddex lève 3 millions d’euros dans un tour mené par Breega. La startup a été fondée en 2024 par Stéphane Dicostanzo, un ancien d’Exotec, qui la soutient depuis ses débuts. Elle part d’un constat simple : « Les produits industriels sont devenus multidisciplinaires, mais les outils utilisés pour les concevoir restent encore largement cloisonnés. » Sa plateforme relie donc dans un même graphe de connaissances les exigences, composants, tests, documents et décisions d’un produit. Des agents IA spécialisés y analysent l’impact de chaque modification et mettent à jour exigences, tests et documentation. Ils restent soumis aux mêmes règles que les ingénieurs : droits d’accès ciblés, workflows d’approbation, et journalisation de chaque action. Via MCP, les agents que l’entreprise utilise déjà peuvent aussi intervenir dans les modèles système. L’argent servira à recruter, à enrichir les intégrations et à conquérir l’Europe, de la robotique à la défense.
Mollie, de son côté, veut faire payer les agents. La fintech néerlandaise débloque jusqu’à 50 millions d’euros de son propre capital, versés par paliers, pour bâtir une couche bancaire destinée aux agents IA. Elle ne confie pas le chantier à ses équipes internes : elle recrute une équipe fondatrice externe, ou rachètera une jeune startup. L’équipe sera indépendante et rattachée directement au conseil d’administration. Elle pourra s’appuyer sur l’infrastructure bancaire réglementée de Mollie et sur ses plus de 350 000 entreprises clientes. Pour le fondateur Adriaan Mol, il devient indispensable de disposer d’une infrastructure financière dédiée aux transactions réalisées par des machines.
L’État reconduit ses prestataires
Côté secteur public, la semaine est aux renouvellements, et la souveraineté y tient une bonne place.
Nextories en est la parfaite illustration. Startup B2C à ses débuts, elle a été retenue en 2018 sur la plateforme multi-déménageurs (PFMD) du ministère des Armées. Elle l’est aujourd’hui pour la troisième fois d’affilée, pour quatre ans à partir de janvier 2027, et la Gendarmerie nationale rejoint le dispositif. Armées et Gendarmerie organisent chacune entre 8 000 et 10 000 déménagements par an. Pour décrocher ce marché, Nextories a migré son hébergement vers un environnement SecNumCloud, sur les infrastructures de Scalingo et d’OUTSCALE. L’effectif passera de 60 à plus de 70 personnes en 2027.
Même scénario pour Teletech, reconduit par l’INPI après une nouvelle consultation. Depuis fin 2022, la filiale du groupe FINARE assiste les usagers du Guichet unique dans leurs formalités d’entreprise. À partir de décembre, son rôle évolue : les demandes simples sont progressivement automatisées, et les conseillers devront monter en expertise et résoudre davantage dès le premier contact. Teletech s’appuiera pour cela sur Acolyte Qualité, son outil d’IA de quality monitoring, et sur sa plateforme de formation Teletech Campus.
À Ajaccio, enfin, la Banque des Territoires et Déclic, la fédération des opérateurs publics de services numériques (OPSN), ont choisi de mutualiser l’achat d’IA souveraine pour les collectivités. Leur appel à manifestation d’intérêt, lancé en octobre, ouvre aux membres éligibles un cofinancement déplafonné et bonifié pour les licences et abonnements, tokens exclus, ainsi qu’un appui en ingénierie. Déclic rejoint aussi le comité des partenaires du programme Territoires d’IA jusqu’en 2030.
Les alliances changent d’échelle
Après huit ans de partenariat pour Nextories, c’est au tour d’un duo de longue date de passer à l’échelle supérieure. Atos et Fortinet travaillaient jusqu’ici pays par pays. Ils forment désormais une alliance coordonnée au niveau mondial, qui combine revente de solutions et services managés de cybersécurité pour les environnements hybrides et multicloud. Fortinet apporte ses technologies, et Atos son intégration et son réseau de SOC.
Nutanix et NetApp, eux, misent sur la continuité plutôt que sur le grand remplacement. Leur nouvelle offre commune, Nutanix Cloud Infrastructure for External Storage, permet d’adopter l’hyperviseur AHV sans toucher aux baies NetApp AFF et FAS compatibles, raccordées en NFS. Les équipes virtualisation gardent Prism, les équipes stockage gardent ONTAP. Elle sera disponible cet automne.
On retrouve la réforme de la facturation électronique chez evoliz. Pour éviter de multiplier les fournisseurs, le logiciel de facturation du groupe Visma étend son partenariat avec Youtrust (ex-Yousign) : après la signature électronique, l’API Verify gère désormais ses contrôles KYB/KYC, en marque blanche. Plus de 18 600 vérifications ont été réalisées en moins d’un an. Selon les calculs d’evoliz, cela libère environ 138 heures par mois pour le service client.
Les écosystèmes s’organisent aussi. Oracle lance Startup Growth Engine pour les jeunes pousses soutenues par le capital-risque, avec une adhésion gratuite d’un an à son programme partenaires, des crédits OCI et une porte d’entrée sur Oracle Marketplace. Keyfactor ouvre Keyfactor Community, un espace d’échange autour de la PKI, des identités machines et du post-quantique, avec une recherche qui produit des réponses par IA reliées à leurs sources.
Les premières places se confirment
Deux distinctions pour finir. SCC France conserve la deuxième place du classement Grand Angle ESN & ICT 2026 de KPMG et Numeum, avec un chiffre d’affaires passé de 2,93 à 3,28 milliards d’euros (+12,1 %). L’écart avec Capgemini, toujours en tête, fond de 1,46 milliard à 919 millions d’euros. MEDADOM figure quant à elle pour la deuxième année consécutive parmi les 500 entreprises du classement « World’s Top HealthTech Companies 2026 » de TIME et Statista, avec plus de 11 millions de téléconsultations au compteur.








