Les entreprises françaises accélèrent leur adoption de l’IA, rappelle John Podboy, RSSI chez Semperis : selon une enquête Ipsos bva publiée en mars 2026, 35 % des salariés l’utilisent au moins une fois par semaine dans le cadre professionnel, tandis que 72 % des cadres dirigeants y voient déjà, ou à un horizon de trois ans, un avantage compétitif indispensable. Si les petites entreprises restent moins avancées dans l’intégration structurée de l’IA (15 %, contre 58 % pour les grands groupes), 35 % des dirigeants de TPE déclarent néanmoins l’utiliser plusieurs fois par semaine.
L’IA n’est donc plus l’apanage des grands groupes : les petites et moyennes entreprises l’intègrent à leurs opérations pour gagner en efficacité et améliorer l’expérience client. Mais qui dit adoption de nouvelles technologies dit aussi nouveaux risques, et l’IA agentique ne ressemble en rien à ce qui a précédé. Selon une étude de la Cloud Security Alliance, près de deux tiers des organisations ont déjà subi un incident de sécurité lié à des agents IA au cours de l’année écoulée. La sécurité doit donc être intégrée dès la conception, en commençant par l’identité.
Le problème que pose l’IA
Les agents IA accomplissent des tâches de façon autonome pour le compte de leurs maîtres humains, en interagissant avec des sites web, des bases de données et des applications, et en ajustant leur trajectoire à mesure que le contexte évolue. De quoi en faire un outil de productivité potentiellement révolutionnaire, mais aussi une nouvelle surface d’attaque, à l’image de l’injection de prompt indirecte, quand des acteurs malveillants dissimulent des instructions dans les contenus web que l’agent consulte.
Plus préoccupant encore pour les RSSI, les agents constituent un point d’entrée direct vers des systèmes d’identité, et la vitesse à laquelle ils opèrent laisse peu de temps aux équipes de sécurité pour détecter et contenir les risques.
Trop de permissions, trop d’autonomie
Les meilleures pratiques de sécurité des identités (zero trust) préconisent un principe de moindre privilège pour toutes les identités, humaines comme non humaines (NHI). Pourtant, le sur-permissionnement est monnaie courante : les équipes accordent des accès larges dès le départ, puis omettent de les restreindre.
Détourné, ou livré à lui-même, un agent disposant de trop de permissions peut causer des dégâts considérables : secrets locaux, permissions excessives et chemins d’identité privilégiés peuvent être enchaînés pour modifier des politiques dans Active Directory, Entra ID ou Okta. Avec un accès à ces systèmes Tier-0, les attaquants détiennent les clés du royaume. Il y a de quoi s’inquiéter : 92 % des organisations comptent des collaborateurs ayant installé l’IA sur des machines locales, avec accès aux clés SSH et de chiffrement, et 29 % s’en servent pour traiter les tickets du help desk liés à la sécurité : de quoi hanter les nuits de n’importe quel RSSI.
On ne peut protéger ce que l’on ne voit pas Ces risques sont exacerbés par le Shadow AI. Selon la même étude de la Cloud Security Alliance, 82 % des organisations estiment héberger des agents non gérés dans leur environnement. Or, ce qui échappe à la vue échappe aussi à la gestion et à la protection.
Il est rassurant de constater que 83 % des organisations font de la gouvernance des identités IA une priorité pour les douze prochains mois. Mais comment s’y prendre ? 57 % déclarent utiliser le même système pour les identités humaines et IA, contre 43 % un système distinct, deux approches aux lacunes sérieuses : les agents sont nombreux, éphémères, facilement sur-permissionnés, et difficiles à faire correspondre aux modèles de gouvernance humaine.
La sécurité de l’IA agentique commence par l’identité
Trois quarts des organisations (74 %) estiment que les fonctionnalités IA vont accroître la fréquence des attaques visant les infrastructures d’identité. Mais savoir qu’un risque existe et agir en conséquence sont deux choses différentes. Cinq mesures concrètes se dégagent :
D’abord, traiter explicitement les agents comme des identités non humaines au sein de l’infrastructure d’identité, avec une classe d’identité explicite : responsable identifié, enregistrement, finalité, cycle de vie et procédure de mise hors service. Sans cet enregistrement clair, l’agent ne doit pas être connecté à l’environnement.
Ensuite, appliquer aux agents le principe de moindre privilège : accès strictement suffisants, accordés au moment précis où ils sont nécessaires. Cela compte davantage avec les agents, qui utiliseront réellement les permissions singulières que les humains ignorent.
Troisièmement, séparer les périmètres de confiance des agents et des humains : les agents à haut risque doivent disposer d’identités et de contextes d’exécution dédiés, et pour les fonctions Tier-0, les actions de récupération critiques doivent revenir à des sous-systèmes déterministes plutôt qu’à la pile agentique elle-même.
Quatrièmement, des outils d’analyse comportementale des utilisateurs et des entités (UEBA) permettent de détecter les agents zombies ou anormaux, souvent simplement abandonnés plutôt qu’ouvertement malveillants, en comparant leur comportement à une base de référence, car l’attaque peut avoir toutes les apparences d’un usage légitime.
La reprise rapide, dernière pièce du puzzle
Enfin, il faut se préparer au pire scénario : une compromission majeure de l’infrastructure d’identité via des agents IA, un risque qui grandit dès lors que l’organisation laisse l’IA toucher aux clés, aux tickets ou aux systèmes Tier-0.
La planification est donc essentielle pour restaurer rapidement les systèmes d’identité dans un état de confiance, en mode dégradé total si nécessaire : plans, procédures répétées, sauvegardes immuables, cleanrooms (environnements de récupération isolés, déconnectés du réseau de production) et outils indépendants de l’infrastructure déjà compromise. Le chemin de reprise doit reposer sur des modalités simples et rigoureusement vérifiées, les agents ne pouvant assister qu’au tri des incidents.
En couvrant ainsi l’ensemble des angles, la sécurité devient un levier qui donne à l’entreprise la confiance nécessaire pour libérer la puissance de l’innovation portée par l’IA.








