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Sandrine Tarnaud (Palo Alto Networks) : “Ce n’est plus une course de fond”

Sandrine Tarnaud, directrice générale France de Palo Alto Networks. Crédit : Palo Alto Networks.

Des attaques bouclées en quelques minutes, des défenses ralenties par leurs propres outils, une IA agentique qui passe à l’échelle industrielle. Au lendemain des Assises de la sécurité, Sandrine Tarnaud, directrice générale de Palo Alto Networks France, livre sa lecture des mois à venir et on a surtout parlé de vitesse.

Pour Sandrine Tarnaud, la cybersécurité a changé de discipline. “C’est une course. Ce n’est plus une course de fond”, résume-t-elle. Les échéances qu’elle avance, de six mois pour l’évolution des attaques à trois à cinq ans pour celle du marché, dessinent une année 2027 où le temps de réaction deviendra le premier critère de protection.

Des attaques chronométrées à la minute

Le premier pari de la dirigeante porte sur le rythme des attaquants. “Il y a quatre ans, un attaquant, c’était trois semaines. Aujourd’hui, c’est 25 minutes, et ce sera probablement moins de cinq minutes dans six mois”, estime-t-elle. En cause, l’IA générative, dont les attaquants se sont emparés pour « chaîner l’ensemble des vulnérabilités » et frapper sur plusieurs surfaces à la fois, du réseau au cloud en passant par l’identité.

Les 25 minutes ne sortent pas de nulle part. Unit 42, l’unité de recherche de Palo Alto Networks, est parvenue à simuler une attaque par rançongiciel complète, de la compromission initiale à l’exfiltration des données, en 25 minutes, en recourant à l’IA à chaque étape. Les moins de cinq minutes, en revanche, relèvent du pari. Il faudra attendre le printemps 2027 pour savoir s’il était fondé.

Trop d’outils pour aller vite

Face à ce tempo, la dirigeante pointe un paradoxe : les entreprises les mieux équipées ne sont pas forcément les plus rapides. Leurs centres d’opérations de sécurité ont souvent été bâtis il y a plusieurs années, puis ont grossi au fil des menaces. “Vous avez une nouvelle vulnérabilité, vous rajoutez une couche d’administration, vous rajoutez une nouvelle console, vous rajoutez un nouveau produit”, décrit-elle. Résultat : “Chez nos clients, vous avez à peu près entre 30 et 60 outils de sécurité différents”.

Cet empilement se paie en temps. Les données de télémétrie restent dispersées entre des solutions qui peinent à les partager. Dans les cas les plus défavorables, l’écart devient vertigineux. « Entre le moment où l’attaque s’est produite et le moment où ils voient que quelqu’un est entré dans le système d’information, il peut se passer plusieurs jours », observe Sandrine Tarnaud. Une attaque à la minute, une détection à la journée.

Les équipes, elles, ne sont pas extensibles. “Il n’est pas rare d’avoir plusieurs milliers d’attaques sur une même journée” sur un système d’information, rappelle la dirigeante, sur un marché des compétences qu’elle juge « extrêmement tendu », notamment en France. D’où sa conviction : seule l’automatisation, elle-même appuyée sur l’IA, permettra de trier ce bruit et de concentrer les experts sur les menaces réellement exploitables. “Cette notion de temps réel n’a jamais été aussi vraie qu’aujourd’hui”, insiste-t-elle.

Son second pari en découle. “On est sur un marché qui, d’ici trois à cinq ans, va être amené à se consolider. En tout cas, on en est convaincus chez Palo Alto”. Une prédiction dont l’éditeur est aussi l’un des artisans : il a finalisé en février 2026 le rachat de CyberArk, faisant de la sécurité des identités un pilier de sa stratégie de plateforme.

L’IA agentique entre dans l’âge industriel

Aux Assises, Sandrine Tarnaud a relevé deux priorités chez ses clients. La première est la plateformisation des opérations de sécurité, la seconde la sécurité de l’IA agentique. Le déploiement des agents s’accélère : “C’est à peu près une entreprise sur deux qui commence à déployer massivement des agents”. Mais la phase d’industrialisation reste « relativement nouvelle », et les clients restent sous-équipés, constate-t-elle.

Ce passage à l’échelle fait émerger une question encore peu débattue : le coût. Chaque nouveau modèle attire les utilisateurs, parfois sur des positions « assez dogmatiques », selon la dirigeante. Or un agent déployé sur la durée consomme des tokens en continu. “Est-ce que j’utilise le bon modèle, qui correspond d’un point de vue économique à quelque chose de viable sur la durée du projet ?” interroge-t-elle. En 2027, sécuriser l’IA agentique pourrait donc aussi vouloir dire en maîtriser la facture.

Reste une condition, que la dirigeante pose sans détour, même dans une défense de plus en plus automatisée : “Ce qui est important, c’est que l’humain garde le contrôle”. À la minute près.