Pendant longtemps, le « hacker à louer » relevait presque du mythe. Une figure fantasmée de la cybercriminalité, capable d’infiltrer n’importe quel système, de compromettre n’importe quel compte ou de faire disparaître n’importe quelle information contre rémunération. Assaf Morag, chercheur en cybersécurité de Flare fait le point.
Pourtant, la réalité observée aujourd’hui est bien différente. Plus inquiétante aussi. Ce qui était autrefois perçu comme une activité marginale s’est progressivement transformé en une véritable économie de services, structurée, accessible et de plus en plus professionnalisée.
Les données collectées par Flare sur les forums clandestins, les plateformes du dark web et les communautés cybercriminelles montrent que les services de « hackers-for-hire » fonctionnent désormais selon des mécanismes très proches de ceux du commerce en ligne traditionnel : catalogues de prestations, systèmes de réputation, avis clients, tarifs affichés et services d’intermédiation destinés à sécuriser les transactions.
La cybercriminalité entre dans l’ère de l’ubérisation
L’une des évolutions les plus marquantes est sans doute la transformation des capacités offensives en services accessibles à la demande. Autrefois, mener une attaque informatique nécessitait des compétences techniques avancées. Aujourd’hui, il suffit souvent d’un budget, d’un objectif et d’un canal de communication chiffré pour trouver un prestataire prêt à agir.
Cette logique de « cybercrime-as-a-service » ne se limite plus aux rançongiciels ou aux kits de phishing. Elle touche désormais des prestations beaucoup plus personnalisées : compromission de comptes, surveillance numérique, collecte d’informations, campagnes de dénigrement ou encore espionnage économique.
Une offre bien plus diversifiée qu’on ne l’imagine
L’image du hacker cherchant à pénétrer un système d’information reste largement réductrice. Les observations réalisées par Flare révèlent une offre particulièrement variée. Les services les plus fréquemment proposés concernent l’accès à des comptes de messagerie ou de réseaux sociaux, la surveillance d’individus, la collecte d’informations personnelles, les attaques contre la réputation numérique ou encore les opérations de déni de service.
Certaines offres vont plus loin et ciblent directement les entreprises. Des acteurs malveillants proposent ainsi l’accès à des documents internes, des bases de données clients, des feuilles de route produits ou des échanges de dirigeants. Cette diversification témoigne d’une évolution importante : les cybercriminels répondent désormais à des besoins très spécifiques et adaptent leurs prestations à la demande du marché.
Le véritable moteur du marché : la demande
Contrairement aux idées reçues, la demande n’émane pas uniquement d’organisations criminelles ou d’acteurs étatiques. Une part importante des sollicitations provient d’individus sans compétences techniques particulières. Conflits personnels, soupçons d’infidélité, récupération de comptes compromis, litiges commerciaux ou volonté de nuire à un concurrent : les motivations observées sont souvent émotionnelles avant d’être techniques.
Cette réalité illustre un changement majeur. Le risque cyber ne dépend plus seulement des compétences des attaquants. Il dépend désormais de la facilité avec laquelle n’importe quel individu peut externaliser une action malveillante.
Les entreprises face à une nouvelle réalité
Une entreprise n’est plus seulement confrontée à des groupes cybercriminels organisés. Elle peut également devenir la cible d’un concurrent malveillant, d’un ancien collaborateur, d’un individu animé par un ressentiment personnel ou d’un acteur cherchant à obtenir un avantage financier. Cette multiplication des profils d’attaquants rend indispensable une visibilité accrue sur les espaces où ces services sont proposés, discutés ou commercialisés.
La détection précoce d’une campagne visant une marque, un dirigeant ou un actif stratégique devient un élément essentiel de la posture de défense.
Le marché des hackers-for-hire reste relativement limité par rapport à d’autres segments de la cybercriminalité. Son principal danger réside moins dans la sophistication des techniques employées que dans l’accessibilité qu’il offre à des individus qui, sans ces services, ne seraient probablement jamais en mesure de conduire une attaque. Pour les entreprises, la question n’est donc plus seulement de savoir si elles peuvent être ciblées, mais de comprendre qui pourrait désormais disposer des moyens de le faire.








