La ruée vers l’IA ne tire pas seulement les ventes de GPU. Elle avale aussi des quantités de mémoire de plus en plus importantes, au point que Micron ne voit plus vraiment de retour à la normale avant 2028. Et cette tension, longtemps cantonnée aux datacenters, commence à se faire sentir beaucoup plus loin.
L’IA mange une part croissante de la capacité disponible
Micron a encore durci son discours sur le marché de la mémoire. Dans ses dernières prévisions, le fabricant estime désormais que les conditions d’offre et de demande resteront tendues pour la DRAM comme pour la NAND au-delà de 2027, alors qu’il parlait encore quelques mois plus tôt d’un déséquilibre durable mais moins précisément borné dans le temps.
L’IA est évidemment au cœur de cette poussée, mais pas seulement à travers les accélérateurs les plus visibles. Micron explique aussi que l’inférence se diffuse vers les PC, les smartphones, les véhicules et les systèmes embarqués, avec des modèles qui ont besoin de toujours plus de mémoire pour rester disponibles localement. Le groupe insistait déjà sur ce mouvement lors du Computex 2026, en présentant la mémoire comme une brique de plus en plus centrale dans les appareils dopés à l’IA.
La HBM ajoute une difficulté supplémentaire parce qu’elle mobilise énormément de capacité industrielle et tire les fabricants vers les segments les plus rémunérateurs. Le résultat se voit déjà dans les arbitrages de production, avec une part croissante des investissements et des lignes consacrée aux besoins de l’IA.
Les datacenters ne sont plus les seuls à absorber le choc
Le problème finit donc par redescendre vers des marchés beaucoup plus ordinaires. L’automobile, par exemple, cherche désormais à verrouiller ses approvisionnements sur plusieurs années. Micron a signé cet été un accord stratégique avec Ford, puis un autre avec General Motors, alors que les futurs véhicules embarquent toujours plus de mémoire et de stockage. Le fabricant a aussi multiplié les accords avec des équipementiers et fournisseurs automobiles, notamment Qualcomm, DENSO, Visteon, Harman ou Hyundai Mobis, signe que la question de la disponibilité des composants se traite désormais bien en amont des chaînes de production.
Et l’Europe reste particulièrement vulnérable sur ce point. Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, rappelait récemment à Reuters que la mémoire restait l’un des gros angles morts de l’écosystème européen du calcul intensif, malgré les progrès réalisés ailleurs sur les infrastructures et certains processeurs.
La pénurie fait aussi les affaires des fabricants
Cette tension nourrit évidemment des résultats spectaculaires chez ceux qui contrôlent les capacités de production. Micron continue d’accélérer ses investissements industriels et prévoit désormais plus de 250 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis d’ici 2035, porté justement par l’explosion de la demande liée à l’IA, comme le groupe l’a détaillé lors du lancement de son nouveau projet d’usine dans l’État de New York. Samsung profite de la même dynamique avec un bénéfice trimestriel record, largement tiré par la demande en mémoire pour l’IA et la hausse des prix, selon Reuters.
Ce qui est assez frappant, c’est que les fabricants investissent à marche forcée tout en expliquant qu’ils n’arrivent toujours pas à satisfaire tout le monde. Les capacités augmentent, mais la demande avance encore plus vite, ce qui laisse entrevoir plusieurs années pendant lesquelles les entreprises devront composer avec des arbitrages sur les volumes, les prix et les priorités d’approvisionnement.








