Accueil Emploi À la RATP, le déploiement de l’IA se heurte au dialogue social

À la RATP, le déploiement de l’IA se heurte au dialogue social

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

À la RATP, l’IA ne pose pas seulement une question d’outils ou de productivité. La CFE-CGC a déposé une « alarme sociale » pour dénoncer un défaut de concertation autour de plusieurs projets déjà engagés. Derrière le cas de l’opérateur parisien, ressurgit la question de savoir jusqu’où peut-on déployer l’IA dans l’entreprise avant d’avoir vraiment discuté de ce qu’elle change pour ceux qui vont devoir travailler avec ?

Une alarme sociale sur la manière de faire, plus que sur l’IA elle-même

La CFE-CGC Groupe RATP a déposé le 30 septembre une « alarme sociale » autour du déploiement de l’intelligence artificielle dans l’entreprise. Le syndicat ne dit pas vouloir bloquer l’IA par principe, mais conteste surtout la façon dont ces outils arrivent dans l’organisation, avec plusieurs projets déjà engagés alors que les représentants du personnel estiment ne pas avoir été suffisamment associés en amont.

ActuIA rapporte que le syndicat met notamment en avant les effets possibles sur les métiers, l’organisation du travail et les responsabilités des salariés. Les cadres sont particulièrement concernés puisqu’ils peuvent être amenés à utiliser ces outils, à en accompagner l’adoption et à absorber une partie des changements qu’ils provoquent dans les équipes.

Le débat ne porte donc plus seulement sur la capacité de l’IA à faire gagner du temps ou à automatiser certaines tâches. Il porte aussi sur le moment où un outil cesse d’être une expérimentation technique pour devenir une transformation de l’organisation, avec tout ce que cela suppose en matière de formation, de contrôle, de responsabilité ou de redistribution des tâches.

Le droit du travail commence à rattraper les déploiements

Le cas de la RATP n’est pas isolé. Le Code du travail prévoit déjà l’information et la consultation du CSE lorsqu’une nouvelle technologie est susceptible d’avoir des conséquences sur l’emploi, les conditions de travail ou la formation. Avec l’arrivée massive de l’IA générative et des outils d’automatisation, cette mécanique juridique se retrouve confrontée à des déploiements plus rapides, parfois décidés par étapes et au plus près des métiers.

Plusieurs décisions de justice ont déjà rappelé que l’introduction d’un outil d’IA ne pouvait pas être traitée comme un simple changement logiciel dès lors qu’elle modifie concrètement la manière de travailler. C’est précisément là que les tensions apparaissent : beaucoup d’entreprises abordent encore l’IA comme un sujet d’innovation ou de transformation numérique, alors qu’elle touche désormais directement à l’organisation du travail et aux responsabilités exercées au quotidien.

Qui contrôle ce que produit l’outil, qui porte la responsabilité en cas d’erreur, quelles tâches disparaissent ou se déplacent, et à quel moment les salariés entrent réellement dans la discussion sont autant de questions qui commencent à sortir du seul périmètre des équipes IT ou data.

Une gouvernance qui déborde du terrain technique

La CFE-CGC dit vouloir une IA « au service des salariés » et maintenir une décision humaine dans les processus concernés. Cette position traduit surtout une inquiétude devenue assez classique dans les entreprises : les directions accélèrent sur l’adoption de l’IA, pendant que les salariés et leurs représentants demandent à ne pas découvrir les conséquences une fois les outils déjà installés.