Neuf acteurs sur dix des infrastructures numériques ont subi une interruption d’activité majeure en cinq ans, mais seuls 30% environ testent des scénarios de chocs combinés. Selon une étude d’Economist Enterprise parrainée par FM, les budgets de résilience existent, mais ne résistent pas toujours à la pression de la croissance.
Parmi les 1 800 décisionnaires interrogés, 91% déclarent avoir connu une interruption d’activité majeure au cours des cinq dernières années. Les infrastructures numériques occupent une place toujours plus centrale dans l’activité des entreprises, et leurs liens avec les systèmes énergétiques, les chaînes d’approvisionnement et les autres infrastructures physiques se resserrent. Or la préparation ne suit pas le même rythme. C’est le constat de l’étude d’Economist Enterprise, « Built for what’s next : designing resilience into digital infrastructure », publiée le 17 septembre 2026.
Des scénarios testés un par un
Les pannes les plus lourdes ne viennent plus d’un seul risque, mais de plusieurs qui s’additionnent. Or seules 30% environ des entreprises testent des scénarios de chocs combinés. Les autres vérifient la cybersécurité d’un côté, l’énergie de l’autre, puis le climat ou la chaîne d’approvisionnement, chacun dans son coin. Les conséquences sur l’activité, les finances et la croissance restent difficiles à anticiper dans ces conditions.
Jonathan Birdwell, responsable mondial du leadership d’opinion chez Economist Enterprise, parle d’effet domino. Une seule contrainte, comme un réseau électrique saturé ou une pénurie d’eau, peut se répercuter sur tout l’écosystème. Chaque maillon de la chaîne de valeur, explique-t-il, se concentre sur la sécurité de ses propres installations ou de son propre raccordement. La résilience, elle, exige de voir comment les risques interagissent à l’échelle du système. Son pronostic : l’un des grands défis du secteur pour la décennie à venir sera de rapprocher l’endroit où le risque se manifeste de celui où il est géré.
Cyber et énergie, des menaces bien identifiées
Ces deux risques sont largement reconnus. Côté cyber, 88% des répondants estiment que les attaques pourraient avoir un impact systémique sur les infrastructures numériques, et 87% y voient une source probable de perturbations. Les entreprises réagissent : 91% ont mis en œuvre des mesures de cybersécurité.
L’énergie s’impose comme l’autre point de tension. Plus des trois quarts des personnes interrogées considèrent que les restrictions de capacité sur les réseaux électriques constituent à la fois une source probable de perturbations et un potentiel défi systémique. Là encore, la réponse est engagée, puisque 87% appliquent des stratégies de gestion de la demande en énergie.
Le budget est là, le temps manque
Reste la question des priorités. Trois répondants sur quatre disposent d’un budget dédié à la résilience, et pourtant près de sept sur dix jugent que les objectifs financiers et de croissance à court terme freinent son renforcement. Chez de nombreux locataires de data centers, les priorités de croissance, d’efficacité et d’IA entrent parfois en concurrence avec les objectifs de long terme.
Développeurs, exploitants, locataires, investisseurs et partenaires doivent avancer vite, tout en maîtrisant les coûts et en déployant de nouvelles technologies. Christopher Dempsey, directeur de FM Intellium, résume la difficulté : le secteur évolue à grande vitesse, du choix des sites et de l’approvisionnement en énergie jusqu’à la construction et la mise en service de nouvelles capacités. Pour lui, la question n’est plus de gérer des risques isolés mais de comprendre comment les perturbations liées à la cybersécurité, à l’énergie, au climat et à la chaîne d’approvisionnement interagissent au sein de systèmes de plus en plus interconnectés. La résilience, insiste-t-il, doit suivre le rythme de la croissance et éclairer les décisions critiques dès les premières étapes.








