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IA dans les bureaux d’études : 90 % des entreprises ont franchi le cap, la gouvernance reste à construire

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

Premier baromètre de l’OPIIEC consacré à l’intelligence artificielle dans la branche des bureaux d’études : neuf entreprises sur dix ont désormais recours à l’IA, avec un niveau de maturité moyen de 47/100. Le Numérique tire la branche vers le haut, tandis que sécurité des données et absence de cadre interne freinent encore la montée en puissance.

L’OPIIEC, l’Observatoire des métiers du Numérique, de l’Ingénierie, du Conseil et de l’Événement, publie avec le soutien de l’OPCO Atlas les résultats de son premier baromètre dédié à l’intelligence artificielle. L’enquête, menée auprès de 606 entreprises et complétée par 22 entretiens qualitatifs, dresse un état des lieux d’une branche où l’adoption de l’IA n’est plus une question, mais dont les usages restent hétérogènes. « L’enjeu n’est plus de savoir qui l’utilise, mais de comprendre comment les usages évoluent, quels impacts ils produisent sur les métiers et les compétences, et comment accompagner leur structuration dans le temps », résume Sylvain Julhes, membre de l’OPIIEC.

Une adoption massive, mais à plusieurs vitesses

Le chiffre est sans appel : 90 % des entreprises de la branche utilisent déjà l’IA, en moyenne depuis un à deux ans. Pour 33 % des entreprises, l’IA en est encore au stade des premières expérimentations, tandis que 21 % l’ont déjà installée au cœur de leur stratégie et 19 % l’utilisent de façon informelle. La productivité domine très largement les motivations, citée par 79 % des entreprises utilisatrices, loin devant l’amélioration de la prise de décision (50 %) et l’accélération de la R&D (45 %). Les bénéfices constatés suivent la même logique : 83 % des entreprises disent gagner du temps grâce à l’IA, 47 % constatent une amélioration de la qualité de leur production et 38 % une meilleure réactivité.

Les 10 % d’entreprises qui n’ont pas encore franchi le pas sont majoritairement des structures de l’Ingénierie de moins de dix salariés. Elles pointent un manque de bénéfice concret perçu (68 %), une fiabilité jugée encore insuffisante (58 %) et des craintes sur la sécurité des données (47 %).

Côté usages, l’IA générative s’est généralisée à 89 % des entreprises, mobilisée pour la formalisation de documents ou la recherche documentaire, et pour 85 % des entreprises du Numérique dans la génération et l’assistance à l’écriture de code. L’IA agentique, capable de planifier et d’exécuter des tâches multi-étapes avec une autonomie partielle, progresse chez 51 % des entreprises mais reste à un stade émergent, freinée par sa complexité technique et ses enjeux de sécurité. Les IA décisionnelles, perceptives et prédictives demeurent, elles, marginales.

Sécurité des données et gouvernance encore balbutiante

Le premier frein identifié par les entreprises reste la sécurité des données et la conformité, une préoccupation particulièrement forte dans les Études et le Conseil, où la confiance client conditionne tout déploiement.

L’IA peut donner à certains utilisateurs l’impression de maîtriser un sujet, alors même qu’ils ne disposent pas des compétences nécessaires pour en évaluer correctement les résultats

Jean-Guy Duba, membre de l’OPIIEC.

Cette illusion du savoir peut générer erreurs, reprises et perte de qualité, voire une remise en cause de l’expertise des professionnels. Dans l’Ingénierie, où la fiabilité des résultats est déterminante, la crainte des biais et de résultats non maîtrisés reste particulièrement vive.

L’impact environnemental de l’IA est identifié par les entreprises, mais reste peu traité concrètement : 64 % d’entre elles n’ont mis en place aucune action pour réduire la consommation énergétique de leurs systèmes.

Sur le plan de la gouvernance, la structuration reste largement à construire : 47 % des entreprises ne disposent d’aucune règle définie en matière d’IA, et 29 % indiquent que des réflexions sont en cours sans cadre formalisé. Les grandes entreprises font figure d’exception, 61 % de celles comptant plus de 250 salariés ayant déjà formalisé et diffusé des règles internes, via une charte IA dédiée, l’intégration de ces règles dans une charte informatique existante, ou la désignation d’un référent IA, une pratique revendiquée par 29 % des entreprises. Dans les structures plus modestes, les usages restent souvent laissés à l’initiative des collaborateurs, faute de moyens ou de méthodologie.

Des métiers transformés plus que remplacés

Le baromètre documente aussi l’empreinte croissante de l’IA sur l’emploi. En 2025, près de 5 % des offres d’emploi de la branche contiennent des mots-clés liés à l’IA, contre 1,1 % en 2017, avec un pic marqué entre 2022 et 2025, période durant laquelle ces offres ont été multipliées par 2,5. Les ingénieurs techniques, systems engineers, cloud engineers et data engineers capables d’industrialiser et de sécuriser les solutions figurent parmi les profils les plus recherchés, aux côtés des développeurs, dont les missions évoluent vers la vérification et la supervision des productions générées, et des chefs de projet et consultants, dont la valeur ajoutée se déplace vers le cadrage du besoin et la validation critique des résultats.

Sur le terrain de l’emploi, 9 % des entreprises déclarent avoir créé des postes spécifiquement dédiés à l’IA, notamment dans le Numérique, 7 % avoir renforcé leurs effectifs sur certains métiers, et 8 % les avoir réduits, en particulier sur des tâches exposées à l’automatisation. Les besoins en compétences portent avant tout sur les usages transversaux, la capacité à rédiger, utiliser et améliorer un prompt, sur la gouvernance et la gestion des risques, ainsi que, pour les entreprises développeuses, sur le data engineering, la data science et la modélisation.

La formation s’impose comme le principal levier d’accompagnement : 79 % des entreprises ayant engagé des actions ont mis en place de la formation ou de la montée en compétences. Mais la structuration reste incomplète, puisque seules 20 % des entreprises ont clairement identifié leurs besoins de formation, tandis que 43 % les envisagent sans les avoir formalisés. Côté investissement, si l’achat de solutions IA demeure d’un montant modéré pour la majorité des entreprises, celles qui développent leurs propres outils investissent nettement plus, près d’une sur cinq consacrant plus de 100 000 euros par an à cette dynamique, portée à 71 % par les entreprises du Numérique fournisseuses de solutions d’IA. Une seconde vague de l’enquête est prévue en septembre.