DeepSeek, Alibaba, Moonshot AI, MiniMax, StepFun et Z.AI auraient envoyé des millions de requêtes à Claude, GPT, Gemini et Grok pour récupérer des milliards de tokens et entraîner leurs propres modèles. Dans un avis commun publié le 8 septembre, la NSA, le FBI et la CISA décrivent une campagne de distillation menée à une échelle industrielle depuis au moins fin 2024.
Des millions de requêtes pour récupérer les réponses des meilleurs modèles
Ici, pas de piratage des serveurs d’OpenAI ou d’Anthropic. La méthode décrite par les agences américaines repose sur l’accès aux modèles eux-mêmes. Les entreprises visées auraient envoyé de très grandes quantités de requêtes à différentes versions de Claude, GPT, Gemini et Grok, puis collecté leurs réponses pour constituer des jeux de données servant à entraîner leurs propres IA.
La technique, appelée distillation, n’a rien d’illégal en soi. Elle consiste à utiliser les sorties d’un modèle plus puissant pour entraîner un autre système à reproduire certaines de ses capacités. La NSA, le FBI et la CISA estiment toutefois que les six entreprises sont allées beaucoup plus loin qu’un usage classique, avec des milliards de tokens extraits au fil de millions de requêtes et des opérations conçues pour récupérer des fonctions propriétaires tout en contournant les restrictions des fournisseurs américains.
Des proxys et des comptes multiples pour rester sous les radars
Selon l’avis américain révélé par Bleeping Computer, les requêtes ne passaient pas toutes directement par les API officielles. Les groupes auraient utilisé plusieurs chemins en parallèle : API natives, fournisseurs cloud, agrégateurs tiers et services de proxy connus sous le nom de « transfer stations ». Ces intermédiaires permettent notamment de masquer certaines informations sur l’utilisateur et de contourner des restrictions géographiques.
Les campagnes reposaient également sur des comptes multiples, parfois créés avec des informations d’inscription proches, ainsi que sur l’achat en volume d’abonnements premium partagés entre développeurs. Lorsque l’un des accès était bloqué, les systèmes pouvaient basculer automatiquement vers un autre fournisseur ou un autre intermédiaire.
Les agences décrivent aussi des requêtes ciblant directement le raisonnement, le code, les fonctions agentiques ou certaines spécialisations métier des modèles américains.
DeepSeek aurait ciblé GPT, Claude, Gemini et Grok
DeepSeek occupe une place importante dans le rapport. Les autorités américaines affirment que l’entreprise mène ce type de campagne depuis au moins la fin de 2024 pour produire des données synthétiques destinées notamment à ses modèles R1 et V3.
Parmi les modèles qu’elle aurait utilisés figurent différentes versions de Claude, GPT-4, GPT-4o, GPT-5, Gemini 2.5 et Grok 4. Les capacités recherchées allaient du raisonnement et de l’écriture au fonctionnement d’agents, aux tâches pilotées par API et à certaines optimisations spécialisées.
Alibaba aurait de son côté utilisé des sorties de Claude et GPT pour renforcer notamment les capacités de développement logiciel de Qwen. Moonshot AI est accusé d’avoir exploité plusieurs générations de Claude et GPT pour ses modèles Kimi. MiniMax, StepFun et Z.AI apparaissent également dans l’avis américain avec des opérations visant le code, le raisonnement et les fonctions agentiques.
Pour Washington, la distillation devient un problème de protection technologique
La nouveauté tient aussi à la manière dont les États-Unis qualifient désormais ces pratiques. La NSA, le FBI et la CISA ne présentent plus la distillation seulement comme une technique d’entraînement ou une violation des conditions d’utilisation. Elles estiment que ces campagnes permettent à des concurrents de récupérer des capacités ayant nécessité des investissements considérables en calcul, en énergie et en recherche, puis de réduire fortement leurs propres coûts de développement.
Les trois agences recommandent donc aux fournisseurs de modèles de surveiller les volumes anormaux de requêtes, les nouveaux comptes immédiatement utilisés à pleine capacité et les comportements similaires répartis entre plusieurs plateformes. Elles les encouragent également à partager davantage leurs indicateurs entre fournisseurs de modèles, clouds et agrégateurs d’API.
Les faits décrits restent à ce stade des accusations formulées par les autorités américaines. Leur avis estime que ces opérations ont probablement été menées avec la connaissance du gouvernement chinois, sans établir publiquement qu’elles auraient été directement pilotées par Pékin.








