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Avec Isar Aerospace, l’Europe ajoute une nouvelle brique à sa souveraineté numérique

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

Télécommunications sécurisées, observation, défense, connectivité directe vers les mobiles… L’Europe multiplie les projets satellitaires pour réduire sa dépendance technologique. Encore faut-il pouvoir envoyer ces infrastructures en orbite sans dépendre systématiquement d’un lanceur étranger. Le succès de la fusée Spectrum d’Isar Aerospace, le 5 septembre depuis la Norvège, apporte une nouvelle capacité européenne à cette chaîne.

Une fusée, mais surtout un moyen d’envoyer ses propres infrastructures en orbite

Le 5 septembre, la fusée Spectrum d’Isar Aerospace a décollé du port spatial d’Andøya, en Norvège, puis placé ses charges utiles en orbite basse. L’Agence spatiale européenne présente ce vol comme le premier lancement orbital réussi depuis l’Europe continentale par l’un des acteurs privés retenus dans son European Launcher Challenge.

La portée de l’événement dépasse la performance technique. Les satellites constituent désormais une partie de l’infrastructure numérique : ils transportent des communications, complètent les réseaux terrestres, servent à l’observation, aux services gouvernementaux ou aux opérations de défense.

L’Union européenne construit précisément IRIS², sa future constellation souveraine de connectivité, destinée notamment aux administrations, aux services d’urgence, aux entreprises et aux communications sensibles. Le système doit également compléter les réseaux terrestres dans les zones où ceux-ci deviennent indisponibles ou insuffisants.

Construire les satellites sans disposer de suffisamment de capacités de lancement européennes laisserait toutefois subsister une dépendance au moment de les mettre en service.

La connectivité mobile commence elle aussi à regarder vers l’espace

Le sujet prend une dimension encore plus concrète pour les télécoms. Selon Reuters, Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica discutent actuellement de la création d’un consortium pour accéder aux fréquences que l’Union européenne souhaite réserver à des services satellitaires directement connectés aux téléphones mobiles.

La Commission travaille déjà sur cette convergence entre réseaux terrestres et satellites. Elle décrit le Direct-to-Device comme un moyen de permettre à un opérateur mobile d’utiliser une infrastructure satellitaire lorsque son réseau terrestre ne couvre plus l’utilisateur. Ce type de service multiplie mécaniquement les satellites à placer et à renouveler en orbite. La maîtrise du lancement devient alors une question de capacité industrielle autant que de politique spatiale.

Isar ne remplace pas Ariane 6

Spectrum ne joue pas dans la même catégorie qu’Ariane 6. Le lanceur de 28 mètres est conçu pour transporter jusqu’à environ une tonne en orbite basse. Il vise donc surtout les petits et moyens satellites, là où Ariane 6 peut prendre en charge des charges beaucoup plus lourdes ou plusieurs satellites sur une même mission.

L’intérêt est ailleurs : disposer de davantage de fournisseurs et de formats de lancement. L’European Launcher Challenge de l’ESA a précisément été créé pour faire émerger plusieurs opérateurs commerciaux européens, réduire les goulets d’étranglement et offrir davantage de choix aux clients institutionnels et privés.

Isar Aerospace est le premier des acteurs retenus dans ce programme à avoir atteint l’orbite. L’entreprise a par ailleurs signé fin août un contrat d’environ 200 millions d’euros avec l’ESA pour augmenter ses capacités et sa cadence de lancement.

Le vrai test commence maintenant

Un lancement réussi ne suffit pas encore à parler d’autonomie. Isar Aerospace n’en est qu’au deuxième vol de Spectrum. L’entreprise doit maintenant démontrer qu’elle peut reproduire cette performance, fabriquer davantage de lanceurs et tenir une cadence régulière.

Elle affirme avoir déjà cinq nouvelles fusées en production et vise à terme jusqu’à 40 lancements annuels. Reuters souligne toutefois que cette ambition reste très éloignée du rythme réellement démontré aujourd’hui. C’est précisément ce qui rend ce deuxième vol intéressant pour l’Europe : Spectrum n’assure pas encore son indépendance spatiale, mais une capacité qui n’existait jusque-là que comme projet vient de devenir opérationnelle.

Pour les infrastructures numériques européennes qui doivent demain fonctionner depuis l’orbite, la différence est loin d’être symbolique.