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Cloud souverain : la défense européenne craint de perdre en efficacité en écartant les géants américains

Ce visuel a été créé grâce à l'IA.

L’Europe veut réduire sa dépendance à AWS, Microsoft et Google pour ses usages les plus sensibles. Mais plusieurs responsables de la défense redoutent désormais que des critères de souveraineté trop stricts limitent l’accès aux technologies les plus avancées et compliquent l’interopérabilité avec les autres membres de l’OTAN.

La défense veut éviter de se couper des outils américains

Le Cloud and AI Development Act, déjà analysé dans nos colonnes, prévoit de renforcer les critères de souveraineté appliqués à certains services cloud et IA utilisés par le secteur public européen.

La nouveauté vient cette fois des armées. Selon le Financial Times, plusieurs responsables de la défense, particulièrement dans les pays du nord et de l’est de l’Europe, cherchent à éviter que les exigences les plus strictes ne soient appliquées trop largement aux systèmes militaires.

Ils estiment que les fournisseurs européens ne disposent pas encore, sur certaines fonctions cloud et IA, des mêmes capacités que les grands acteurs américains. Écarter ces derniers pourrait donc limiter l’accès à certains outils et compliquer la coopération avec des alliés qui utilisent déjà massivement leurs technologies.

Le projet européen ne prévoit pas une exclusion générale d’AWS, Microsoft ou Google. Les restrictions les plus fortes concerneraient les services classés au niveau de souveraineté maximal, soit environ 1 % des usages selon les estimations citées par le Financial Times. Les systèmes militaires les plus sensibles risquent toutefois de se retrouver précisément dans cette catégorie.

L’OTAN construit de son côté une infrastructure commune

Cette réserve intervient au moment où l’OTAN pousse dans la direction inverse : davantage d’intégration entre les infrastructures numériques de ses membres.

Dans sa stratégie numérique publiée en janvier, l’Alliance demande que les capacités nationales destinées à participer à ses opérations respectent des standards communs d’interopérabilité. Elle prévoit notamment des plateformes fédérées capables de connecter des systèmes nationaux différents tout en réduisant la dépendance à un fournisseur unique. La déclaration du sommet d’Ankara prévoit quant à elle le développement d’un « cloud de combat transatlantique interopérable » ainsi que l’adoption de modèles d’IA avancés.

Pour les responsables militaires opposés à des restrictions trop fortes, le risque est donc concret. Des exigences européennes pensées pour réduire les dépendances pourraient rendre plus difficile l’intégration de certains systèmes avec ceux des alliés.

Les fournisseurs européens commencent néanmoins à élargir leur offre

L’autre partie de l’équation consiste à réduire progressivement l’écart technologique qui alimente ces réserves. En France, OVHcloud vient d’obtenir la qualification SecNumCloud pour son offre de cloud public. Le groupe prévoit désormais de décliner cette infrastructure certifiée en Allemagne, en Italie et en Pologne.

Cette montée en puissance ne règle pas immédiatement les besoins spécifiques de la défense, mais elle montre comment la réglementation commence à structurer une offre européenne destinée aux administrations et aux secteurs les plus sensibles.

Le désaccord qui apparaît autour du CADA porte donc moins sur l’objectif de souveraineté que sur son rythme et son périmètre. Pour les armées, réduire la dépendance technologique reste souhaitable, mais pas au prix d’un accès plus limité aux capacités utilisées par leurs propres alliés.