Microsoft, Google et d’autres éditeurs intègrent progressivement des assistants d’IA générative au cœur de leurs suites bureautiques. LibreOffice choisit pour l’instant le mouvement inverse. Sa version 26.8 n’embarque aucune IA générative et The Document Foundation présente désormais cette absence comme une garantie de contrôle sur les documents plutôt que comme un retard fonctionnel.
« Pas d’IA » devient officiellement une fonctionnalité
La formule aurait encore semblé étrange il y a peu. Lors de la sortie de LibreOffice 26.8, The Document Foundation a placé parmi les caractéristiques de la nouvelle version quelque chose qui n’y figure précisément pas : l’intelligence artificielle générative.
Aucun document n’est envoyé vers un service distant pour être traité et aucun composant de LibreOffice n’a besoin d’un accès réseau pour fonctionner. Pour la fondation, ce fonctionnement répond notamment aux contraintes des organisations manipulant des données confidentielles, médicales, juridiques ou personnelles.
Le message a suffisamment fait réagir pour que l’organisation publie, le 3 septembre, un billet intitulé explicitement « Yes, no AI is now a feature ».
LibreOffice ne dit pourtant pas non à l’IA
Le positionnement est plus nuancé qu’un rejet pur et simple. The Document Foundation explique qu’elle pourrait intégrer de l’IA si plusieurs conditions sont remplies. L’utilisateur devrait notamment pouvoir choisir où l’inférence est exécutée. Soit directement sur son ordinateur, soit dans une infrastructure qu’il contrôle ou encore chez un fournisseur choisi indépendamment. La fondation pose également une règle on ne peut plus claire : aucun contenu de document ne doit quitter la machine sans autorisation explicite de son utilisateur.
Pour l’instant, aucune IA ne sera donc intégrée à l’installation par défaut. Des extensions peuvent en revanche permettre aux utilisateurs qui le souhaitent d’ajouter leurs propres fonctions d’intelligence artificielle. LibreOffice ne fait donc pas du « zéro IA » un principe définitif, mais refuse une intégration par défaut qui rendrait le traitement des documents dépendant d’un service distant imposé.
Un positionnement directement opposé au modèle des suites cloud
Cette prudence devient aussi un argument concurrentiel. Dans Microsoft 365 ou Google Workspace, l’intégration de l’intelligence artificielle s’inscrit dans des suites déjà largement connectées au cloud et vendues sous forme d’abonnements. Les assistants génératifs renforcent encore cette logique de services en ligne.
LibreOffice fonctionne selon une économie différente. La suite est open source, n’exige ni compte ni abonnement, ne collecte pas de télémétrie et n’intègre pas de publicité. The Document Foundation est une organisation à but non lucratif financée notamment par les dons et par les entreprises de son écosystème.
La fondation souligne d’ailleurs elle-même que les éditeurs par abonnement disposent d’une incitation économique beaucoup plus forte à intégrer des assistants capables de justifier de nouveaux services et de conserver les documents au sein de leur infrastructure.
LibreOffice ne se présente pas pour autant comme une réponse universelle aux besoins des entreprises. The Document Foundation recommande aux organisations qui déploient la suite à grande échelle de s’appuyer sur les offres professionnelles de son écosystème, avec support, SLA et maintenance de sécurité prolongée.








