Lancé en 2016, FranceConnect a dépassé les 45 millions d’utilisateurs et s’est imposé comme la porte d’entrée quasi unique aux services publics en ligne. Ancien DSI de la DGFiP puis de la Cnam, et aujourd’hui fondateur de Liberalis, Alain Issarni est revenu avec nous sur la trajectoire de ce dispositif et sur les enseignements qu’il livre, dix ans après son lancement.
Dix ans après son lancement, France Connect a largement dépassé l’ambition initiale. Le dispositif, qui permet de se connecter aux services publics en ligne à partir d’une identité déjà reconnue par un organisme comme la DGFiP ou l’Assurance maladie, revendique aujourd’hui 45 millions d’utilisateurs. Pour Alain Issarni, qui a occupé la direction des systèmes d’information de ces deux administrations avant de présider Numspot, ce chiffre n’a rien d’une surprise a posteriori. Il nous rappelle que les deux structures pionnières disposaient déjà, au moment du lancement, d’une base d’usagers considérable : “la DGFiP avait déjà 45 millions de contribuables qui se connectaient pour beaucoup sur leur compte fiscal pour faire leurs télédéclarations”.
Ce qui s’est en revanche construit progressivement c’est l’écosystème des fournisseurs de services connectés au dispositif, qui s’est étoffé bien au-delà du perimètre des débuts. FranceConnect s’est installée dans les usages, comme “une clé d’entrée un peu unique à beaucoup de services publics”, d’après les mots de l’ancien DSI.
Une brique technique, pas un fournisseur d’identité
Il faut souligner que FranceConnect ne détient aucune donnée d’identité. Le dispositif se limite à mettre en relation un fournisseur d’identité, DGFiP, Assurance maladie, Docaposte ou identité numérique du ministère de l’Intérieur, avec un fournisseur de services.
FranceConnect c’est un intermédiaire qui n’a quasiment aucune information. Les informations, elles sont chez le fournisseur d’identité ou chez le fournisseur de services
Alain Issarni, ancien DSI de la DGFiP puis de la Cnam et fondateur de Liberalis.
Cette architecture présente un avantage en cas d’incident touchant l’un des fournisseurs d’identité : il suffit de cesser de le solliciter, sans remettre en cause l’ensemble du dispositif, puisque plusieurs fournisseurs coexistent.
Vers des niveaux d’identité plus robustes
Sur les évolutions à venir, Alain Issarni situe l’enjeu dans la montée en gamme des garanties d’identités proposées par les fournisseurs connectés à France Connect. Il fait référence à la classification européenne eIDAS, qui distingue trois niveaux de confiance, faible, substantiel et élevée, selon le degré de certitude apporté sur l’identité de la personne connectée. Il anticipe une généralisation progressive vers les niveaux substantiel et élevé, à mesure que les méthodes d’authentification les plus simples se révèlent plus vulnérables aux tentatives de contournement.
Un modèle que la sphère privée pourrait reproduire ?
Pour Alain Issarni, “FranceConnect fait partie des rares sujets informatiques pour lesquels la sphère “Etat” a été en avance et dont la sphère privée pourrait s’inspirer”. Il écarte en même temps l’idée de s’appuyer sur les identifiants proposés par les grands acteurs américains du numérique pour des usages sensibles. Il plaide plutot pour l’émergence d’un ou plusieurs fournisseurs d’identité de confiance ancrés en France ou en Europe.
Aparté : au-delà de l’actualité DGFiP
Nous avions évidemment questionné Alain Issarni sur les dernières actualités de la DGFiP, mais à la date de l’échange, les fuites de données n’étaient pas encore confirmées, il n’a donc naturellement pas souhaité réagir sur le sujet.
Il a toutefois replacé le sujet dans une perspective plus large : à ses yeux, un point de vigilance se situait aussi ailleurs. Un fournisseur d’identité compromis peut être écarté du circuit du jour au lendemain, ce qu’un document physique comme une carte d’identité photocopiée ne permet jamais de faire. Il évoque à ce titre l’application Identité numérique du ministère de l’Intérieur, associée aux cartes d’identité récentes, qui permet de générer une attestation limitée à un usage et une durée précis, vérifiable via un QR code. Un mécanisme qu’il juge sous-utilisé, alors qu’il offre une traçabilité impossible à obtenir avec une simple photocopie.








