Trois mois après les élections municipales, les nouvelles équipes prennent progressivement la mesure des défis qui les attendent. Maintenir un service public de qualité, répondre aux attentes croissantes des citoyens et préserver l’équilibre des finances locales figurent parmi les priorités de ce nouveau mandat, d’après Pierre-Emeric Chabanne le directeur général de Zeendoc.
Mais si l’un des principaux enjeux des collectivités n’était ni budgétaire, ni organisationnel, ni même technologique ? S’il se trouvait tout simplement dans la gestion administrative du quotidien ?
Les citoyens associent encore trop souvent les services publics à des démarches longues et à des procédures complexes. Cette perception n’est pas sans fondement. Dans de nombreuses collectivités, les agents consacrent encore une part importante de leur temps à rechercher des informations, traiter des documents ou faire circuler des dossiers entre différents services.
Pourtant, cette réalité est rarement abordée dans les débats alors qu’elle conditionne directement l’efficacité de l’action publique.
Le numérique progresse mais la paperasse résiste
Les collectivités se sont progressivement emparées des enjeux numériques. Les agents sont aujourd’hui beaucoup plus à l’aise avec les outils digitaux qu’ils ne l’étaient il y a encore quelques années, favorisant l’adoption de nouvelles méthodes de travail et la modernisation des services publics locaux. Cette évolution se traduit dans les chiffres. Selon le baromètre 2025 de l’Observatoire Data Publica, 74 % des collectivités ont lancé au moins un projet lié à la donnée au cours des deux dernières années, contre seulement 40 % en 2022.
Malgré ces progrès, la réalité demeure contrastée. Une collectivité sur deux estime encore avoir un niveau de maturité limité sur ces sujets. Dans de nombreux services, les archives restent difficiles à exploiter, les informations demeurent dispersées et certaines procédures continuent de reposer sur des circuits de validation complexes.
Autrement dit, la digitalisation a commencé, mais elle n’a pas encore transformé en profondeur le fonctionnement quotidien de nombreuses collectivités.
De la gestion documentaire à la performance publique
À mesure que les usages numériques se généralisent, les citoyens attendent des démarches plus simples, des réponses plus rapides et un accès facilité aux services publics. Ces attentes se heurtent pourtant encore à des organisations où l’information circule difficilement d’un service à l’autre. Les collectivités ont pleinement identifié cet enjeu. Selon l’Observatoire Data Publica, 83 % d’entre elles considèrent que l’amélioration du service public constitue l’objectif principal de leurs projets liés à la donnée.
La gestion documentaire n’est plus seulement une question d’archivage ou de stockage. Elle devient un sujet de performance publique. Une collectivité capable de retrouver rapidement une information, de fluidifier ses processus internes et de limiter les tâches administratives répétitives améliore naturellement sa capacité à répondre aux besoins des administrés. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’automatiser une partie des tâches les plus chronophages, qu’il s’agisse du classement des documents, du contrôle des dossiers ou de la recherche d’informations. L’objectif n’est pas de remplacer les agents, mais de leur permettre de consacrer davantage de temps à leurs missions de service public.
Dans un contexte marqué par les difficultés de recrutement et la pression exercée sur les finances locales, cette évolution représente une opportunité concrète d’améliorer l’efficacité des collectivités sans dégrader la qualité du service rendu.
Faire de l’efficacité administrative une priorité
Il ne s’agit plus de déterminer s’il faut poursuivre la transformation numérique. La question consiste désormais à savoir comment l’accélérer et comment la mettre au service des besoins quotidiens des agents et des citoyens.
La digitalisation ne doit plus être considérée comme un simple projet informatique. Elle constitue un levier de modernisation de l’action publique capable d’améliorer l’organisation des services, de renforcer la continuité de l’activité et d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles.
Au fond, la question dépasse largement celle du numérique. Le véritable enjeu réside dans le temps perdu chaque jour à rechercher, traiter ou faire circuler l’information. Dans des collectivités confrontées à des attentes toujours plus fortes et à des moyens souvent contraints, ce temps constitue une ressource stratégique.
La réussite du mandat qui s’ouvre ne se mesurera pas uniquement aux projets inaugurés ou aux investissements réalisés. Elle dépendra également de la capacité des collectivités à simplifier leur fonctionnement quotidien afin de rendre un service public plus réactif, plus fluide et plus proche des attentes des citoyens.








