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Gigafactories IA : l’Europe lance son appel à projets pour muscler sa puissance de calcul

Bruxelles a officiellement ouvert l’appel à projets destiné à faire émerger jusqu’à sept Gigafactories IA sur le territoire européen. Un dispositif calibré pour muscler la capacité de calcul du continent, dont une bonne partie devrait venir du secteur privé. Lors du point presse de la Commission du 30 juillet, le porte-parole Thomas Regnier est revenu sur plusieurs zones d’ombre du dispositif, notamment son financement et sa faisabilité énergétique.

Un tiers d’argent public, deux tiers de capitaux privés

Interrogé sur les engagements financiers demandés aux États candidats, Thomas Regnier a détaillé la mécanique retenue. Le montage repose sur un tiers de financement public, complété par deux tiers d’apports privés pour atteindre le budget global de chaque Gigafactory. Ce tiers public se répartit lui-même à parité entre fonds européens et fonds nationaux. C’est précisément cet engagement à parité que les dix-huit États signataires de l’accord de passation conjointe se sont engagés à honorer, en s’alignant sur le montant apporté par Bruxelles.

Le porte-parole a également précisé les modalités de candidature. Un État peut porter seul un projet de Gigafactory, à l’image de la Grèce, ou s’associer à d’autres pays dans le cadre d’un montage transfrontalier. Un nombre significatif d’États membres a d’ores et déjà manifesté son intérêt pour accueillir l’une des sept infrastructures sur son sol, signe de la tension qui s’annonce autour de la sélection.

Nvidia, AMD et Qualcomm associés au projet

La question du matériel s’invite d’emblée dans ce dossier. L’IA de pointe repose sur des composants hautement spécialisés, et l’accès à des infrastructures souveraines à grande échelle pèse de plus en plus lourd dans la compétitivité industrielle et l’autonomie technologique de l’Union. Les consortiums retenus pourront se fournir auprès de tout fournisseur basé en Europe ou dans des pays partenaires, avec une part réservée aux jeunes pousses et scale-ups européennes pour irriguer la chaîne d’approvisionnement locale.

Dans la foulée de l’accord commercial conclu entre l’UE et les États-Unis, la Commission a par ailleurs signé trois lettres d’intention avec AMD, Nvidia et Qualcomm, censées garantir aux consortiums un accès fluide aux puces nécessaires.

Deux lots, deux phases et des seuils de puissance de calcul

Le dispositif se répartit en deux lots. Le premier soutiendra jusqu’à quatre projets, chacun pouvant toucher 100 millions d’euros de fonds européens en première phase, puis 400 millions supplémentaires en seconde phase. Ces sites devront aligner au minimum autant de processeurs IA de dernière génération que l’installation la plus puissante actuellement en service en Europe, avant de tripler cette capacité lors de la seconde phase. Le second lot, plus ambitieux, portera sur trois projets au maximum, avec des enveloppes allant jusqu’à 200 millions d’euros puis 800 millions d’euros par projet, pour une capacité initiale doublée par rapport à la référence actuelle, appelée à quadrupler ensuite.

Les candidatures, ouvertes aux consortiums d’entreprises, d’entités publiques et d’investisseurs, pourront prendre la forme de véhicules dédiés (SPV) installés sur un site unique, répartis sur plusieurs implantations dans un même État membre, ou encore structurés de façon transfrontalière entre plusieurs pays de l’Union.

Interrogé sur la capacité de ces futures infrastructures à s’approvisionner en électricité et en eau, dans un climat de tensions énergétiques persistantes en Europe, Thomas Regnier a assuré que le critère de durabilité constitue une composante centrale de l’appel à projets. Selon lui, ce volet a bien été anticipé avec les États membres, et les discussions se poursuivent sur ce point.

Une mise en service espérée dès 2027

Les Gigafactories viendront compléter le réseau existant de 19 AI Factories déjà déployées en Europe, l’ensemble devant renforcer le leadership technologique et la résilience du continent face à l’accélération mondiale de l’adoption de l’IA. La Commission insiste sur la conformité des technologies développées avec les règles européennes en matière de protection des données, de sécurité et d’éthique.

Côté calendrier, les candidats ont jusqu’au 12 novembre 2026 pour déposer leur dossier. Les décisions d’attribution, gérées par l’EuroHPC JU, sont attendues début 2027, avant la signature des contrats permettant le lancement des chantiers dans la foulée. Les sites retenus devront ensuite entrer en service dans un délai maximal de 18 mois après signature.

Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la Souveraineté technologique, de la Sécurité et de la Démocratie, a salué l’ouverture de cet appel à projets comme une étape clé pour l’ambition européenne en matière d’IA, rappelant que l’accès à une puissance de calcul brute au sein de ces Gigafactories constitue désormais une nécessité stratégique.